TRAITEMENT ANTIRABIQUE ET ÉTATS ANTÉRIEURS
noire avis. Ces paralysies sont attribuables aux émulsions vaccinantes elles-mêmes et aux substances virulentes qu’elles introduisent en grande quantité dans l’organisme. Le virus lui-même doit être mis hors de cause. La toxine rabique peut être incriminée avec plus de vraisemblance, et c’est avec une égale apparence de raison que la cause de ces paralysies peut être recherchée du côté des poisons de la substance nerveuse normale. 11 s agirait (Marinesco) de substances cytotoxiques exerçant une action défavorable sur la nutrition des neurones bulbaires et spinaux, grâce à ce fait que la substance nerveuse employée pour le traitement antirabique est la substance nerveuse du lapin, espèce animale très éloignée de l’homme. Toutefois, l’action paralysante de la toxine ou des substances cytotoxiques ne peut s’effectuer que moyennant une idiosyncrasie tout à fait spéciale, idiosyncrasie indépendante de l’hystérie, de la neurasthénie, de l’émotivité et que ne peuvent faire prévoir en aucune façon ni l’âge, ni le tempérament du mordu. Le rôle majeur joué par cette idiosyncrasie rend la prophylaxie des accidents tort difficile. On conseillera aux personnes qui suivent le traitement d éviter avec giand soin les refroidissements, notés dans plusieurs observations comme cause occasionnelle. L’existence d’une courbature intense avec sensation de faiblesse dans les membres inférieurs permettra de prévoir l’apparition de la paralysie. Le plus sage, en pareil cas, paraît être d’interrompre le traitement antirabique, quitte à le reprendre lorsque les accidents se seront amendés. Quant au traitement delà paialysie elle-même, la strychnine peut être indiquée ; mais il semble que le médecin doive surtout éviter toute médication active et laisse! la maladie suivre son évolution naturelle vers la guérison (E. Roux). De toutes les observations dont on trouve la trace dans la littérature médicale (une centaine en 1911), cinq seulement se sont terminées par la mort.
Traitement antirabique et états morbides antérieurs.
On peut émettre, sous forme d’axiome, l’opinion qu’aucun état morbide ne contre-indique le traitement antirabique. Chez les personnes âgées, parvenues à un étal avancé d’artériosclérose, il est assez fréquent de voir apparaître, au cours des inoculations, des vertiges, de l’insomnie, de l’anorexie, de l’amaigrissement et un degré assez marqué de faiblesse générale. Il peut être indiqué alors de procéder avec quelque ménagement et de donner, par exemple, au malade vingt-quatre heures de repos tous les trois ou quatre jours. Moyennant cette précaution, la cure s’achève toujours sans encombre. Les accidents paralytiques ne sont pas plus fréquents chez les vieillards que chez les adultes.
116 P. REMLINGER.— VACCINATION ANTIRABIQUE.
Les enfants, même âgés de moins d'un an, supportent admirablement, quoi qu’on en ait dit, le traitement antirabique.
La grossesse n’est pas davantage une contre-indication, quel que soit le mois auquel survienne la morsure; l’allaitement non plus.
Les vaccinations ne sont nullement contre-indiquées chez les albu minuriques, chez les diabétiques, chez les tuberculeux, les cardiaques, etc... Chez les paludéens, il arrive fréquemment que le traitement antirabique réveille la diathèse et provoque de nouveaux accès. C’est généralement du quatrième au sixième jour du traitement que ces accès se produisent; ils sont bénins et cèdent rapidement à la quinine qui, employée préventivement, les empêche de se manifester. On voit quelquefois, sous l’influence du traitement, le paludisme réapparaître chez des personnes qui n en avaient plus eu de manifestations depuis un très grand nombre d'années. Tels le virus de la peste bovine ou celui de la horse-sickness jouent vis-à-vis de la piroplasmose latente chez le bœuf et le cheval un véritable rôle d’agents provocateurs. On connaît les rapports étroits des \iius de la rage, de la peste bovine et de la horse-sickness qui tous trois traversent les filtres.
Par la constipation qu'il détermine, le traitement antirabique a paru avoir, dans quelques cas, une influence heureuse sur certains états diarrhéiques.
La disparition des douleurs fulgurantes des tabétiques, signalée par Shembo, est peut-être plus sujette à caution.
Babès a observé que des neurasthéniques, des mélancoliques, voire des épileptiques, se trouvaient parfois notablement améliorés pai le traitement pastorien. Le fait, toutefois, est loin dêtre constant. Nous avons vu, au contraire, chez une femme de cinquante-cinq ans. épileptique, très gravement mordue, le traitement intensif être suivi de crises subintrantes qui entraînèrent la mort.
Chez les hystériques, on observe assez fréquemment, au cours du traitement antirabique, des manifestations souvent bru) antes et tumultueuses. Le point de départ paraît en être la morsure avec la crainte de ses conséquences, bien plutôt que le traitement lui-même. Une suggestion appropriée en vient d ordinaire facilement à bout, arrive que ces manifestations simulent la rage de façon plus ou moins parfaite et soient prises pour elle (hystérie rabiforme). Le diagnostic peut présenter les plus sérieuses difficultés, et la confusion a été faite par les spécialistes les plus éminents. Dans les cas douteux, il ne faut pas se hâter d'émettre une opinion ferme ; au bout de quelques heures, la marche de la maladie, fatalement piogiessi'e, s’il s’agit de la rage, permettra de faire le diagnostic.