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VI. — TRAITEMENT DE LA DIPHTÉRIE PAR LE SÉRUM ANTIDIPHTÉRIQUE

Nous avons étudié ia vaccination des animaux contre la diphtérie et les propriétés de leur sérum vis-à-vis du microbe et de ses toxines ; voyons comment, dans la pratique médicale, le sérum antidiphtérique peut être utilisé pour guérir ou prévenir la maladie.

Emploi du sérum antidiphtérique.

Mode d'injection. — Injection sous-cutanée. — Mous ne nous arrêterons pas sur la technique de l'injection de sérum qui est généralement bien connue. On fait de préférence l'injection dans le tissu cellulaire des hypocondres ; il faut toujours se tenir à une certaine distance de la ligne médiane ; le mieux est de piquer au niveau des bords costaux le plus près possible de l'extrémité de la dixième côte.

L'injection sous-cutanée est la plus employée, elle suffît lorsqu'on intervient assez tôt ou que les cas sont bénins.

Injection intraveineuse. — Dans les cas graves, surtout si l'on intervient tardivement, on pourra tenter l'injection intraveineuse qui, chez les animaux, donne de meilleurs résultats, comme nous l'avons déjà indiqué ; du reste, le professeur Courmont et d'autres auteurs l'ont pratiquée chez l'homme et en ont obtenu de bons effets.

Doses à employer (1). — On ne doit jamais craindre de donner trop de sérum. Les accidents sériques n'augmentant pas avec les doses injectées, il est préférable de donner une dose trop forte que de faire une première injection insuffisante ; car, si la première dose est trop faible, le malade guérira moins vite, et les accidents tardifs d'origine toxique seront plus fréquents.

Il est difficile de dire exactement quelle doit être la quantité qu'on doit injecter comme première dose; car cette quantité dépend «le l'âge du malade, de l'époque de l'intervention et de la forme de la maladie ; nous étudierons successivement tous ces facteurs.

De môme nous indiquerons, en étudiant séparément les diverses modalités de la maladie, dans quel cas on doit renouveler les injections et quelle quantité il faut injecter.

Sérothérapie suivant l'âge des malades. Le sérum peul être Injecté à tous les âges ; toutefois les enfants le tolèrent mieux que les adultes et surtout que les personne- âgées.

(1) Dana toul ce chapitre nous avons en vue le sérum d'un pouvoir antitoxique moyen, soit 200 h 300 unités par centimètre i;ul>e.

164 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.

Les nouveau-nés peuvent sans inconvénient recevoir de 5 à 10 centimètres cubes comme première dose.

Chez les enfants âgés de un à trois ans, la première dose sera de 10 ou 20 centimètres cubes.

Au-dessus de trois ans, la première dose doit toujours être égale ou supérieure à 20 centimètres cubes.

Au-dessus de quinze ans, cette dose de 20 centimètres cubes est suffisante pour les cas légers, pris au début de la maladie ; dans toute autre circonstance, la dose initiale de l'adulte doit être de 30 à 40 centimètres cubes.

L'état de grossesse ne contre-indique pas les injections de sérum et le fœtus ne subit aucun dommage.

Utilité de l'intervention hâtive. — On aura d'autant plus de succès qu'on interviendra plus près du début de la maladie. Voici quelques statistiques que j'emprunte à la thèse très documentée de Raoul Bayeux (1). Les chiffres sont tellement éloquents qu'ils se passent de tout commentaire.

A Saint-Pétersbourg le professeur Rauchfuss a étudié 39 000 cas et il a vu que si l'injection de sérum était pratiquée le premier ou le deuxième jour, on avait une mortalité de 7,4 ; si l'injection était faite le troisième jour de la maladie, la mortalité atteignait 16,2 et si l'on intervenait plus tard, elle était de 28 p. 100.

Les rapports du Metropolitan asylum Roard mettent en pleine lumière la nécessité d'intervenir hâtivement.

Sur 141 malades traités le premier jour de leur maladie, il y a eu 4,8 p. 100 de décès.

Sur 809 malades traités le deuxième jour de leur maladie, il y a eu 84 p. 100 de décès.

L'intervention hâtive est possible dans les familles qui surveillent les enfants, et font rapidement appeler un médecin; aussi en ville y a-t-il très peu de décès. Plusieurs confrères m'ont affirmé qu'ils ont toujours pu guérir les diphtériques parce que dans tout cas suspect ils avaient dès les premiers symptômes injecté du sérum antidiphtérique.

A l'hôpital, l'intervention est plus tardive; aussi les statistiques montrent-elles que la mortalité moyenne est voisine de 10 p. 100 pour les diphtéries endémiques et cette mortalité monte à I i p. 100 en temps d'épidémie.

Sérothérapie suivant la localisation de la diphtérie. — Dans les localisations rares, comme la diphtérie de la peau, la

(1) Thrs>' de doctorat, Paris, L899

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