PURIFICATION, CONTROLE ET RÉGÉNÉRATION DU VACCIN
autres procédés de purification. On a conseillé l'acide phénique ou l'acide salicylique (Pott), les vapeurs de chloroforme (Allan Green), le toluol (Gorini, etc.) : tous sont passibles des mêmes reproches que la glycérine. D'ailleurs, bien préparé, le vaccin peut être pauvre de microbes étrangers; en Amérique, on trouvait en moyenne 1058 germes par tube : des instructions furent envoyées aux centres vaccinogènes, et à la suite des mesures prises, les chiffres tombèrent à 20 par tube (Roscnau). La seule épuration désirable, c'est l'asepsie dans la préparation.
Bien préparé, le vaccin animal est en effet toujours inoffensif; il est aussi presque toujours actif — pas toujours cependant. Sous des influences ignorées, le vaccin issu de la génisse perd parfois tout ou partie de son activité spécifique; et cet affaiblissement éventuel, heureusement assez rare, au moins dans nos climats, rend nécessaire le contrôle du vaccin, c'est-à-dire la vérification de son efficacité. Car il est indispensable de ne répandre dans le public qu'un vaccin d'activité certaine. Divers procédés ont été préconisés. Quand on peut le faire, le mieux est de pratiquer quelques vaccinations d'épreuve sur l'enfant; chez ce dernier, toutes les inoculations (ou presque) doivent être positives et suivies de vaccine régulière. Si ce moyen" n'est pas utilisable, on pourra se contenter de faire les inoculations sur un animal moyennement réceptif, le lapin : on inoculera la peau après avoir rasé l'animal (Calmette et Guérin), ou la muqueuse des lèvres ou des narines (Kelsch), ou bien on pratiquera six inoculations cornéennes, qui toutes devront être suivies de succès (Gorini). Le procédé de Calmette et Guérin permettrait même de « mesurer » l'activité du vaccin : 1 centimètre cube de pulpe glycérinée, diluée au 1000e (dans l'eau stérilisée), ensemencé sur la surface dorsale d'un lapin rasé, donne trois ou quatre pustules par centimètre carré de peau si le vaccin est très virulent.
Ce contrôle vise surtout la valeur d'une récolte vaccinale. Une récolte peut être mauvaise, une fois en passant; il faut la sacrifier. Mais il peut arriver que le virus s'affaiblisse peu à peu dans ses transferts sur l'animal, qu'il dégénère : dans ce cas, toutes les récoltes sont mauvaises, toutes donnent des résultats insuffisants. Cette dégénérescence progressive n'est probablement pas fatale ; elle se produit au bout de quelques mois ou de quelques années, presque régulièrement, dans certains instituts vaccinogènes, alors qu'elle ne survient presque jamais chez d'autres ; affaire de climat, différence de technique;, qualité variable de la souche vaccinale? On ne sait.
Quoi qu'il en soit, si le virus est affaibli définitivement, il est
68 E. SACQUÊPÊE. — VACCINATION ANTIVARIOLIQUE.
nécessaire de procéder à sa régénération. On peut reporter chez la génisse le vaccin obtenu chez l'homme, c'est la rétro-vaccine, souvent utilisée ; on peut faire passer le vaccin sur d'autres espèces animales, telles que le lapin (Galmette), l'âne (Chaumier, Chalibœus). Mieux encore, quand on peut le faire, il est préférable de constituer une nouvelle souche, en s'adressant à des instituts plus favorisés, ou bien en recherchant des cas de horse-pox ou de cow-pox naturels ; il est d'ailleurs de règle de mettre ces derniers à contribution toutes les fois qu'il est possible de le faire. A l'étranger, on pratique souvent la variolo-vaccine, mais les essais de transfert de la variole humaine sur la génisse sont toujours fort aléatoires. 11 faut reconnaître d'ailleurs que jusqu'ici la dégénérescence n'a guère été constatée quand la pratique de la vaccination animale a été régulièrement suivie.
Vaccination animale. — Le danger d'inoculer à l'homme la syphilis, lorsqu'on pratique la vaccination jennéiienne, ou vaccination de bras à bras, devait conduire à chercher un autre vaccinifère que l'homme lui-même. Outre cette raison essentielle, d'autres motifs ont également concouru à substituer dans la pratique le vaccin animal, c'est-à-dire le vaccin cultivé sur l'animal, au vaccin humain : c'est la pénurie de vaccin jennérien, opposé aux récoltes abondantes faites sur l'animal; c'est la difficulté d'avoir à sa disposition des enfants, et surtout des mères assez dociles pour se plier aux nécessités des opérations vaccinales; c'est encore la facilité de surveiller les bêtes, de les utiliser au moment propice, de multiplier à loisir leur nombre en cas de besoin ; c'est surtout la constatation de fait que le vaccin jennérien dégénère, alors que le veau paraît au contraire capable de maintenir au virus vaccinal une activité suffisante.
(-'est, en effet, en raison surtout de cette déchéance progressive du vaccin jennérien dans ses transports multiples d'homme à homme, qu'on pensa à chercher pour le vaccin un terrain plus favorable. Marquée dès les premières années du xiv siècle, celle dégénérescence était suffisamment nette en 1817 pour que Brissei pùl la démontrer sans conteste; néanmoins, son opinion ne prit foret" de loi qu'après les travaux de Bousquet (1848) sur le vaccin issu du cow-pox trouvé à Passy : re vaccin animal se montra nettement supérieur au vaccin jennérien. Plus lard encore, tes communications sur la syphilis vaccinale (Viennois, Depaul, etc. . accusant nettement le vaccin jennérien, déterminèrent un courant d'opinion en faveur de la vaccination animale ; elle s'introduisit en France, et,
• le là, se répandit dans toute l'Europe»