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IV. — LA MÉTHODE PASTORIENNE CLASSIQUE

Technique de la méthode.

Du virus fixe, amenant régulièrement en huit à douze jours la mort des lapins, est entretenu à l’aide de passages dans le cerveau ou sous la dure-mère. Dès que l’animal est mort, on enlève sa moelle avec les précautions d'asepsie les plus minutieuses et on la divise en trois tronçons. Chacun d’eux est suspendu, au moyen d’un fil, dans un flacon spécial stérilisé au préalable. Ce flacon possède, en outre de l’ouverture supérieure par laquelle ou introduit la moelle, une tubulure inférieure par où on dépose au fond du flacon quelques cylindres de potasse. Cette disposition permet l’établissement d’un courant d’air qui passe sur la moelle, après avoir léché le caustique. Les flacons sont munis d’une étiqueLte indiquant le jour de l’ablation; ils sont disposés en bon ordre sur une étagère dans une chambreétuve où un régulateur de Roux permet de maintenir constamment une température de 22° à 23°. Cette chambre est laissée dans une obscurité absolue, de façon à empêcher la lumière. de venir ajouter son action antiseptique à celle des autres facteurs d’atténuation que nous venons d’énumérer. Plus une moelle est desséchée de la sorte, et plus son atténuation est considérable. Il n’y a pas intérêt à prolonger la dessiccation au delà de onze ou de douze jours. Dans ces derniers temps même, la limite extrême de l’atténuation des moelles a été, dans la grande majorité des Instituts, abaissée à neuf et même a huit jours. De 2 à 5 millimètres d’une moelle desséchée pendant dix jours sont donc coupés avec des ciseaux flambés; puis, dans un verre stérile et au moyen d’une baguette de verre stérilisée égale-

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ment, ils sont broyés et réduits en une pâte fine qui, peu à peu, <>t incorporée le plus intimement possible à 3 centimètres cubes de bouillon stérilisé, de solution de peptone à 1 p. 100, de solution physiologique de NaCl.ou toutsimplemenl d'eau stérilisée. L’émulsion est aspirée dans une seringue stérilisée par ébullition prolongée et injectée sous la peau du flanc de la personne à immuniser contre la rage. Le traitement est continué semblablement par 1 injection sou ~cutanée d’une émulsion dans 3 centimètrescubes d’eau, de 2 à •> millimètres de moelle desséchée pendant neuf, huit et sept jours, b i s’arrête la série des moelles tellement atténuées que, même injectées sous la dure-mère du lapin, elles sont incapables de donner la rage. Leur inoculation a préparé l’organisme à recevoir des moelles à t irulence inconstante telles que celle du sixième jour, puis des moelb à virulence certaine quoique atténuée, telles les moelles desséchées pendant cinq, quatre et trois jours. Le traitement est donc continué toujours de la même façon par l’injection sous la peau du flanc d une émulsion de 2 à 5 millimètres de moelle de cinq, quatre, trois et parfois de deux jours. Les inoculations se font alternativement danle flanc gauche et dans le flanc droit. Lorsqu on a fini d injectei ain-i les moelles les plus virulentes, on recommence une nouvelle série de ces mêmes moelles desséchées pendant cinq, quatre, trois, deux jours, et cela, un nombre de fois d’autant plus considérable que le traitement doit être plus intensif, c’est-à-dire que les morsures sont plus graves. On fait d’ordinaire par jour deux injections de moelle non virulente et une seule de moelle virulente.

Principales formules du traitement.

Contrairement aux autres Instituts antirabiques, l'Institut Pasteur de Paris, a conservé, sans les modifier, les formules de traitement en usage au début de la méthode pastorienne. La formule adoptée pour les morsures peu graves des membres est résumée dans le

tableau suivant :

Traitement de 15 jours.

lor jour

(je

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10° jour

La formule la plus employée est la suivante. Elle est appliquée aux plaies multiples faites à la main, ainsi qu’aux morsures de chat.

Traitement de 18 jours.

jer

Les morsures à la tête sont l’objet d’un traitement intensif de vingt et un jours. En raison de la courte période de l’incubation, on multiplie les inoculations les premiers jours, afin de gagner du temps :

Traitement de 21 jours.

l°r jour 14-13-12-11

P. REMLINGER. — VACCINATION ANTIRABIQUE.

■17° jour 18* — 19» — 20» — 2[e

Principales modifications à la pratique parisienne.

Les formules usitées à l’Institut Pasteur (le Paris ont subi dans la grande majorité des Instituts des variations motivées par le désir de conférer une immunité plus solide à cause de la fréquence des morsures graves, des morsures de loup par exemple, ou plus rapide en raison de l’arrivée tardive des malades. Les principales d’entre elles sont les suivantes :

1° Au lieu de commencer la cure par des moelles desséchées pendant quatorze et treize jours, un certain nombre d Instituts débutent par des moelles desséchées seulement dix, neuf, huit ou sept jours. Quelques-uns vont dans cette voie plus loin encore et débutent par des moelles parfaitement virulentes.

C’est ainsi qu’à Tunis, le traitement ordinaire comprend trois séries d’inoculations séparées par un jour de repos. Une seule inoculation est pratiquée chaque jour : lre série (dix inoculations : moelles de 4, 4, 3, 3, 4, 4, 3, 3, 2 et 2 jours; 2» série (cinq inoculations) : moelles de 4, 3, 3, 2 et 2 jours; 3e série (cinq inoculations : moelles de 4, 3, 3, 2 jours et virus fixe. Soit vingt inoculations réparties sur vingt-deux jours.

2° Au lieu de s’arrêter à la moelle du troisième jour, quelques Instituts inoculent de la moelle de deux jours, d’un jour, et poussent même jusqu’à la moelle fraîche.

A Tunis, le traitement intensif est ainsi réglé : lr» série (dix inoculations) : moelles de 4, 4, 3, 3, 4, 4, 3, 3, 2 jours et virus fixe. Un jour de repos. 2e série (cinq inoculations) : moelles de 4, 3, 3, 2 jours et virus fixe. Un jour de repos. 3e série, identique à la seconde, (cinq inoculations) : moelles de 4, 3, 3, 2 jours et virus lixe. Puis, après un intervalle de six jours, 4e série identique aux séries 2 et 3 (C. Nicolle .

3° Au lieu de couper par personne de 2 à b millimètres de moelle, on coupe fréquemment, pour les mordus graves tout au moins, de b à 10 millimètres. Quelques Instituts augmentent la dose de virus en multipliant le nombre des inoculations; au lieu de I ou - piqûres, les mordus en reçoivent 2, 3 cl même b.

4° La durée du traitement peut être allongée. A Constantinople, où les mordus arrivent rarement à 1 Institut avant le dixième jour, nous avions l’habitude de faire subir, aux personnes ayant besoin

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d’un traitement intensif, une cure de vingl-huit jours. Les mordus par des loups ou des chacals étaient gardés pendant trente jours. Yroici la formule que nous appliquions en pareil cas :

Traitement de 30 jours.

]er

il*

Notre formule la plus bénigne était la suivante :

1" jour.

Traitement de 18 jours.

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13» jour 3

5° La dessiccation des moelles, au lieu de se faire à 23", se fait parfois à 22°, à 20°, et même à la température du laboratoire. A Cracovie, où cette manière de faire a été adoptée, la température delà chambre où sont desséchées les moelles descend jusqu’à 7e l’hiver et ne s’élève jamais l’été au-dessus de 10°. Elle est, en général, de 12 à 1 13°.

Les formules usitées à l’Institut Pasteur de Paris, excellentes dans les Instituts qui reçoivent à une époque très rapprochée de l'accident des mordus de gravité moyenne, courent le risque de se trouver en défaut lorsque les morsures de loup ou les morsures à la face prédominent ou lorsque, comme en Turquie, par suite de la difficulté des communications et de l’anarchie administrative, les malades n’arrivent se faire soigner que tardivement. Les modifications que nous venons de signaler ont alors leur indication, et un grand nombre de statistiques pourraient être produites à l’appui de leur efficacité. Ces modifications sont sans inconvénient. A la suite de ses nombreux passages de lapin à lapin, le virus rabique s’est adapté peu à peu à l’organisme de cet animal et au système nerveux central de tous les mammifères en général; il est, au contraire, désadapté de l'organisme du chien, de celui de l'homme et de tous les tissus autres que le système nerveux central; il présente pour l’homme en particulier une atténuation manifeste prouvée par le résultat négatif de 1 inoculation du virus fixe frais au singe et à l’homme lui-même autoinoculation de Nitsch), par l’innocuité absolue de la manipulation du virus dans les Instituts antirabiques, etc. II s’ensuit qu’une certaine hardiesse dans les inoculations est parfaitement licite.

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