CHOIX DE LA VACCINATION
toujours à redouter par suite de la sensibilité croissante du vacciné à l'égard du sérum équin. La sérothérapie préventive ne doit donc être appliquée que dans des conditions bien limitées, lorsqu’on a besoin de conférer une immunité rapide et de courte durée, et quand on a la certitude que les injections ne seront pas renouvelées, par exemple si la peste éclate a bord d un bateau. Dans ce cas, l’équipage et les passagers recevront une injection de 10 centimètres cubes de sérum et débarqueront, sans être soumis à aucune quarantaine. Cette simple intervention les mettra sûrement à l’abri d’une infection qu’ils auraient pu contracter à bord du navire contaminé. De même, s’il s’agit de personnes qui ont approché un malade atteint de pneumonie pesteuse, toutes recevront 40 centimètres cubes de sérum et seront mises en observation pendant une huitaine de jours.
En plein foyer pesteux ou dans un pays où la peste est à l’état endémique, ily a lieu de faire usage des vaccins anLipesteux, comme l’Inde et le Brésil en fournissent l’exemple. Mais à quel procédé faut-il donner la préférence? La liste des vaccins est longue et variée. Cependant, il y a avantage à choisir celui dont la fabrication sera la plus rapide eL la plus simple, et le vaccin préparé avec des cultures sur gélose chauffées est, semble-t-il, la méthode de choix. En moins de quatre jours, il est possible d’avoir à sa disposition toute la quantité de vaccin nécessaire.
La vaccination des personnes exposées par leur profession à une contagion continuelle, telles que médecins, personnel hospitalier, désinfecteurs, etc., est plus délicate, car, dans ce cas, on demande au vaccin une immunité à la fois rapide et durable. Les séro-vaccins et les microbes sensibilisés auront ici leur emploi justifié, à condition toutefois que, pour les inoculations suivantes qui devront être renouvelées pour assurer une vaccination solide, on ne fera usage que de vaccins antipesteux ne contenant pas trace de sérum, afin d’éviter les accidents d’anaphylaxie consécutifs. C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister en matière de prévention antipesteuse.
En résumé, le sérum antipesteux est le seul remède efficace dans le traitement de la peste et doit être réservé exclusivement à cet usage, alors que l’emploi des vaccins antipesteux permettra de restreindre la morbidité dans une certaine mesure, car il ne faut pas compter sur eux pour supprimer la peste dans un pays où elle sévit à l’état endémique. Il suffit de citer l’exemple de l’Inde, où, malgré l’efficacité incontestable des inoculations halfkiniennes, la peste fait encore chaque année un million de victimes.
462 DU J A TtDIN-BEATJ METZ. — VACCINATION ANTIPESTEUSE.
Il ne faut pas oublier, en effet, que la peste n’est qu’accidentellement une maladie humaine dont la forme pneumonique est seule contagieuse d’homme à homme; elle est surtout une maladie épizootique des rongeurs, et particulièrement des rats qui en sont les plus actifs propagateurs; c’est donc dans l’extermination de ces animaux que^ doit consister la véritable prophylaxie antipesteuse effective, et c est en ayant recours à cette pratique systématique qu’il sera possible de faire disparaître définitivement la peste, dont l’extension devient de jour en jour plus inquiétante.
VACCINS — TUBERCULINES — SÉRUMS
PAR
le D' A. CALMETTE,
Directeur de l’Institut Pasteur de Lille.
La thérapeutique « spécifique » de la tuberculose a réalisé de tels progrès au cours de ces dernières années qu’il a paru nécessaire de lui réserver un chapitre spécial dans ce volume consacré à l’étude des « médicaments microbiens ».
Il convient d’avertir le lecteur que, dans les pages qui suivent, il ne trouvera qn’un exposé forcément très incomplet des plus récents travaux parus sur ce sujet. Dans les laboratoires de tous les pays, de nombreux savants s’acharnent à poursuivre la solution du grand problème auquel les découvertes successives sur l’atténuation des virus, sur l’étiologie et la pathogénie de la tuberculose, fournissent une base expérimentale qui manquait aux illustres cliniciens du siècle dernier. Aussi ne se passe-t-il guère de semaine sans qu’un fait nouveau, apportant un peu plus de lumière aux hommes de science et un peu plus d’espérance à l’humanité, soit relaté dans quelqu’un de nos recueils scientifiques ou à la tribune des Académies.
On comprendra donc que nous ne puissions présenter ici qu’une sorte d’inventaire des ressources thérapeutiques que la bactériologie offre actuellement ou se prépare à offrir demain à l’expérimentation clinique, et que nous laissions à cette dernière le soin de porter, dans un avenir encore lointain, un jugement sur leur valeur.
La médication «spécifique » antituberculeuse peut être préventive ou curative. Elle comprend l’étude des vaccins, celle des tuberculines (en réunissant sous cette dénomination les divers produits de sécrétion et les endotoxines bacillaires), et enfin celle des sérums.
L’emploi des vaccins et des tuberculines tend à conférer à l’organisme indemne ou à l’organisme déjà infecté l’ immunité active. Celui des sérums vise à produire l'immunité passive.
La question se pose tout d'abord de savoir si, en l’état actuel de
nos connaissances, il est permis de parler d' immunité contre la tuberculose.
L’homme, qui nous préoccupe spécialement ici, n'est jamais, à quelque race qu’il appartienne, réfractaire à la tuberculose. iJans aucun pays, sous aucun climat, il ne jouit d’une immunité naturelle. On a même constaté que, toutes les fois que la tuberculose a été introduite dans un pays où elle n’existait pas auparavant, par exemple chez les indigènes des îles de l’Océanie ou parmi les peuplades nègres de l’Afrique équatoriale, elle s’est immédiatement répandue avec un caraclère de gravité beaucoup plus grande que celui qu’elle alfecte ordinairement dans les régions plus civilisées où elle est endémique depuis des siècles.
Le phénomène inverse s’observe avec la même constance : plus la tuberculose est répandue dans un pays, plus ses manifestations chroniques sont fréquentes, et plus ses formes aiguës sont exceptionnelles.
On sait qu’en effet celles-ci ne frappent que les sujets vierges de toute infection antérieure, même légère; tandis que ceux dont l’organisme a, dès l’enfance, discrètement pris contact avec le bacille, acquièrent manifestementune aptitude spéciale àse débarrasser par voie d’élimination cellulaire, soif par excrétion hépatico-intestinale (Calmette et Guérin) (1), soit sous forme d’abcès (phénomène de Koch), des bacilles tuberculeux de réinfections.
Cet état particulier de résistance aux réinfections est la résultante d’une sorte de réaction organique d'immunité active, qu’il peut être désirable de provoquer artificiellement dans certaines circonstances.
C’est précisément le but des tentatives de vaccination par bacilles, soit vivants et virulents, soit atténués, modifiés par le chauffage ou par diverses substances chimiques, ou sensibilisés, que de nombreux expérimentateurs réalisent depuis quelques années sur les animaux, sans oser encore affirmer que l’application en est possible à l’espèce humaine !