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SPÉCIFICITÉ DES SÉRUMS ANTI VENIMEUX

c'est elle dont il est le plus nécessaire d’empêcher les effets.

Par conséquent, la première qualité que doit présenter un sérum antivenimeux, pour être utilisable dans la thérapeutique de 1 envenimation, est d’avoir un pouvoir antineurotoxique aussi élevé que possible. Ce pouvoir antineurotoxique s’obtient aisément en employant le venin de Cobra pour l’immunisation fondamentale des chevaux destinés à la production du sérum.

Le sérum antineurotoxique ainsi préparé se montre parfaitement capable d’empêcher tout accident d’intoxication à la suite des morsures de Cobra, de beaucoup les plus fréquentes de l’Inde.

11 se montre de même très suffisamment efficace à l’égard des venins de Colubridæ et de certains Viperidx dont l’activité neurotoxique peut entraîner la mort.

Mais il ne possède aucune action empêchante sur les effets locaux de Yhémorragine à laquelle la plupart des venins de Viperidx — tels les Lachesis — doivent presque exclusivement leur nocuité.

Dans les pays où ces derniers reptiles sont très répandus, il est donc nécessaire de ne pas se borner à vacciner les animaux producteurs de sérum contre la neurotoxine seule du venin de Cobra, par exemple : on devra préparer ces animaux en leur injectant — après l'es avoir immunisés contre le venin de Cobra — des doses progressivement croissantes des divers venins provenant des serpents les plus répandus dans la région.

Rien n’est plus facile d’ailleurs que d’entraîner les animaux vaccinés contre le venin de Cobra à supporter de fortes doses de venin de Lachesis, de Vipera russelii, de Crotalus, d’ Hoplocephalus ou de Pseudechis. En quelques mois, on arrive à en obtenir des sérums très actifs sur ces divers venins.

En utilisant le cheval comme producteur d’antitoxine, j’ai préparé par cette méthode des sérums polyvalents, capables d’empècher l’action locale des venins de Viperidx et de supprimer in vitro leurs effets coagulants et protéolytiques sur le sang.

Malheureusement, quelque grande qu’ait été la complaisance des nombreuses personnes qui m’ont prêté leur très obligeant concours depuis quinze ans que j’étudie cette question, il m’a été impossible de me procurer des quantités suffisantes de venins de diverses origines pour fournir à chaque pays les sérums polyvalents qui correspondent à ses besoins particuliers. J’ai donc dû me borner à préparer surtout des antineurotoxines, grâce aux abondantes provisions de venins de Cobra et de Bungarus que je dois à la libéralité du gouvernement de l’Inde française et à celle de mes élèves et amis qui dirigent actuellement les laboratoires coloniaux d’Indo-Ghine.

520 A. CALMETTE. — SÉROTHÉRAPIE ANTIVEXIMEUSE. '

Du reste, la création récente des . instituts sérolhéra piques de Bombay et de Kasauli (Inde anglaise), de Sydney (Australie), de Sao- Paido (Brésil) et de Philadelphie (États-Unis) rend aujourd'hui très facile l’approvisionnement régional de chaque pays en sérum antivenimeux spécifique ou polyvalent.

D autres instituts naîtront sans doute pour étendre les bienfaits d’une méthode dont l’efficacité est suffisamment évidente pour que son adoption s’impose à tous ceux que préoccupe la sauvegardées existences humaines.

Neutralisation du venin par l'antitoxine.

Malgré les importants travaux publiés au cours de ces dernières années sur les relations entre les toxines et leurs antitoxines, nous ignorons encore si* dans les mélanges de ces substances, il se produit une combinaison chimique aboutissant à la formation d'un corps bouveau possédant dés propriétés toutes différentes de celles de ses composants, ou si les deux substances, simplement juxtaposées gardent leurs caractères particuliers.

De toutes les matières albuminoïdes toxiques, susceptibles de former des anticorps, les venins sont les plus propres à nous fournir des données précisés pour la solution de ce problème. Outre qu’il est iacile d’en obtenir des quantités relativement considérables qu’on peut conserver pendant des années à l’étal sec. sans que leur toxicité subisse des variations sensibles, ils offrent le précieux avantage d’être très résistants à la chaleur et de ne pas être modifiés par certain* reactifs tels que les acides faibles, l’alcool, etc..., auxquels les autres toxines sont particulièrement sensibles.

Déjà, en 189a, j avais montré que, si l'on mélange in vitro, en proportions déterminées, du venin et du sérum anUvenimeux et qu on chauffe ce mélange à 68° pendant une demi-heure, l’injection du mélange chauffé lue les animaux, comme si l’on inoculait le venin seul, quoique avec un retard notable. On devait en conclure que le sérum antitoxique ne détruit pas la toxine à laquelle il est mélangé. On était, dès lors, conduit à admettre qu'il ne se forme aucune combinaison chimique entre les 'deux substances el que le sérum se borne à exercer parallèlement une action opposée «mi empêchant les effets nocifs du venin, ou loul au moins «pie, s’il se forme une combinaison, elle est dissociable.

Martin et Cherry, en répétant ces expériences, trouvèrent «nielles «liaient bien exactes lorsqu’on chauffait le mélange venin antitoxine moins de dix minutes- après qu’il avait été effectué, mais

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