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II. — SÉROTHÉRAPIE

Les tentatives de sérothérapie sont beaucoup plus nombreuses.

Seulement, la plupart d’entre elles n’ont guère fait jusqu’à présent leurs preuves chez l’homme, au moins dans une mesure suffisante; quelques procédés sont encore purement expérimentaux. Seule jusqu ici la méthode de Chantemesse a été largement appliquée à la clinique humaine; nous en parlerons en dernier lieu.

On a supposé que le sérum de typhiques , guéris de leur fièvre typhoïde, devait présenter des propriétés curatives vis-à-vis de la maladie en évolution; mais le traitement par l’injection du sérum de typhiques guéris n’adonné que des résultats très aléatoires entre les mains de Hammerschlag, de VonJacksh, de Pollack, de Jez; et les quelques succès obtenus par Weisserbecker, Walker, etc., sont trop peu nombreux pour entraîner la conviction. D'ailleurs, fût-elle bonne, une pareille sérothérapie ne pourrait avoir qu’un emploi fort limité.

La plupart des procédés sont basés sur l’emploi de substances provenant d’animaux immunisés. Klemperer et Lévy ont utilisé, sans grand succès, le lait de chèvres vaccinées. Beumer et Peiper tentèrent l’injection de sérums d’animaux immunisés contre les cultures vivantes ; les résultats cliniques, d'après Borger, furent douteux. Spirig, du Mesnil de Rochemont ont inoculé à leurs malades 10 à 40 centimètres cubes de sérum de cheval immunisé sérum Tavel) : l’état général devient meilleur, la température baisse, mais la maladie est tout aussi longue, et du Mesnil conclut que ce sérum n’est pas curatif ; chez le lapin, suivant Walker, le sérum Tavel serait préventif, et, à forte dose, curatif.

Ces diverses tentatives n’avaient obtenu qu’un succès bien relatif. Cherchant les causes de l’échec des sérums, Wassermann pensa qu'il yavait chez le typhique défaut d’alexine (ou complément), que par suite il fallait injecter du sérum frais (sérum de bœuf récemment recueilli) ; seulement les doses nécessaires seraient trop élevées (Marx), ce qui ne serait pas sans danger, et il ne semble pas que la méthode ait été appliquée. D’ailleurs, suivant Eliscker et Keutzler, le sérum des malades typhiques renferme une substance, encore mal définie, qui s’oppose à l’action bactéricide du sérum neuf: de telle sorte que ce dernier n’aurait aucune chance d'agir. 11 est même heureux qu’il en soit ainsi, s’il faut en croire les suggestions de Pfeiffer et Kolle : ces auteurs estiment, en effet, que les sérums peuvent être dangereux chez les typhiques, en vertu de leur pouvoir

SÉROTHÉRAPIE.

bactéricide, qui détruit les bacilles, et, par suite, met en liberté des toxines; la conséquence en est évidemment une intoxication, de même ordre que l’intoxication spécifique préalable de l’organisme, d'autant plus dangereuse qu’elle est plus intense.

Les remarques de Pfeiffer et Kolle, en fournissant une explication plausible des mécomptes antérieurs, suggéraient en même temps l’idée de s’adresser dans l’avenir, non plus à des sérums bactéricides, mais uniquement à des sérums anti toxiques. 11 fallait dès lors chercher tout d’abord à produire la toxine typhique in vitro, but que s’étaient déjà proposé divers observateurs (Chantemesse et \\ idal, etc.), et qui fut de nouveau atteint dans la suite par des procédés fort divers (Shavv, Rodet et LagriiFoul, Vincent, M. etMmc Werner, etc.) ; cette toxine typhique, inoculée à l’animal, doit créer chez ce dernier l’apparition de substances antitoxiques.

Dans cet ordre d’idées, on peut citer les essais suivants. Shaw prépare la toxine en abandonnant pendant trois semaines à l’étuve une culture de bacille typhique sur le sang, et liltrant ensuite le liquide : en inoculant le filtrat aux animaux, on obtiendrait un sérum antitoxique, au moins dans les expériences de laboratoire. Le sérum de Mac Fayden, obtenu en injectant à la chèvre le produit d’expression de bacilles broyés dans l’air liquide, neutraliserait 10 doses mortelles (pour la souris) de toxine à la dose de 1 /50e de centimètre cube, lia été employé chez l’homme par Goodall, à doses relativement fortes (jusque 90 centimètres cubes) ; le succès fut minime, 3 décèssur 26 malades. C’est encore par inoculations de toxine quesont fabriquésles sérums de Fr. Meyeret P. Bergell, de Kraus etStenitzer, de Aronson: ces divers sérums seraient plus ou moins actifs chez l’animal. Celui de Meyer et Bergell a été appliqué deux fois chez l’homme, avec succès, dans 2 cas de fièvre typhoïde grave.

Jez cherche à obtenir un sérum antiloxique d’une façon différente. Constatant que, chez l’homme, les organes hématopoïétiques sont particulièrement atteints dans la fièvre typhoïde, il suppose que ces organes doivent être le siège de processus antitoxiques. Partant de celte idée, il prélève chez des animaux fortement immunisés les organes hématopoïétiques (rate, thymus, etc.), les broie avec un mélange d’alcool, d’eau et de sel marin, abandonne vingt-quatre heures à l’étuve, et filtre; c’est ce filtrat qui constitue le « sérum ». Par injection, chez les typhiques, le sérum Jez provoquerait un abaissement rapide de la température, avec amélioration parallèle de l'état général. Divers auteurs, Einhorn, Esslinger, Casardi, etc., confirment les bons résultats de la méthode ; du Mesnil de Rochemont, Walker lu prônent beaucoup moins, et Pomclta n’en a obtenu

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aucun effet. Suivant Markl, d’ailleurs, le produit de Jez serait moins actif que le sérum obtenu chez les mêmes animaux.

Les procédés précédents visaient à être antitoxiques, c’est-à-dire à combattre les poisons solubles du bacille d’Eberlh. Des recherches plus récentes, celles de Besredkaen particulier (et aussi, bien qu’elles aient été interprétées autrement, celles de Bail, etc., sur les agressines , ont montré que le corps bacillaire lui-même renferme des toxines adhérentes, des endotoxines, très actives; il n'est pas téméraire de penser que ces endotoxines doivent jouer un rôle dans le processus normal de la maladie humaine. Dans le but d'obtenir un sérum anti-endoloxique, Besredka a mis en œuvre l'inoculation à l'animal de cultures de bacilles, d’abord tuées, puis vivantes. Par ce procédé — en quelque sorte inverse de ceux de Shaw, etc. — on obtient un sérum qui neutralise 10 à 20 doses mortelles d’endotoxine liquide, et qui se montre préventif contre l’injection d endotoxine.

Par suite déconsidérations différentes, Rodet elLagriffoul, Kraus et Stenitzer sont arrivés à utiliser une technique à peu près identique.

Le sérum de Besredka a été essayé chez l’homme par Montefusco; entre les mains de cet observateur, le sérum, appliqué seulement dans 7 cas très graves, a provoqué quatre améliorations, amené une sensation de bien-être et amélioré l’état du pouls.

Divers médecins ont essayé le sérum de Rodet et Lagriffoul , et ces derniers signalaient récemment 65 cas relevant de leur méthode. Le sérum fut injecté à doses relativement fortes, 5 à 10 centimètres cubes; certains ne reçurent qu’une injection, la plupart en reçurent deux ou trois. La première injection a toujours eu lieu du cinquième au onzième jour. Chez 36 malades (soit 55 p. 100 des cas , il s’est produit une défervescence précoce et rapide, ce qui est un beau résultat. Il n’y a pas eu d’accidents sériques sérieux. On a compté 4 décès, soit 6,15 p. 100. De plus, il est survenu chez 6 malades des hémorragies intestinales; chez 7, des accidents nerveux (délire, méningisme), après l’injection de sérum ; ces dernières complications paraissent avoir été un peu fréquentes.

Le sérum de Kraus et Stenitzer, utilisé à diverses reprises, aux doses de 10 à 40 centimètres cubes, a donné des résultats bien irréguliers. A Adelsberg, en 1907, la mortalité est de 12, 1 pour les malades traités par le sérum, contre 3,07 chez les autres typhiques. A Heimanstadt, une première série heureuse en 1908-09, a\ec une moi talité de 3,2 p. 100, fait naître des espoirs qui s’évanouissent dès 1909; la mortalité des malades traités monte à 15,38 p. 100 (Unger). Même insuccès relatif à Stockholm, entre les mains de

SÉRUM CHANTEMESSE.

Forssmann : mortalité 15 p. 100 pour la série traitée par le sérum contre 17,14 p. 100 chez les témoins. On constate, paraît-il, quelque amélioration de l’état général; mais les résultats obtenus jusqu’ici ne semblent guère encourageants.

Sérum Chantemesse (I). — Le sérum provient de chevaux immunisés pendant longtemps. Dans les premières années, les animaux étaient inoculés de toxine typhoïde soluble; actuellement, on pratique tantôt des injections sous-cutanées de la même toxine, tantôt des injections intraveineuses de bacilles virulents.

La toxine typhoïde soluble s’obtient en cultivant des bacilles typhiques très virulents sur un milieu spécial (mélange de sang humain défibriné, de bouillon de rate et de moelle osseuse), réparti en (laçons largement aérés. 11 se fait un voile à la surface, en même temps que dans la profondeur s’élabore une toxine, dont les propriétés essentielles (toxicité et résistance à la chaleur) sont celles de l’endotoxine. Après une semaine, la culture est chauffée à 55°, centrifugée et décantée; le liquide décanté renferme la toxine.

C’est vingt jours environ après la dernière inoculation que le sérum de cheval immunisé présente son maximum de pouvoir préventif. L’activité de ce sérum varie beaucoup suivant que l’animal est en voie d’immunisation depuis un temps plus ou moins long : on inoculait 5 et 15 centimètres cubes il y a quelques années; à l’heure actuelle, on injecte au malade quelques gouttes seulement, quantité suffisante pour provoquer des réactions nettement caractérisées.

Suivant Balthazard, le sérum antityphique Chantemesse n’est pas bactéricide in vitro, mais la culture développée dans le sérum se montre avirulente. Chez l’animal (lapin ou cobaye), le sérum esl nettement préventif, à la fois contre l’injection de microbes et contre 1 injection de toxine. Quand l’animal a été traité préventivement, l’injection detoxine amène tout d’abord une destruction leucocytaire, mais celle-ci est rapidement suivie d’une hyperleucocytose, surtout polynucléaire. Chez l’homme atteint de fièvre typhoïde, l’injection de sérum fait apparaître en vingt-quatre heures une leucocytose marquée, le chiffre des globules blancs passant de 11 800 à 4 900, de 5 100 à 18 000, etc. (Balthazard). Expérimentalement, les animaux qui ont reçu le sérum et la toxine présentent une énorme hypertrophie du tissu lymphoïde (rate) et myéloïde.

Chantemesse et Milhitont fait voir que l’injection de sérum exerce

(1) Consulter pour le sérum Chantemesse : Chantemesse, Presse médicale , 1902 et 1904 • Hevue générale des sciences, 1907 ; — Uai.thàzaiid, Thèse de Paris, 1902-1903 Josias’ Pull. Academie de médecine, 1906; — Bounon, Normandie medicale, 1907.

E . SACQUËPÉE. — SÉROTHÉRAPIE ANTITYPHIQIJE.

une action très marquée sur les phénomènes d’opsonisation. Dans les formes bénignes de fièvre typhoïde, l'index opsonique, déjà élevé avant tout traitement, augmente encore un peu après l’injection, pour se maintenir élevé même pendant la convalescence, si celte

Fig. 45. — Évolution d'une fièvre typhoïde traitée par le sérum Chantemesse (observation

personnelle).

Les chiffres indiqués chaque jour représentent, pour la température, la moyenne des températures de la journée; de même pour le pouls. Pour la rate, ils représentent en centimètres la somme des deux diamètres (vertical et antéro-postérieur).

dernière est franche. Dans les formes graves, l'index est faible avant l’injection; après le sérum, il accuse pendant trois ou quatre jours une élévation rapide et intense; puis il baisse, tout en restant assez élevé, bien supérieur à ce qu’il était avant le traitement, pour se relever encore au moment où s'annonce la guérison.

Cliniquement, l’injection de sérum, faite sous la peau, amène des

SÉRUM CHANTEMESSE.

modifications diverses dans l’état du malade. Pendant une première phase, dite de réaction, la température reste élevée, parfois même monte passagèrement plus haut qu’elle n’était avant l’injection; cette phase dure un temps variable, de quelques heures à cinq ou six jours. Puis la fièvre diminue progressivement et généralement assez vite. Les modifications de letat général marchent de pair; l’une des plus frappantes est le changement de la vaso-molricité : on voit rarement, chez les malades traités, la cyanose des extrémités et la stupeur du visage; au contraire, les extrémités deviennent chaudes et roses, la stupeur s’atténue ou disparaît. En même temps la pression sanguine augmente, le pouls suit les modifications de la température ; la polyurie apparaît quelques jours après l’injection, la quantité d urine atteignant parfois 4 à 5 litres. Phénomène non moins important, l’hypertrophie splénique est un phénomène constant, apparaissant netlementtrenté-six heures à trois jours après l’injecl ion.

Le sérum agit également très vite sur les complications spécifiques locales (ostéife, orchite, etc.) ; injecté en plein foyer d’inflammation, il en provoque rapidement la résolution.

Comme résultats d’ensemble, Chantemesse indique 43 décès sur 1 000 malades, soit 4,3 p. 100, alors que la mortalité à la même époque dans les hôpitaux de Paris était de 17 p. 100. Crunon, Josias ont confirmé les bons effets du sérum dans la fièvre typhoïde des enfants. Brunon, à Rouen, perd 3 malades sur 100 avec le sérum, tandis qu'il en perd 17 p. 100 parmi ceux qui n’ont pas reçu de sérum. Sur 30 enfants injectés dans la première semaine, aucun ne succombe; sur 14 injectés dans la troisième semaine, il y a 3 décès. Tous ces chiffres se passent de commentaires. Josias a été tout aussi heureux : de 10 ou 12 p. 100, la mortalité clinique est tombée à 3,8 p. 100 après application du sérum, les autres moyens thérapeutiques restant les mêmes. 11 est intéressant de souligner que nul décès n est survenu chez les malades traités avant le septième jour, ce qui indique la nécessilé d'intervenir le plus tôt possible. L'application de la méthode ne dispense d’ailleurs pas de continuer le traitement habituel (bains froids surtout).

La sérothérapie an lityphique est incontestablement une très bonne méthode thérapeutique ; les chiffres qui viennent d’être cités parlent suffisamment d’eux-mêmes pour qu’il soit inutile d’y insister davantage.

l'our le moment, le sérum do Chantemesse est le seul dont les indications et contre-indications et les doses soient bien précisées. Sa valeur curative est certaine, et il nous paraît désirable de le voir sc répandre de plus en plus.

VACCINATION ET SÉROTHÉRAPIE ANTICHOLÉRIQUES

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