PROPRIÉTÉS SECONDAIRES DU SÉRUM
Propriétés secondaires du sérum antidiphtérique. —
Lorsqu'on immunise les chevaux avec des toxines diphtériques Mirées, on trouve constamment dans le sérum des animaux immunisés un pouvoir préventif et un pouvoir antitoxique, mais on ne peut pas toujours obtenir un pouvoir agglutinant ou mettre en évidence l'existence d'une sensibilisatrice ou d'une action bactéricide. Ces pouvoirs n'existent que dans les sérums des chevaux qui ont reçu des corps de microbes. C'est pour cela qu'ils ont été méconnus au début de la sérothérapie.
Action agglutinante. — C'est S. Nicolas qui, le premier, a reconnu cette propriété du sérum antidiphtérique, en 1897.
Les premiers résultats de Nicolas n'ont pas été admis par tous les auteurs, car il y avait des difficultés de deux ordres : d'abord tous les sérums ne sont pas agglutinants; en second lieu, pour mettre en évidence cette propriété, il faut avoir des bacilles bien émulsionnés, et les bacilles diphtériques dans le bouillon ordinaire s'agglutinent naturellement. Dans ses recherches, Nicolas se serrait d'un sérum préparé avec la toxine diphtérique. 11 est bien vrai qu'on peut obtenir un pouvoir agglutinant avec une toxine diphtérique qui est restée longtemps à l'étuve et qui contient des débris microbiens; mais avec une culture jeune et filtrée sur bougie Gliamberland, on n'a pas de pouvoir agglutinant ; par contre, on obtient des sérums toujours agglutinants quand on inocule aux chevaux soit dans les veines, soit dans le péritoine, des corps de microbes vivants ou tués par la chaleur; avec des bacilles inoculés sous bi peau, on a des escarres ou des abcès et le sérum ne devient pas très agglutinant.
Pour reconnaître Je pouvoir agglutinant, il faut une émulsion de microbes diphtériques. On peut l'obtenir en délayant dans de l'eau physiologique une culture sur milieux solides; mais si l'on ensemence du bacille diphtérique dans des bouillons glucoses à 2 p. 100, on obtient souvent une culture trouble avec laquelle on peut très bien étudier l'agglutination* Enfin on aura facilement une très iine émulsion de microbes tués de la façon suivante : On recueille les microbes diphtériques qui se trouvent dans les ballons Servant à préparer la toxine diphtérique ; ces microbes sont chauffés à 100" et conservés. Quand on veut s'en servir, on les émulsionne dans de l'eau physio* logique, en agitant fortement les microbes dans l'eau; on laisse ensuite reposer; un grand nombre de bacilles se déposent, mais le liquide surnageant est uniformément louche el reste louche plus de vingt-quatre heures en présence du sérum agglutinant ; les microbes en suspension se déposent et le liquide s'éclaireit rapidement!
156 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
Avant de termimer l'étude de l'agglutination, disons que Ton a cherché si le sérum des malades atteints de diphtérie était agglutinant; on espérait obtenir un séro-diagnostic; mais tous les auteurs s'accordent pour reconnaître que le sérum des malades n'a pas de pouvoir agglutinant.
Nous devons rappeler aussi que dans la question si délicate des bacilles pseudo-diphtériques, on a essayé de différencier les vrais diphtériques d'avec les pseudos par l'agglutination. Lesieur (1) qui a étudié cette question, conclut que beaucoup de bacilles non virulents dits « pseudo-diphtériques » se comportent vis-à-vis du sérum spécifique comme les bacilles de Klebs-Loffler.
Recherches des sensibilisatrices. — Comme la substance agglutinante, la sensibilisatrice ne se trouve que dans les sérums des animaux immunisés avec descorps microbiens. Ces sensibilisatrices ont été étudiées par Lambotte (2) ; il s'est servi de la méthode de Bordet- Gengou. On trouve toujours des sensibilisatrices dans les sérums des chevaux qui ont reçu des corps microbiens.
Comme pour le pouvoir agglutinant, on a recherché si la sensibilisatrice existait chez les malades ; on ne l'a pas trouvée. On a essayé de différencier les pseudo-diphtériques des vrais diphtériques et on arrive à des résultats incertains.
Pouvoir bactéricide. — Nicolas, depuis 1895, a étudié dans une série de travaux le pouvoir bactéricide du sérum antidiphtérique et il a trouvé que le sérum peut atténuer la virulence du bacille diphtérique ou même la faire disparaître. U affirme, en outre, que l'on peut constater la disparition de la végétabilité de cet agent pathogène lorsqu'on utilise le sérum antidiphtérique comme milieu de culture (3).
Ces recherches sont difficiles à répéter et méritent d'être étudiées avec plus de précision en se servant de sérums frais ou en ajoutant de l'alexine à de vieux sérums; en étudiant la question nous avons vu une seule fois les bacilles diphtériques perdre leur végétabilité dans le sérum antidiphtérique; nous n'avons jamais pu reproduire l'expérience.
Diverses propriétés du sérum antidiphtérique, leurs relations. — Lorsqu'on immunise Les chevaux avec des toxines fraîches, leur sérum est antitoxique el préventif, peu ou pas agglutinant e( dépourvu de sensibilisatrice.
(1) Lesieur, Les bacilles pseudo-diphtériques, Paris, 1902. — On y trouve la bibliographie de la question des pseudo-diphtériques.
(2) Centralblatt f. Bakteriologie, 1901, a" 22.
(8) Nicolas, Arc/tires de pharmacody namie, 1897, p. i~v