MÉCANISME DE L’ACTION DES MICROBES LACTIQUES
l’action antiputride de l’acide lactique produit par les microbes ou bien de quelque influence empêchante (anlitoxique ou autre) de certaines bactéries sur d’autres ; mais toutes ces notions sont encore plus ou moins vagues et doivent être remplacées par des données expérimentales bien établies. 11 ne faut pas oublier que nos connaissances des putréfactions intestinales, que l'on vise constamment, sont encore très imparfaites.
Bien avant la période bactériothérapique de la science médicale, on avait essayé de démontrer que le régime lacté, préconisé depuis longtemps dans beaucoup de maladies, amenait un appauvrissement de la flore intestinale. Ainsi Gilbert et Dominici (1) ont établi que le régime lacté fait notablement réduire laquanlité des microbes aérobics dans les matières fécales. Récemmentcette question a été reprise par Weinert (2) dans le service du professeur Javorovsky, à Cracovic, par rapport au lait aigri. Malheureusement, dans ce travail aussi, il n’a été tenu compte que des microbes aérobies.
D’après les évaluations du Dr Weinert, le lait aigri préparé de la façon ordinaire est déjà capable de diminuer notablement le nombre des microbes aérobies dans le contenu intestinal; mais le lait, ensemencé avec le bacille bulgare et le streptobacille en symbiose, agit d’une façon encore plus marquée. Les aérobies diminuent en plus forte proportion et le retour au taux normal après la cessation du traitement ne se produit que beaucoup plus tard qu avec le lait aigri ordinaire.
La réduction de la flore, sous le régime du lait aigri, dépend surtout de la diminution des colibacilles. Or, comme ces microbes contribuent largement a la putréfaction intestinale, la dispai ilion d'un grand nombre d’entre eux doit être considérée comme un symptôme très favorable.
Sans se préoccuper de la numération des microbes de la flore intestinale, le Dr Makaroff (3) de l’hôpital de la marine, à Saint- Pétersbourg, a exécuté des recherches minutieuses sur l’action diététique du lait aigri. Il a recherché le taux des éthers sulloconjugués et est arrivé à la conclusion que le régime du lait aigri à la lactobacilline diminue ces substances en plus forte proportion que le réfrime du lait non aigri, a En dehors de cela, api es la cessation des prises de lactobacilline, la quantité des étheis sullocon jugués se maintenait encore pendant dix a douze jours environ à un taux assez
(1) Comptes rendus de la Société de biologie , 1894, p. 117 et 277.
(2) Prceglad lekarsld, 1907.
(3j Sur la valeur diététique du lait aigri du professeur Metchnikoiï. Saint-Pétersbourg, 1907 (en russe).
MR TC1INI KOFF. — TUCTfilMOTHÉHAPIK INTKSTIVAMi.
bas, tandis qu après la cessation du lait ordinaire (non aigri), ce taux revenait très rapidement à sa valeur antérieure » (p. \r,).
.Makm oir a fait encore des recherches sur l’influence du lait aigri à la lactôbacilline sur l’assimilation et l’excrétion des sels calcaire chez les artérioscléreux. Quatre individus, atteinte d’artéridscléro ont été soumis à 1 épreuve. Chaque expérience avait duré douze jours : pendant six jours, les malades prenaient le lait caillé ordinaire, el Pendant six autres, le lait à la lactôbacilline. Ce régime a très sensiblement augmenté la quantité de chaux excrétée par lurine et les matières focales. Makarofl admet que l'augmentation de la chaux excrétée sous l’influence de la laclobacilline dépend de
I augmentation de la diurèse et delà quantité plus copieuse des matières fécales. Dansnos premières expériences, nous avons, presque dans tous les cas de traitement avec le lait aigri à la lactôbacilline, observe une augmentation de la quantité d’urine dans les vingtquatre heures. Les auteurs des recherches avec le la i L aigri, ensemencé avec des bacilles lactiques, signalent comme un des symptômes favorables l'augmentation des matières fécales; cellesci deviennent plus molles, sortent avec plus de facilité et les malades voient disparaître les ténesmes pénibles, souvent douloureux. Nos observations confirment ce fait » (p. 21).
Pour se rendre compte de l’influence de la chaux, qui en quantité est introduite avec le lait aigri, Makarofl’ a emplové dans une expérience des comprimés de lactôbacilline, avec lesquels il n'a introduit que 0,0436 gramme de chaux, au lieu de 4,3180 grammes avec le lait aigri. Mais, dans ce cas aussi, la quantité de la chaux excrétée s’est montrée considérablementaugmenlée (7, 6739 grammes au lieu de 4,4333 grammes).
landis que l’administration du lait aigri ordinaire n'avait exercé aucune influence sur la pression artérielle, sous le régime du lait, ensemencé avec les microbes lactiques, cette pression a diminué chez les quatre artérioseléreux, bien que celte diminution soit faible.
« Dans l'impossibilité de l’attribuer à un simple hasard, une diminution de la pression sanguine, même des plus insignifiantes, doit être considérée comme résultat favorable » (p. 21).
II serait intéressant de multiplier les recherches dans cette voie, et ceci d’autant plus que certaines recherches expérimentales indiquent une influence défavorable de l’acide lactique sur le système vasculaire. Ainsi Loeper (1) a obtenu chez les lapins, auxquels il administrait une certaine quantité d’acide lactique pur, des lésions
1) . I rr /lires des ma/n ri i es du errur, clc., 1908. n° I, p. 52.
Mécanisme de l-action des microbes lactiques.
nihôi'omateuses de l’aorte. Malheureusement il n’a pas ete tenu compte dans ces expériences, du fait bien établi de la fréquence de l’a t héroïne aortique spontané chez le lapin en dehors de toute mtei-
venlion expérimentale. .
Les lapins ont fourni dans les recherches de Uiarrm (1) un argument sur le danger du régime du lait aigri. Dans ses expériences, l'acide lactique, à la dose de 2 à 4 grammes tous les deux ou quatre tours, provoque chez les lapins au bout de deux a t ois semaines des hémorragies intrarénales et de la destruction in ialobulaire du foie. Cohendy (2) a déjà répondu a celle critique qui démontre une fois de plus à quel point il faut être circonspect dans les conclusions d’une espèce animale a une autre. U faut suilout tenir compte de ce fait bien connu quel immense majorité des lapins est atteinte de coccidiose hépatique et que, partant, cette espece animale est impropre pour les expériences sur les maladies du foie.
L’expérience séculaire de tant de peuples qui se nourrissent avec des laits aigris est là pour démontrer l’utilité et l’absence de danger de ce régime. Les recherches cliniques qui se multiplient dans ces
derniers temps confirment ce résultat.
En résumé, les microbes lactiques, pris avec du lait ou avec des bouillons de compositions diverses, pendant un temps plus ou moins long, constituent un remède indiqué dans toutes les affections dues aux putréfactions intestinales, remède très souvent bienfaisant e inoffensif.
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1905, p. 1009.
[,) Archives des maladies de l’appareil digestif et de ta nutrition, septembio 100,.
VACCINATION ANTIVARIOLIQUE
l’Alt
le D' E. SACQUÉPÉE,
Professeur agrégé an Va|-de-Gr;ice.
La vaccine esL une maladie donnée à l’homme dans le but de le préserver de la variole. On provoque la \accine en inoculant le vaccin; celte opération constitue la vaccination (1).
Historique. - C’est incontestablement au médecin anglais Jenner que revient tout le mérite de la découverte de la vaccine. Sans doute avant lui des traditions anciennes chez divers peuples permettent-elles de supposer que la vaccine n'était pas complètement inconnue : elle était pratiquée en Perse, dans la tribu des Elliaals (Bruce), dans la Cordillère des Andes (Humboldt1: peut-être même était-elle connue dès la plus haute antiquité. En Angleterre même certains médecins, tels Sutlon et Fewster (1768), avaient constaté que les personnes atteintes de cow-pox éLaient réfractaires à la variole. Mais il était réservé à Jenner de comprendre l'importance primordiale de la vaccination, d’établir sa valeur sur des bases expérimentales et cliniques rigoureuses, et de l'imposer par l’ardeur de sa foi.
Médecin du Glowcesthire, Jenner (1) hérita d'une tradition locale^ suivant laquelle les sujets atteints d’une maladie des vaches, le cowpox, étaient immunisés contre la variole. C’était alors en Angleterre le règne de la variolisation, et Jenner n’eut point de peine à vérifier expérimentalement le bien fondé de la tradition populaire. Il établit ensuite que le cow-pox peut être inoculé de la vache à l'homme, en pro\oquant chez ce dernier une affection locale pustuleuse vaccine. man-pox) analogue au cow-pox; le produit de la pustule, prélevé sur 1 homme, et inoculé à d’autres personnes, provoque à nouveau et
(1) Cet article étant écrit au point de vue pratique, il ne sera pas traité ici diverses ques" lions ne répondant pas à ce but ; le les la variolisation, les rap lorts de ta variole et de ta vaccine, la nature de l'agent vaccinal. V origine de la vaccine, etc. : questions palpi. tantes d intérêt, mais qui sortent de notre cadre.
I om la bibliographie, le lecteur voudra bien consulter, outre les auteurs cités au cours de 1 article ; Layf.i*, Warlomont, Hurlé. Delouei. et Cozktte, Traités «le la vaccine; LorvtKrd fcisniNE, art. 1 accine du Dictionn tire Dkchamrrk et du Dic.’ionnaire Jaccocd : V\u.i.Ann. Manuel pratique de vaccination animale; Sukmon r, G inon, art. lr/ccr/jcdes Traités de médecine HaoDARDKi.*UiLBEar- 1 iroLNor ; Ciiarco r- Bouchard ; Sai.iakd, art. Vaccine du Manuel de Pfio.m, et ÀCfUHD . Kelsch, art. I ariolt et i arrinr «lu Traité d Bygiene de Broom>D8l~€viak*
TEMPS SE-MOSNV.