B. — EXAMEN DE L'ANIMAL MORDEUR
En même temps que le médecin traite les plaies, il doit se préoccuperdel'animalmordeur. — Quel estl'animal qui vous a mordu? Pourquoi vous a-t-il mordu? et surtout : Qu'est-il devenu? Telles sont les premières questions à poser. L'animal mordeur peut être mort de lui-même; il peut avoir été tué, il peut avoir disparu ou être inconnu du mordu ; il peut être Vivant el bien portant, \ i vaut mais malade. Que con\ ienl-il de faire dans ces différentes rireonsta nées ?
L'animal est mort.
Beaucoup de personnes mordues par un chien ou par un chat malade ne s'inquiètent nullement et ne viennent consulter le médecin que lorsque l'animal est mort. En interrogeant le mordu sur les
symptômes de la maladie, le médecin, dans quelques cas, acquerra la conviction que l'animal était atteint de la rage. Bien plus souvent, il demeurera dans le doute; quelquefois, il aura la quasi-certitude que ranimai a succombé à une affection autre que la rage. D'une façon comme de l'autre, sa règle de conduite doit être absolue. Toute personne contaminée par un animal qui meurt moins de dix jours après l'accident doit suivre le traitement antirabique. Il semble que — sauf circonstances particulières — le traitement doive même être suivi au cas où un vétérinaire ayant observé l'animal au cours de sa maladie affirmerait qu'il a succombé à telle ou telle affection. La n effet peut coïncider avec une autre maladie, ce qui est une complication pour le diagnostic. Surtout, la mort peut surprendre Fanimal, alors qu'il est en incubation de rage. Or les recherches de Houx et Nocard ont démontré que deux à trois jours avant l'apparition des premiers symptômes de la maladie, la salive du chien était déjà virulente et un certain nombre de faits cliniques ont établi que ce délai était trop court et devait être porté à huit et même à dix jours. Pampoukis a publié l'observation d'une femme qui, mordue par un chien huit jours avant que celui-ci ne présentât de symptômes suspects, ne crut pas devoir se soumettre au traitement pastorien et succomba à la maladie. Zaccaria a rapporté de même qu'un chien en mordit un autre treize jours avant de prendre luimême la maladie. Le mordu contracta la rage. On conçoit quelle circonspection de pareils faits doivent entraîner dans l'appréciation des conséquences d'une morsure.
L'animal a été tué.
Lorsque les mordus viennent consulter le médecin, l'animal rnonleur peut déjà avoir été tué, soit parce que l'existence de la rage ne faisait aucun doute, soit plus souvent par représaille, gnoranee ou bêtise. Ici non plus, il ne saurait y avoir d'hésitation sur la conduite à tenir : Toute personne mordue par un animal qui a été tué moins de dix jours après l'accident doit suivre le traitement antirabique.
L'autopsie est en effet incapable d'établir le diagnostic de page.
En particulier, la présence de corps étrangers dans l'estomac e$l à peu près sans valeur. L'existence de lésions. organiques du cœur, du poumon, de l'intestin, etc.. capables de pendre compte de la port n'est nullement péremptoire, car la page |><'iii coïncider avec ell«- el l'animal peut avoir été tué alors qu'il se l.roiiwiil simple ment à la période d'incubation.
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La recherche des nodules rabiques et des corpuscules de Négri, outre qu'elle ne donne aucune certitude, échappe à la compétence du médecin praticien. Les mordus doivent donc être dirigés vers un Institut antirabique.
L'animal ne peut être retrouvé.
Un certain nombre de personnes ignorent quel animal les a mordues. Elles ont été attaquées la nuit par un chien que, dans les ténèbres, elles ont à peine vu, ou même — ainsi que nous l'avons observé plusieurs fois — elles ont été mordues pendant leur sommeil par un animal qu'elles n'ont pas vu du tout. Elles ont été assaillies en plein jour par un chien qui s'est sauvé et n'a pu être retrouvé, par un chien qu'elles ont très bien vu mais qu'elles ne peuvent reconnaître parce que dans la ville ou le village il y a beaucoup de chiens semblables (ce cas se présente très fréquemment en Orient). Dans tous ces cas ou dans presque tous ces cas, le médecin conseillera les inoculations. Il n'y a d'exception que si le mordu a provoqué l'animal en le menaçant avec un bâton, en marchant sur lui, etc.. Encore si une personne a été mordue par un chien sur lequel elle a marché, est-il indispensable de lui demander si le chien s'est levé ensuite et s'est sauvé ou bien si, paralysé, il est demeuré immobile au même endroit. En Orient, où la rage paralytique est aussi fréquente que la rage furieuse, cette question a une importance toute particulière et ne doit jamais être négligée.
L'animal est vivant.
11 peut se faire enfin que l'animal mordeur soit encore en vie lorsque le mordu vient consulter le médecin. Celui-ci conseillera alors la mise en observation pendant dix jours à dater de celui de la morsure. Le mieux est naturellement que l'observa lion soit dirigée par un vétérinaire. 11 est cependant des circonstances où le médecin sera obligé de se charger lui-même de ce soin. Différents cas peuvent se présenter.
L'animal peut montrer des symptômes tels que le diagnostic de rage ne fasse aucun doute (agitation, irritabilité; tendance de 'animal à se cacher et à avaler du bois, des pierres, de la paille, etc. ; hallucinations, modifications de la voix qui devient bi tonale ou rauque, salivation, accès de fureur, phase terminale de paralysie). Il sera abattu et le mordu dirige vers un Institut antirabique. L'animal peut au contraire ne présenter absolument aucun
phénomène pathologique. Au dixième jour, il sera relâché et les mordus seront rassurés définitivement. Il peut mourir au cours de la période d'observation. Le traitement antirabique sera conseillé. L'animal peut présenter certaines manifestations morbides et être encore en vie après les dix jours d'observation. Le cas peut présenter une réelle difficulté car il n'est pas impossible que la rage se prolonge au delà de sa durée habituelle. Quelques jours d'observation supplémentaire seront utiles; le traitement sera conseillé en cas de mort et tenu pour inutile en cas de survie. Nous ne tenons pas compte, on le voit, de la possibilité de la guérison de la rage clinique chez le chien. Outre que cette hypothèse (qui nous appartient en propre) n'a pas encore subi la sanction de la pratique et repose à peu près exclusivement sur la guérison de la rage expérimentale, son adoption serait de nature à compliquer par trop la conduite du médecin-praticien. Celle-ci peut se résumer dans le tableau suivant :
Animal mordeur.
1° Mort moins de dix jours après la morsure. 2° Tué moins de dix jours après la morsure. 3° Disparu moins de dix jours après la morsure. 4° Inconnu du mordu.
la
observation pénal dix jours).
a. L'animal prend rage. }
b. L'animal meurt sus- f pect de rage ou il suc- \ combe à une affection j autre que la rage. (
c. L'animal tombe ma- l lade. Il n'est pas mort au dixième jour. f
cl. L'animal est vivant C et bien portant après \ dix jours. (
) Traitement anti- > rabiquo.
Traitement antirabique.
Traitement antirabique.
Prolongation de l'observation. Traitement antirabique si l'animal meurt.
Pas de traitement antirabique.
Mesures complémentaires à prendre par le médecin.
orsque le médecin a posé l'indication du traitement antirabique, il doit avertir L'intéressé de l'importance qu'il y a pour lui à suivre ce traitement au plus tôt et l'inciter à se mettre en route sans ferder. Toutes les fois que la chose sera possible, il enlèvera sinon le cerveau tout entier, du moins le bulbe de L'animal mordeur et il P adressera à l'Institut dans de la glycérine (neutre et stérilisée, si faire
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se peut) pour la recherche des lésions microscopiques et les inoculations expérimentales qu'il est toujours indiqué de pratiquer dans les laboratoires. Enfin il agira sagement en s'inlbrmant si d'autres personnes n'ont pas été contaminées par le même animal (morsures, lèchements, coups de griffe) et en les faisant avertir du danger qu'elles courent.
Bien que ceci soit surtout du ressort des autorités municipales et des vétérinaires, il peut s'informer également si des animaux n'ont pas été contaminés. Aux termes de la loi, tout chien ou tout chat mordu, roulé ou simplement suspect d'avoir été mordu, ou roulé par un animal enragé ou suspect, doit être immédiatement abattu. Les propriétaires des animaux herbivores (chevaux, ânes, mulets, bœufs, vaches, veaux, moutons, chèvres, etc.) mordus par un animal enragé ou suspect, ont huit jours à dater de la morsure pour les livrer à la boucherie Passé ce terme, il leur est interdit de s'en défaire pendant trois mois; durant ce laps de temps, les animaux doivent en principe être séquestrés; ils ne peuvent en tout cas sortir que muselés. 11 y a avantage à les traiter à l'aide d'une des méthodes dont nous disons un mot plus loin. Nous devons signaler ici — pour répondre à une question souvent posée — que la rage n'est pas susceptible de se transmettre par voie digestive et que — toutes réserves faites sur leur valeur nutritive — la viande et le lait d'animaux même dûment enragés ne paraissent pas susceptibles de conférer la maladie.