‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 86 sur 185 · IMMUNITÉ CONFÉRÉE PAR LES INJECTIONS · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ CONFÉRÉE PAR LES INJECTIONS

des classes quand survient un premier cas de diphtérie. Le licenciement ne conduit pas du tout à la prophylaxie de la maladie ; car, au lieu de se réunir en classe, les enfants se retrouvent sur les places, dans les cours des usines où vont leurs parents, dans les églises ou les temples et, faute grave, on ne peut plus les surveiller, on ne peut plus savoir s'ils sont malades ou non. Lors de L'épidémie de Privas, nous voulûmes pratiquer des injections hâtives, pour éviter la grande mortalité de l'épidémie; or le plus difficile fut de dépister les cas et, malgré le zèle de nombreuses mères de famille, malgré la bonne volonté de toutes les autorités départementales et municipales, malgré le dévouement des médecins, nous n'arrivâmes à être renseignés que lorsque les écoles furent réouvertes.

Quand une école est fermée, il faut demander sa réouverture, car alors on peut examiner les enfants tous les matins, on peut constater les absences et par une enquête rapide savoir s'ils souffrent d'une angine, ou s'ils ont une autre raison pour ne pas venir en classe.

Prophylaxie dans les hôpitaux. — Rougeoleux. — Quand, dans un service d'enfants se produit un cas de diphtérie, il est utile d'inoculer préventivement tous les malades de la salle; en plus il y a des cas où il est préférable d'injecter préventivement tous les enfants qui entrent, par exemple, dans les services de douteux où constamment se trouvent des malades atteints de diphtérie; enfin ces injections préventives doivent surtout être pratiquées dans les services de rougeoleux. Dans les hôpitaux, et surtout chez les rougeoleux, l'injection préventive, pour être efficace, sera de 10 centimètres cubes au moins; on aura de meilleurs résultats avec 20 centimètres cubes et, de plus, il faut renouveler ces injections toutes les trois semaines. C'est pour n'avoir pas pris ces précautions qu'on a supposé que les injections préventives étaient moins efficaces dans la rougeole; ce n'est vrai que si on se contente de faibles doses.

Immunité conférée par les injections. — Les injections préventives, tout en conférant l'immunité immédiatement, n'empêchent pas toujours l'évolution locale de la diphtérie. Voici dans quel cas : on injecte du sérum à un suspect, sa gorge est ou n'est pas rouge, du in- voit pas de fausses membranes au moment de l'injection; le lendemain quand on revoit le malade, on est surpris de trouver des fausses membranes; il se passe ce que nous avons déjà indiqué : L'exsudat, peu \isilde au moment de l'injection, devient apparent par suite du gonflement et du changement de couleur de la fausse membrane. Nous n'avons remarqué cela que durant les premières Heures qui suivent L'injection ; en réalité on a fait une injection préventiveà une diphtérie en évelution. Quand on s'en aperçoit, il faut

196 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.

réinjecter du sérum pour compléter la dose préventive insuffisante et, le plus souvent après quarante-huit heures, la muqueuse reprend son aspect normal.

La durée de l'immunité conférée par le sérum est variable suivant les sujets. Pour fixer le temps de vaccination, on s'est basé sur l'observation qui montre que les sujets exposés à la contamination conservent l'immunité trois semaines environ; d'autre part, si l'on examine le sang des individus qui reçoivent du sérum de cheval, on voit que l'on peut déceler la présence du sérum et étudier ce qui se passe. Lemaire (1) s'exprime ainsi : « Ce sérum étranger apparaît dans le torrent circulatoire dès les premières heures; il est alors à l'état de traces. 11 augmente rapidement et est abondant, au bout de vingt-quatre heures. Ce sérum de cheval est décelable dans le sang de l'enfant pendant un temps variable. Sa présence a une durée minima de dix jours, une durée maxima de cinquante jours. C'est à peu près dans les mêmes limites que varie la durée de l'immunité conférée par une injection préventive de sérum antidiphtérique.

Quand un sujet qui a reçu une injection préventive de sérum est atteint de diphtérie, l'immunité ayant cessé, on remarque qu'il a presque toujours une diphtérie bénigne. 11 semble que l'action préservatrice n'étant plus suffisante pour conférer une immunité absolue, se traduit néanmoins par une plus grande bénignité de la maladie.

Innocuité des injections. — On sait bien aujourd'hui que toute injection de sérum peut être suivie d'accidents sériques; mais ce qui importe dans la pratique, c'est de savoir si les risques sont assez importants pour contre-indiquer la sérothérapie préventive. Dans le pourcentage des accidents plusieurs facteurs entrent enjeu. Il y a d'abord l'âge des inoculés : la sérothérapie s'accompagne d'accidents surtout chez les adultes, les enfants sont presque toujours indemnes. Il y a ensuite l'état antérieur des sujets; on voit des accidents plus souvent chez des individus qui ont eu des maladies antérieures, chez les rhumatisants, les goutteux, si bien qu'on pourrait supposer qu'il en est ainsi parce que les reins éliminent mal les poisons contenus dans le sérum. Cette hypothèse est vraie, mais en partie eulement; car nous avons pu injecter bien souvent du sérum à les personnes qui avaient une néphrite chronique avec albuminurie chronique ou transitoire, et qui iront pas eu d'accidents sériques.

Les accidents sont plus nombreux el plus sérieux chez les personnes infectées, qu'il s'agisse d'enfants ou de grandes personnes;

(1) Lemaire, Thèse de doctorat, Paris, 1907,

ACCIDENTS SÉRIQUES. 197

ainsi Ton comptera plus d'accidents chez les enfants d'une salle d'hôpital que chez les enfants d'une école.

De même tous les observateurs ont remarqué qu'il existait un grand nombre d'accidents sériques chez les malades qui sont soignés pour des angines ou des laryngites non diphtériques.

Tous ces facteurs étant très variables, on comprend que les pourcentages des accidents soient très différents et que des auteurs signalent 1 ou 2 p. 100, tandis que d'autres trouvent jusqu'à 31 p. 100.

Quelle que soit leur fréquence, ils sont généralement passagers et peu importants, et ne contre-indiquent pas la sérothérapie préventive chez l'enfant. Ils peuvent être plus sérieux chez l'adulte; aussi conseillons-nous de ne pas user inconsidérément de la sérothérapie préventive pour les grandes personnes, la réservant aux diphtéries familiales graves ou épidémiques.

Dans les accidents, les plus fréquents sont les érythèmes, surtout les urticaires; par contre, l'albuminurie est plus rare, puisque, sur 422 injections, Adams, après avoir recherché systématiquement les effets du sérum sur le rein, ne trouve pas d'albuminurie. Dans d'autres statistiques on signale l'albumine dans 1, 2 ou 3 p. 100 des cas; mais lorsqu'elle existe, elle dure un ou deux jours et disparaît.

Nous avons signalé en étudiant la sérothérapie que, lorsque la diphtérie était associée à la tuberculose, le sérum était moins bien toléré par les tuberculeux en activité; aussi croyons-nous qu'il est préférable d'éviter les injections préventives aux tuberculeux.

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