MORTALITÉ AVANT LA SÉROTHÉRAPIE
Soil une moyenne de 51,71 p. 100.
Mortalité brute Mortalité réduite (I) \>. 100. p. 100.
1894. MM. Roux, Martin et Chaillou
(février-août) 24,5 »
Chaillou (septembre- décembre), inédit 10,0 »
1895. M. Sevestre 15,14 9,35
1896 M. Sevestre 16.98 12,69
1897. M. Sevestre 17,40 10,80
(!) La mortalité brute comprend loua l<'s décès ; dans la mortalité réduite, léduil ccuji qui
sont survenus moins de vingt-quatre heures après l'injection de sérum.
188 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
Mortalité brute Mortalité réduite p. 100. p. 100.
1898 . M. Sevestre 17,80 12,94
1899. M. Sevestre 20,24 13,78
1900. M. Sevestre 22,18 15,29
1901 . MM. Marfan et Benj . Weili . . 20,79 11,49
1902. MM. Marfan et Le. nliardt. . . 15,8 11,1 I «.103. MM. Marfan et Detot 14,2 9,0
1904. MM. Marfan et Le Play 7.6 5,47
1905. MM. Marfan et Lemaire 10,11 6,97
1906. MM. Marfan, Audouin et Bris-
saud 10,45 6,4
D'après ces chiffres on voit que, depuis la sérothérapie, la mortalité moyenne de 51,71 p. 100 des années qui ont précédé la sérothérapie n'a jamais été atteinte et que les nombres sont toujours inférieurs de plus de moitié, souvent des deux tiers.
Diminution de la mortalité globale à Paris. — A Paris, le traitement a été appliqué à tous les malades des hôpitaux dès le mois d'octobre 1894. Depuis ce moment, grâce aux statistiques du Dr Bertillon, nous avons pu suivre chaque semaine la marche de la maladie, étudier sa morbidité et sa mortalité.
La simple comparaison entre la mortalité moyenne des années qui ont précédé la sérothérapie et celle des treize dernières années nous indiquera le nombre des vies qui, à Paris, ont été épargnées grâce à la sérothérapie.
De 1890 à 1894, il y a eu à Paris, chaque année, une moyenne de 1 432 décès causés par la diphtérie.
Depuis, nous trouvons :
Morbidité. Mortalité. P. 100.
Si nous étudions les résultats de la sérothérapie dans la France entière (1), nous voyons que, pour une population de 12 700 000 indi-
(1) Madwci Ollieh, Thèse de doctorat, Paris, 1904.
vidus, qui représentent l'ensemble des villes de France de plus de 5 000 habitants, il y avait avant 1894 entre 6 000 et 7 000 décès; depuis la sérothérapie, la mortalité varie entre 1 500 et 2 200.
11 ne peut plus être question d'atténuation de la maladie ; car en 1000, 1901 et 1902, il y a eu une épidémie très meurtrière ; le pourcentage a de ce fait augmenté, mais malgré tout la mortalité a été liés inférieure aux chiffres d'autrefois.
Pour mieux montrer les bienfaits de la sérothérapie, nous allons étudier séparément son influence sur les angines et sur les croups.
Action du sérum sur les angines. — Voici les chiffres que nous avons pu réunir sur la mortalité des angines, à l'hôpital des Enfants- Malades, avant la sérothérapie :
1891 46,64 — f Soit une moyenne de
Dans les cas traités par MM. Roux, Martin et Chaillou, la mortalité totale a été de 12 p. 100.
Pendant le même temps, à l'hôpital Trousseau, elle était de 32 p. 100.
Depuis, si nous prenons les dernières statistiques publiées par M. Marfan et ses élèves, nous trouvons :
1004 7,67 — I Soit une moyenne de
Action du sérum sur les croups opérés. — Aux Enfants- Malades, avant la sérothérapie, on avait :
1890. Décès 76,35 p. 100
Suit une moyenne de 73,19 p. 100.
Dans les tas traités en 1894 par MM. Roux, Martin et Chaillou, la mortalité a été de 46 p. 100.
Pendant le même temps, à l'hôpital Trousseau, la mortalité sans l'emploi du sérum était de 80 p. 100.
Durant nos six mois d'internat dans le service de M. Sevestre, nous avons eu : 7."> opérés, 72 tubages, 3 trachéotomies, avec 17 morts; soit une mortalité brute de 23, '6 p. 100.
190 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
Dans les dernières années, M. Marfan et ses élèves ont obtenu :
Rapport entre les angines et les croups opérés. — La sérothérapie antidiphtérique diminue considérablement le nombre des interventions; il était, pour les années 1887 à 1894, de 36 p. 100, c'est-à-dire que pendant ces dix années sur 100 enfants, entrés au pavillon de la diphtérie, 36 ont été opérés.
Dans les six mois de notre internat dans le service de Sevestre, le chiffre des interventions a été réduit à 14 p. 100, soit une diminution de près des deux tiers.
Toutefois cette diminution dans le nombre des interventions ne se retrouve pas toujours aussi marquée à l'hôpital ; car depuis la sérothérapie, les médecins gardent souvent lesdiphtéries bénignes et n'envoient à l'hôpital que les enfants qui ont besoin d'être opérés.
Par contre, dans la clientèle, tous les médecins de Paris reconnaissent que la sérothérapie, qui, dans ce cas, est le plus souvent hâtive, a presque totalement supprimé le croup et par suite les interventions.
Modification des statistiques suivant Vâge. — Il est impossible d'établir une comparaison entre les différentes statistiques publiées, si l'on ne tient pas compte de l'âge des personnes traitées ; car la diphtérie des adultes et des grands enfants, qui peut être facilement traitée dès l'apparition des premiers symptômes, guérit bien plus souvent que la diphtérie des jeunes enfants qu'on ne diagnostique très souvent qu'au moment de l'apparition des symptômes graves.
Enfants du premier âge. — Roger (1), dans ses statistiques, a séparé des autres enfants ceux qui étaient âgés de moins de deux ans, el, sur 35 malades, il note 14 décès, soit une mortalité de 40 p. 100.
'Nous avons eu (2) 97 malades avec 29 décès, 12 en moins de vingtquatre heures, 17 en plus de vingt-quatre heures, ce qui nous donne une mortalité globale de 29,89 p. 100 et une mortalité réduite de 20 p. 100.
Si nous prenons les chiffres donnés par M. Marfan et ses élèves pour les quatre dernières années, on retrouve ;uis<i cette grande
(1) Roger, Les maladies iufeoiieusei. Paris, 1908. ^) Soc, mè die, de hôpitaux, I ">., p. ;>-27-o'"'
mortalité dans les deux premières années de la vie ; mais ce ne sont pas les enfants qui ont simplement de l'angine qui la produisent, ce sont les enfants qui ont du croup et chez eux, malgré le sérum, nous trouvons des mortalités de 20 à 26 p. 100 ; tandis que, pour les enfants de deux à quinze ans, on ne trouve plus que 10 à 15 p. 100.
Deuxième enfance. — Dans notre statistique, nous avons, parmi les enfants de deux à quinze ans, 230 malades avec 14 décès, soit une mortalité globale de 7,39 p. 100.
Quand on voit la grande différence entre 7,39, mortalité pour la deuxième enfance et 28,89, mortalité du premier âge, on comprend comment les statistiques hospitalières peuvent être si différentes suivant qu'on a reçu dans le service un plus ou moins grand nombre d'enfants de moins de deux ans. Dans les statistiques il est important de séparer nettement ces deux périodes de l'enfance.
Adultes. — La mortalité de la diphtérie est encore moins considérable, quand il s'agit des adultes. Sur 116 malades, âgés de plus de quinze ans, nous avons eu seulement 4 morts ; ce qui donne une mortalité de 3,45 p. 100.
Modification des résultats suivant la classification. — Pour rendre les statistiques comparables, M. Marfan a proposé une classification dans laquelle il tient compte de l'âge, des localisations et des formes de la diphtérie.
Pour les angines, il étudie : les communes, les submalignes, les malignes, les lacunaires, les exsudats indéterminés.
Pour les croups, il classe séparément les croups tubes, les croups tubes et trachéotomisés, les croups trachéotomisés,
La tentative de M. Marfan mériterait d'être suivie par tous ceux qui exposent les résultats de la sérothérapie. Toutefois nous regrettons que M. Marfan ne tienne pas compte du moment de l'intervention pour les angines. Nous avons montré combien les résultats étaient différents suivant que la sérothérapie est hâtive ou tardive, et nous proposerons les divisions suivantes pour les angines, en tenant compte de l'âge: A = de 0 à 2 ans, B=de 2 à 15 ans, C= adultes. Nous grouperions dans un premier tableau les angines traitées dans les premières quarante-huit heures de la maladie.
Ces angines sont : I" bénignes; ou 2° graves d'emblée.
Après quarante-huit heures, les angines sont : 1° local ivres bénignes; 2" ordinaires ou submalignes; 3° graves.
Dans ce dernier cas, la gravité peut tenir soi! :
a) à une forme d'emblée envahissante;
// à une forme associée ;
c) à une. forme ordinaire traitée tardivement
192 LOUIS MARTIN. -*■ SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
C'est à peu de chose près les divisions adoptées par M. Marfan. Nous croyons cependant être plus près de la réalité.