B ACTÉ RIO T IIÊ R APIE AVEC DES CULTURES EN BOUILLON
garde-robes quotidiennes inaccoutumées. Quant à la dernière, elle fut gravement atteinte pendant la première semaine et n’était remise qu’incomplètement le vingtième jour ».
L'effet favorable des bactéries lactiques, administrées, soitdans du bouillon peptonisé, soit dans du bouillon de malt, confirme le rôle important de ces microbes dans la thérapeutique des maladies intestinales. Les diverses méthodes proposées ne constituent que des modifications du même principe fondamental. La proscription absolue des aliments d’origine animale peut être utile dans certains cas, inutile ou môme nuisible dans d’autres. Il ne faut pas oublier que le lait putréfie moins facilement que beaucoup de légumes et que dans le régime végétarien le taux des éthers sulfoconjugués et des phénols urinaires est plus élevé que dans le régime lacté, ainsi qu’il a été encore récemment confirmé par Max Soldin (1). L’urine des herbivores est beaucoup plus riche en phénols que celle de l’homme (2) et, d’après les recherches de II. lissier lui-même, l’alimentation végétarienne amène une plus grande adondance du Bacillus Welchii ( per f ring cns ) dans le contenu intestinal. Or, c’est un des principaux ennemis que renferme notre organisme et contre lequel on cherche à lutter. D'un autre côté, l’abstention prolongée de tout aliment d’origine animale amène souvent des résultats fâcheux. L’observation que j’ai faite sur moi-même, ainsi que dans mon entourage, m'a convaincu que ces aliments, pris en quantité modérée, sont réellement frèsutiles. En lisant l’autobiographie du célèbre philosophe anglais, Herbert Spencer (3), j’y ai trouvé quelques renseignements qui me confirment dans mon opinion. Encouragé par l’exemple de ses amis, il devint végétarien. Mais ce régime ne lui convenait pas, ainsi qu'il le dit lui-même: « Je commençai à devenir sceptique toutefois, en constatant qu’après six mois d’abstention de nourriture animale, notre ami Loch donna des signes manifestes d’affaiblissement. Sa voix est devenue tout à fuit amoindrie et faible. » Écrivant à son père, H. Spencer disait : « J’ai à peu près décidé d’abandonner le végétarisme, tout au moins pour le présent. Je crois que ce relâchement sous les yeux vient de là ». Et il ajoute : « La preuve la plus certaine que j’avais pût i se manifeste après coup. Je m’aperçus qu’il me fallut récrire tout ce que j’avais écrit pendant le temps où j’étais végétarien, parce que cela manquait tout à fait de vigueur » (p. 137).
Le traitement de Cohendy est sous ce rapport beaucoup moins rigoureux que celui de Tissier, car il trouve inutile l’abstention
(1) Jahrbwh fiir Kinderkrankheiten, mars 1907, p. 205-Ü0 7.
(2) Negbauer et Vogei., Anthjse des liâmes, 1898, p. 148.
(3) Herbert Spencer, Une autobiographie, traduction par U. de Varickv. Paris, 1907.
40 MK TC H N l KOFI'. — ü ACTfilUOTHÉEAl'IE INTESTINALE.
complète delà nourriture animale et ne défend la viande que pour le repas du soir. Les résultats si favorables du l)r Grekoff ont été obtenus chez des malades qui prenaient tous les jours une bouteille de lait et de la soupe aux poules. Dans une conférence, von Noorden (1) se prononce aussi contre la végétarisme trop absolu et contre l’abstention de la nourriture animale.
Un autre poinL de différence entre les procédés de bactériothérapie consiste dans le choix des microbes. Tantôt ce sont les bacilles paralactiques et le bacille bulgare en symbiose (lactobacilline , tantôt c’est le bacille bulgare seul, tantôt le bacille paralactique seul ou en symbiose avec le Bacillus bifidus. 11 est établi que tous ces microbes agissent bien, mais les recherches ultérieures pourront encore compléter les notions actuelles et amèneront peut-être la découverte de quelque nouveau microbe particulièrement bienfaisant.
L’emploi des microbes lactiques rencontre cette difficulté que, ne vivant que de sucres, ils ne poussent pas assez dans les région^ éloignées de nos intestins, ne contenant que des traces ou même pas du tout de ces substances. D’après les recherches faites par Alb. Berthelot dans notre service, ce sont les dattes qui amènent le plus de matières sucrées dans le gros intestin. .Mais nous pensons qu’il serait plus efficace d’acclimater dans noire flore intestinale des microbes qui donnent du sucre aux dépens delà fécule. Etant donné que cette dernière passe en quantité suffisante dans le gros intestin, il se produirait dans cet endroit une source de matières sucrées qui permettraient de lutter avec beaucoup d’efficacité contre la putréfaction intestinale. Les recherches dans celte voie se poursuivent dans notre laboratoire depuis déjà plus d’un an.
VII. — Recherches sur le mécanisme de l’action des microbes lactiques.
De tout ce qui précède, on a le droit de conclure que la bactériothérapie, bien que de date toute récente, a fait déjà ses preuves dans les maladies intestinales de diverse nature et se présente comme un moyen très sérieux dans la lutte contre les putréfactions du tube digestif et les auto-intoxications. Seulement, commec’est un chapitre tout nouveau de la thérapeutique, bien des points restent à établir d’une façon plus précise qu’il n’a pu être fait jusqu’à présent.
11 faut notamment éclaircir le mécanisme par lequel agissent les microbes bienfaisants. On parle de la désinfection intestinale, de
l\) Mcdicinisnhr A'/inik, 1 008, j>. i.