PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS DUS AU SÉRUM
faisant penser à une rechute de méningite, on s’assurera tout d’abord qu’il s’agit d’une nouvelle infection méningococcique ou d’une méningite sérique. L’examen du liquide céphalo-rachidien montrera, dans le premier cas, avec de la leucocytose (polynucléaires ou lymphocytes) des méningocoques; dans le second cas, des polynucléaires intacts sans méningocoques.
Chaque catégorie d’accidents donne lieu à des indications spéciales. Si le méningocoque est en cause, la sérothérapie sera reprise ; sinon, les injections de sérum doivent être bannies, et souvent sous la seule influence de la ponction lombaire les accidents rétrocéderont.
Certains malades, d’autre part, présentent, outre l’infection méningococcique rachidienne, des symptômes méningés dus à l’action du sérum. On s’en rend compte aisément en constatant une recrudescence de ces derniers quelques heures après l’injection. La conduite à tenir est alors délicate : comme ces accidents ne sont pas graves, on peut continuer les injecLions de sérum, mais avec la plus grande prudence, et les cesser dès que les symptômes surajoutés menacent d’être inquiétants.
Hutinel et Darré ont montré que les injections préventives de sérum à dose minime quelques heures avant l’injection curative n’étaient douées, pour éviter cette réaction locale, d’aucune efficacité.
Contre les accidents anaphylactiques. — Plusieurs procédés ont été proposés pour empêcher l’éclosion du choc anaphylactique.
1° Modifications chimiques et physiques du sérum. — Divers auteurs, pensant que les dits accidents relevaient de l’action d’un poison contenu dans le sérum, ont imaginé de le neutraliser ou de le détruire par diverses substances : permanganate de potasse, alcool, chloroforme, eau oxygénée, alcaloïdes, ferments, acides, etc. ; à la vérité, ces tentatives n’ont pas été couronnées de succès.
Retenons cependant l’action bienfaisante du chauffage à îiC° pendant quatre jours consécutifs. Desredka a montré expérimentalement que les sérums ainsi traités paraissent moins toxiques que les autres. Or le sérum antiméningococcique préparé à l’Institut Pasteur est chauffé : les accidents anaphylactiques qui suivent son emploi sont infiniment plus rares qu’avec les sérums étrangers.
Le moyen n’est toutefois qu’un palliatif; il diminue assurément la réqucnce et l'intensité des accidents, mais il ne les supprime pas totalement, il faut donc recourir à d’autres méthodes.
2" Diminution de la sensibilité nerveuse du sujet. — Sous
356 CH. DOPTER. — SÉROTHÉRAPIE ANTIMÉNINGOCOCCIQUE.
l’inspiration de J\l. Houx, Besredka a montré l’absence de choc anaphylactique chez les cobayes narcotisés par l’éther ou soumis à l’action de l’alcool. Je ne pense pas que l’essai de la narcose par l’éther ait été tenté dans ce but en thérapeutique humaine.
3o Traitement rationnel du malade par les injections répétées. — Plusieurs expérimentateurs : Rosenau et Anderson, Besredka, etc., ont montré que les injections répétées de doses massives de sérum avantla période dite anaphylactique évitaient la production de cette dernière et des accidents qui la caractérisent. Ces constatations présentent la plus haute importance au point de vue de la sérothérapie humaine : en effet, en les mettant en pratique, on diminue en même temps la durée de l'infection; on met de plus le malade à l’abri des rechutes, à l’occasion desquelles les accidents d'anaphylaxie sont le plus souvent observés, en raison de leur date habituelle d’apparition. Aussi nous rallions-nous entièrement à la manière de voir si bien exposée par Hulinel et Darré, et dirons-nous avec eux :
« Pour prévenir les accidents d’anaphylaxie sérique chez les malades atteints de méningite cérébro-spinale, il faut faire un diagnostic précoce, instituer rapidement la sérothérapie, employer de fortes doses de sérum et répéter les injections à intervalles aussi rapprochés que possible. 11 faut injecter, d’emblée, dans le canal rachidien, 20 à 50 centimètres cubes de sérum selon l'âge du malade, renouveler les injections matin et soir pendant plusieurs jours consécutifs, si l’infection parait sévère. En un mot, il faut employer la sérothérapie antiméningococcique, en se conformant aux règles générales qui sont aujourd’hui classiques pour la diphtérie et le tétanos. Par ce traitement précoce et intensif, on obtiendra rapidement la guérison dans la grande majorité des cas, et on pourra cesser l’emploi du sérum au bout de quelques jours, au moment où l’état anaphylactique n’est pas encore établi; on mettra le malade dans les meilleures conditions possibles pour recouvrer l’intégrité fonctionnelle complète des centres nerveux et ne conserver aucune séquelle de l’inflammation méningée, et eu même temps on lurévilera la plupart des accidents sérothérapiques, les plus douloureux et les plus graves relevant le plus souvent, comme nous l’avons vu, de l’anaphylaxie. »
4° Vaccination anti-anaphylactique. — Besredka a montréqu on peut rendre réfrastaire au choc anaphylactique, provoqué par 1 injection déchaînante dans le cerveau, le cobaye sensibilisé par une injection préparante; il suffit de lui injecter sous la peau, dans le péritoine ou le rachis, quelques heures avant l’inoculation mortelle, des doses