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CAUSES DES INSUCCES RÉELS

nombre d’animaux. De ces neuf personnes, deux mordues légèrement ne suivent pas le traitement antirabique et échappent à la îage, trois autres mordues légèrement, elles aussi, suivent le traitement et échappent également à la maladie. Mais quatre personnes plus gravement mordues meurent de rage respectivement vingt, trente, trentequatre et quarante-quatre jours après la morsure. Deux d’entre elles se trouvaient au dix-septième jour du traitement, lorsque les premiers symptômes firent leur apparition. Chez la troisième, ils se manifestèrent six jours et chez la quatrième, vingt-quatre jours après la fin du traitement.

3° Le siège des morsures a une importance considérable. Plus la région est rapprochée des centres d’une part, plus elle est riche en filets nerveux d’autre part, plus naturellement, le mordu a de chances de succomber avant que le traitement n’ait le temps d’agir. Certaines morsures de la face, celles, par exemple, qui sont situées à l’émergence des nerfs maxillaires supérieur ou sus-orbitaire, ou encore au niveau du nez, empruntent une gravité toute particulière à l’extrême réduction du trajet que doit parcourir le virus pour arriver aux centres.

4- Le nombre des morsures, leurs dimensions ont également leur importance. On conçoit, en effet, que la quantité de virus reçue par l’organisme soit directement en proportion de ces différents facteurs. L'état d'infection des plaies peut également n’êtrc pas sans influence, étant donné le rôle favorisant que certaines associations microbiennes jouent par rapport au virus.

2® Causes des insuccès réels. — Si nous passons maintenant aux insuccès réels, c’est-à-dire aux cas de mort qui se produisent plus de quinze jours après la fin du traitement, nous retrouvons d’abord très nettement l’influence des facteurs précédents : nature de l’animal mordeur, siège des morsures, nombre et dimensions des morsures, retard apporté à venir suivre le traitement. Les statistiques apprennent aussi que les insuccès sont un peu plus fréquents l’été que l’hiver. Pendant la saison chaude, les moelles se dessèchent et, par conséquent, s’atténuent plus vite. Il y a là un élément dont il est bon de tenir compte au cours des vaccinations.

Les résultats des vaccinations sont un peu moins bons chez les enfants que chez les adultes, et celle différence ne s’explique pas uniquement par la plus grande fréquence chez les enfants des morsures de la face et du cuir chevelu. 11 faut invoquer encore une susceptibilité particulière vis-à-vis du virus. De même, le jeune chien est plus réceptif à la rage que l’animal adulte, et il suffit d’une très petite quantité de virus pour lui conférer la maladie ; la période d’in-

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cubalion peut, chez lui, être très courte et dépasser à peine une semaine. Le sexe, par contre, est sans influence.

A côté des insuccès dont on peut trouver ou supposer la cause dans un des facteurs que nous venons d’énumérer, il en est d’autres dont le motif échappe à peu près complètement ou dont l’explication tout au moins est très délicate.

Certaines observations sont de nature à faire admettre que l'organisme, pendant les mois qui suivent le traitement, se trouve placé entre le virus et le vaccin dans une sorte d’équilibre instable. Celui-ci peut être rompu au profit du virus par un traumatisme, un refroidissement, un choc moral, parfois plusieurs de ces causes réunies. Chantemesse a cité l’observation d'un homme qui, mordu et vacciné au commencement de l’année 1886, fait une chute au mois de juillet 1888 et continue à travailler malgré une pluie battante. Le lendemain, des douleurs se manifestent dans le membre mordu. Quatre jours plus tard, cet homme succombait à la rage. Un enfant, observé par Lemaistre, reçoit un pot d’eau sur la figure quelque temps après avoir subi le traitement. Aussitôt la rage se déclare. Six mois après le traitement, un marchand du Caire est violemment frappé à la tète par un indigène; il tombe et se lait une entorse. Le blessé ne tarde pas à présenter les modifications du caractère si souvent notées comme signe prémonitoire de la rage, et bientôt il succombe après avoir présenté tous les signes de la maladie sous sa forme furieuse la plus caractéristique. Au Caire également, un policier était de faction six mois après avoir subi le traitement pastorien. Un gros chien s’élance sur lui sans le mordre et s’éloigne ensuite. L’agent est très effrayé; il perd l’appétit, la bonne humeur, puis il présente tout à coup les symptômes de la rage et succombe. Citons encore cette remarque de Nocard, que la plus grande fréquence des refroidissements chez les douaniers expliquerait chez eux la fréquence relative des insuccès du traitement pastorien. Un certain nombre de faits expérimentaux montrent très nettement que, si on soumet à l’action du froid des chiens inoculés avec du virus rabique, ils contractent la maladie plus facilement que les témoins.

Cependant on ne peut pas toujours trouver, aussi facilement que dans les observations précédentes, la cause déterminante des insuccès du traitement antirabique. Bien souvent elle se dérobe aux investigations les plus minutieuses. Kraiiss et Kreissl ont émis l’hypothèse que, dans ces cas, il n’y avait eu dans le sang aucune formation de substances antirabiques. Ceci recule la difficulté sans la résoudre. Pourquoi chez certains individus la vaccination pastorienne n'est-elle pas suivie de la formation dè substances antirabiques ? L’alcoolisme

APPRÉCIATION DBS RÉSULTATS.

parait susceptible d’empêcher cette formation. Deléarde a montré que les animaux alcoolisés au cours de la vaccination n’acquéraient aucune immunité, et de fait on a maintes fois constaté que les insuccès du traitement pastorien se rapportaient à des individus nettement alcooliques. Mais d’autres fois, chez les enfants, chez les musulmans, etc., ce facteur ne saurait être invoqué. Force est d’avouer que, si la cause des insuccès apparents de la méthode pastorienne peut toujours être trouvée, celle des insuccès vrais échappe, dans une moitié des cas environ, aux plus minutieuses investigations. Fait digne de remarque : la rage qui éclate chez les personnes ayant subi le traitement pastorien ne se présente nullement sous une foi me atténuée. Elle ne diffère ni par l’acuité des symptômes, ni par la rapidité de l’évolution de la maladie qu’on observe chez les mordus non inoculés. Roubinov a tenté d’exploiter le fait contre le traitement antirabique. 11 n’y a rien là, du reste, qui soit spécial à la rage. Si la variole, la peste, la diphtérie, le tétanos sont moins graves loi s— qu’ils surviennent chez des vaccinés, le choléra revêt un caractère de gravité absolument identique, suivant qu’il apparaît chez des personnes vaccinées ou non.

Nous ajouterons, en terminant, que les cas de mort se produisent le plus souvent dans les quatre mois qui suivent le traitement, on a émis l’idée — bien peu pratique à notre avis — de placer, pendant ce laps de temps, les mordus dans une clinique spéciale où ils seraient préservés, avec le plus grand soin, contre toutes les causes déterminantes énumérées: refroidissements, alcoolisme, émotions vives, etc.

Appréciation impartiale des services rendus par la vaccination antirabique.

1° Dans la rage du chien. — L’étude détaillée des insuccès de la méthode pastorienne doit nous conduire à l’appréciation impartiale des résultats qu’elle fournit et des services qu’elle rend. La question revient naturellement à comparer la mortalité pour rage avant la découverte de Pasteur et à l’époque actuelle.

On sait qu’au début du fonctionnement des Instituts antirabiques, la surprise fut grande de constater un nombre aussi considérable de cas de morsures par des animaux enragés. Los Instituts furent accusés d’inoculer nombre de personnes chez qui le traitement n’était nullement indiqué. A cela il fut répondu que si, avant les découvertes pastoriennes, le chiffre des individus mordus paraissait beaucoup moins élevé, la raison en était dans le silence que l’on

P. REMLINGER. — VACCINATION ANTIRABIQUE.

faisait autour d'une maladie incurable. Au désir de ne pas effrayer les mordus s’ajoutait la peur de leur nuire. Souvent, en effet, on refusait le travail à des personnes qu’on supposait pouvoir être dangereuses parce que mordues par un animal enragé. Ces explications furent très critiquées. Peter essaya même de les tourner en ridicule. Elles étaient, cependant, l’exacte vérité. De nombreuses statistiques l’ont établi surabondamment. Avant Père pastorienne, les morsures n'étaient pas plus rares que de nos jours et la mortalité chez les personnes mordues par des animaux enragés s’élevait de 12 à 38 p. 100.

Des chiffres précédents, il est intéressant de rapprocher ceux que fournissent à l’époque actuelle les personnes qui, mordues par des animaux enragés, recourent aux soins des empiriques ou même négligent tout traitement. De 1887 à 1889, dans le département de la Seine, cent quatre-vingt-neuf personnes mordues par des animaux enragés ont fourni 24 cas de mort (12,69 p. 100), En cinq années, Hôgyes a rassemblé patiemment 835 observations de personnes mordues par des animaux enragés et qui n’ont pas été soumises aux inoculations. La mortalité s’est élevée, chez elles, à 13,91 p. 100. A cela, il faut ajouter que chaque année et dans tous les pays il meurt, dans ces conditions, un nombre d’individus considérable. Du mois d’août 1894 au mois de décembre 1897, quarante personnes meurent de rage en Grèce, après avoir été soignées par des empiriques (Pampoukis). En Turquie, nous avons eu, en quatre années, connaissance de 28 cas de rage chez des personnes qüi n’avaient pas subi le traitement pastorien. En Roumanie, pendant la seule année 1905, 12 personnes au moins succombent à la rage. En Allemagne, en 1905, 1 1 personnes meurent de rage; 3 seulement avaient été soumises au traitement.

Le pourcentage de la mortalité des sujets mordus par des animaux enragés était de 0,93 p. 100 chez les traités contre 17,8 p. 100 chez les . non traités. Pour des raisons multiples qui découlent des considérations développées aux chapitres précédents, un certain nombre de sujets admis à la cure, parce que mordus par un animal suspect de rage, ont en réalité été mordus par un animal atteint d’une autre maladie, voire même par un chien sain. Quelle est l’importance de cette cause d’erreur dans l’appréciation des statistiques? D’après le résultat de l’inoculation au lapin du bulbe des animaux mordeurs, Rodet, à Montpellier, estime que le traitement s’est trouvé justifié dans 45 p. 100 des cas; Murat, à Alger, donne un chiffre un. peu plus faible, 41,6 p. 100. Nous avons, à Constantinople, trouvé une proportion sensiblement plus forte : 57 p. 100. La majorité des auteurs est d’avis qu’en fixant à 30 p. 100 la proportion des mordus

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