ÉVOLUTION DE LA VACCINE CHEZ L'IIOMME
pour la société, la vaccination est la seule garantie contre la variole.
Évolution de la vaccine chez I homme. — Vaccine régulière. — On désigne ainsi la vaccine qui évolue chez l'enfant ou
hg. I. — Evolution de la vaccine normale (D° colonne) et d'une vaccine modifiée (2« colonne) chez l'homme (d’après Fasquelle, 1906).
l’adulte non vaccinés et non variolés. On peut prendre pour exemple la vaccination par le vaccin animal, généralement employé aujourd’hui (fig. l, lro colonne).
48 IC. SACQUÊPÊE. — VACCINATION ANTIVARIOLIQUE.
Un décrit généralement cinq périodes : incubation , éruption, maturation , dessiccation et cicatrisation.
Dans le courant des premières vingt-quatre heures se produit souvent autour de la piqûre une légère tuméfaction rosée, qui disparaît ensuite.
A la Un du deuxième jour, apparaît un petit cercle rose, très peu visible.
A la fin du troisième jour (début de la période d’éruption), se montre une élevure rouge, papuleuse.
A la fin du quatrième jour, l’élevure est plus marquée, elle s est aplatie au sommet, et son volume égale un grain de millet.
A la lin du cinquième jour, on trouve un bouton aplati, présentant à son centre une dépression ombilicale, entourée d'une zone bleuâtre ou argentée, zone lympliogènc de Longet; autour de la zone lyrnphogène, on voit une auréole rosée, peu développée ; à la base du bouton, le derme est induré.
A la fin du sixième jour, mêmes caractères, mieux accusés; le bouton a grossi beaucoup.
A la fin du septième jour, l’éruption est à son acmé : c'est alors une pustule, large de 7 à 8 millimètres, franchement ombiliquée au centre; présentant une zone lymphogène, transparente et gonflée, bien délimitée; entourée d’une auréole rouge vif, inflammatoire; reposant sur une induration intradermique étendue. Perce-t-on la paroi de cette pustule, il s’écoule quelques gouttes de lymphe vaccinale, liquide clair et visqueux.
Dès la fin du huitième jour, les caractères changent, on entre dans la période de maturation; la modification essentielle réside dans l'aspect de la zone lymphogène, qui, transparente la veille, est devenue blanchâtre et opaque, en même temps qu’elle se boursoufle davantage. C’est l’indice évident de l’entrée en scène de la suppuration. Parallèlement la dépression ombilicale s’accentue, l'auréole s'agrandit et l'induration sous-jacente augmente.
Au neuvième jour, même état, un peu plus marqué en ce qui concerne les réactions inflammatoires : les ganglions axillaires sont souvent gros et douloureux, toute la région voisine des pustules est le siège d’une tuméfaction accompagnée de rougeur et d'hyperesthésie. La zone lymphogène est de plus en plus opaque.
Au dixième jour, les phénomènes inflammatoires s'apaisent; la zone lymphogène devenue jaunâtre se flétrit, 1 auréole diminue d’éclat et d’étendue; la partie centrale de la pustule se durcit et forme croûte (début de la dessiccation).
Du onzième jour au treizième jour, la croûte s’étend, s'épaissit et
VACCINOIDK.
devient noirâtre; elle durcit ensuite, gagne finalement toute la pustule, en progressant du centre a la périphérie.
Enliu, le vingt-cinquième ou vingt-sixième jour (Layet), dans la troisième ou la quatrième semaine (d’Espine), du vingt-troisième au vingt-sixième jour (Longet), la croûte tombe, laissant à nu une cicatrice indélébile, d’abord pigmentée et brunâtre, pour devenir ensuite blanche et garder un aspect caractéristique.
Les phénomènes généraux sont peu marqués, absents même dans la plupart des cas. Quand ils surviennent, c'est sous forme de céphalalgie, sentiment de courbature et de fatigue, nausées, anorexie, insomnie; tous ces phénomènes sont peu accusés et s’accompagnent souvent d’un léger état fébrile, à type rémittent, qui peut atteindre 38". 5 à 39°, :3, exceptionnellement 40° (Longet, von Jakscli, Peiper). Fièvre et phénomènes généraux débutent du quatrième au septième jour, pour disparaître le plus souvent en vingt-quatre heures, parfois après trois ou quatre jours seulement (1). Peiper, Schnaase, Falkenheim (2) ont signalé exceptionnellement l’albuminurie, et même l’hématurie.
Au cours de celle évolution, la formule hémo-leucocytaire est modifiée. Les recherches de Roger et Wcil, Enriquez et Sicard, Courmont et Monlagard, Sobotka, ont fait voir que l'évolution du vaccin humain s’accompagne de leucocytose plus ou moins marquée, avec prédominance des mononucléaires chez l’enfant primo-vacciné, des polynucléaires chez l’adulte revacciné. J’ai montré que, longtemps après la vaccination, on trouve encore une mononucléose prédominante. Chez le lapin, Dominici trouve une polynucléose secondaire. Sur la génisse vacrinifère, Rouget a constaté dans le liquide céphalo-rachidien de la lymphocytose (3).
Chez Y adulte revacciné avec succès, l’évolution générale de la pustule est la même, mais les phénomènes réactionnels sont plus marqués : l'auréole périphérique est très vive, l’infiltration sous-jacente plus dilfuse, les tissus plus tuméfiés, les ganglions axillaires davantage tuméfiés et sensibles (Layet).
Vaccinoïde. — A côté de la vaccine normale, il convient de placer la vaccinoïde (Trousseau et Dumontpallier), ou vaccinelle, encore improprement appelée fausse vaccine. Il y a bien longtemps qu’elle est connue; mais l’accord a tardé à se faire sur sa véritable nature,
(1) Longet, loco cilalo. — Von Jaksch, Jahrbuch f . Ainderheilk , vol. XX VIII. — Peipkii, Zeitschrift /*. klin. Med., vol. XVII.
(2) Cités par Guinon, art. Vaccine du Traité de médecine de Charcot-Bouchard.
(3) Roger et Wkil, Enriquez et Sicard, Courmont et Montagard, Soc. de Biologie , 1900. — - Dominici, Sacquêpke, Ibid., 1901. — Rouget, Ibid., 1903. — So&otka, Zeitschr. f. Heilk ., t. XIV.
Médic. microbiens, 2° édit.
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les uns lui déniant toute vertu vaccinale, les autres lui accordant la même valeur qu'à la vaccine régulière dig. 1, 2e colonne .
Si l’on l’ait abstraction de quelques laits où l’éruption atypique est le fait d'une lésion de grattage, les vaccinoïdes constituent avec les vaccines régulières la presque totalité des éruptions vaccinales. Cliniquement, elles évoluent rapidement, débu lent après vingt-quatre ou quarante-huit heures, se caractérisant par un bouton rouge, couronné d’un reflet jaunâtre qui disparaît en six à huit jouis (Bousquet). Hervieux (1) a montré que cet aspect clinique n'est d’ailleurs pas univoque, et on peut rapporter l’évolution des vaccinoïdes à trois types distincts. Le premier {type pa/juleux) se réduit à une simple papule rosée, sans auréole, disparaissant en quelques jours. Dans le second type, la papule se coiffe d'une vésicule, et s’entoure d’une auréole ( type fnronculeux de Lavet). Au troisième type répond une vésicule nette, entourée d une auréole franche (type vêsi co-pustuleux de Layet). Ces diverses manifestations sont souvent prurigineuses. Toutes évoluent en quelques jours : elles sont à leur maximum bien avant le temps habituel, souvent au quatrième jour, et volontiers sont éteintes ou presque au septième jour, au moment où la vaccine normale est dans tout son éclat. Cette évolution comparative de la vaccine normale et de la vaccine modifiée est représentée avec une netteté saisissante dans les dessins de Fasquelle (2).
Il est aujourd’hui nettement démontré que la vaccinoïde n'est pas autre chose qu’une vaccine modifiée. S’il est vrai qu’on la rencontre exceptionn elle ment chez l’enfant primo- vacciné (Cadet de Gassicourt , elle n’en est pas moins à peu près exclusivement l'apanage de 1 adulte revacciné. C’est précisément ceLte dernière constatation qui devait ouvrir les yeux : la vaccinoïde est une vaccine qui évolue sur un terrain imparfaitement réceptif, sur un sujet dont une inoculation préalable a atténué la réceptivité. Ce qui fait la vaccinoïde, c'est l’état du vacciné, et aucunement la valeur du vaccin. Indiquée par le raisonnementaux anciens observateurs, comme Bousquet, 1 rousseau et Dumontpallier, etc., cette interprétation se base à l’heure actuelle sur une double étude expérimentale : d une part, les vaccinoïdes prélevées chez l’homme, et transplantées sur un organisme réceptif, reproduisent la vaccine légitime (Layet, Hervieux, Casteret, etc.) ; d’autre part, chez le veau, on reproduit à volonté une éruption identique à la vaccinoïde, soit en inoculant au préalable un sérum antivaccinal provenant d’un animal immunisé, comme 1 ont fait
(1) Hebvieox, Bull. Acad, médecine, 1893.
(2) Fa.squei.le, Caducée , 1900.