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TRAITEMENT DE LA RAGE DÉCLARÉE

doses massives; inoculalions intraveineuses de moelles virulentes ; ponction lombaire suivie d’injection de virus fixe dans le canal rachidien; injections de pilocarpine, d’atoxyl, d’arsénobenzol, etc. Le résultat a toujours été nul.

Il semble donc que le traitement de la rage déclarée doive être uniquement palliatif. On s’efforcera de diminuer toutes les excitations sensitives et sensorielles, si péniblement ressenties par les malades, et qui sont la cause habituelle des spasmes et des accès convulsifs. On maintiendra le patient dans une chambre chaude, à l’abri de la lumière, du bruit, des courants d’air, des odeurs même légères, de tout ce qui pourrait blesser ses sens exaltés. L’emploi des narcotiques et des hypnotiques semble également indiqué, et comme la voie buccale est rendue impossible par les spasmes du pharynx, c’est surtout à la morphine en injections sous-cutanées et au cliloral en lavements qu’il faudra recourir.... Nous devons noter, cependant, l’opinion de J. Courmont et Lesieur, pour qui certaines formes de paralysies ascendantes aiguës (que nous considérons, pour notre part, comme des accidents du traitement pastorien attribuables à la toxine rabique renfermée dans les émulsions vaccinantes, ou encore à des poisons de la substance nerveuse normale), seraient, en réalité, une rage d’origine canine atténuée par le traitement et susceplible de guérison. La rage humaine pouvant guérir, disenL Courmont et Lesieur, il ne faut pas faire de traitement anesthésiant dirigé contre la douleur; il faut, au contraire, aider le système nerveux dans la lutte et tenter de faire fonctionner aussi longtemps que possible les centres bulbaires (injections sous-cutanées de strychnine, de caféine; inhalations d’oxygène). La guérison serait quelquefois possible, si on prolongeait la vie du rabique en luttant contre les symptômes bulbaires.... Nous avons déjà vu, hélas! bien des cas de rage; jamais, pour ainsi dire, nous n’avons eu recours aux narcotiques et aux hypnotiques, et jamais nous n’avons observé de guérison. Nous sommes bien sceptiques, d’autre part, sur l’origine canine des paralysies qu on observe au cours du traitement antirabique et que tout concorde à faire considérer comme des accidents de ce traitement. Nous éprouvons, toutefois, quelque scrupule à terminer ce paragraphe par la phrase que Dante inscrivait à la porte de l’Enfer : Laissons aux infortunés malades un semblant d’espérance

SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE

l'Ali

le Di LOUIS MARTIN,

Médecin en clicf de l liôpi I ;i I Pasteur.

Sérothérapie.— Définition. — La sérothérapie est le traitement préventif ou curatif des maladies par le sérum des animaux immunisés contre elles.

Jusqu’à présent, on a tenté d'appliquer la sérothérapie à des maladies produites par des microbes, à savoir : le tétanos, le botulisme, la diphtérie, la peste, les streptococcies, la dysenterie, le choléra, la fièvre typhoïde, la méningite épidémique, le charbon bactéridien et le rouget. On peut aussi obtenir des sérums actifs contre certains poisons d’origine végétale ou animale (abrine, ricine, venin de serpents).

Historique. — La sérothérapie a suivi les grandes découvertes pastoriennes sur les vaccinations par les virus atténués et pai le^ toxines microbiennes. Toutefois l’idée de rechercher dans le sang des substances vaccinantes ou thérapeutiques est déjà ancienne.

Maurice Revnaud (1) avait injecté, à une génisse neuve, du sang d’un animal porteur de pustules de vaccin jennérien arrivées au sixième jour; quatorze jours après, cette génisse fut vaccinée par scarification et ne prit pas la vaccine.

Plus lard, en 1888, Richet et Héricourt (2), avec le saug d'un chien ayant subi quelques mois auparavant des inoculations de Slaphylococcus pyosepticus, inoculèrent trois lapins et, malgré que ces animaux fussent très sensibles à ce microbe, tous trois résistèrent. Après ces travaux, Richet et Héricourt étudièrent surtout les propriétés du sang des animaux réfractaires. Le 31 mai 1890, ils exposèrent les résultats obtenus avec le sang du chien, animal réfractaire à la tuberculose. Ce même jour, Bouchard et Charrin.à la même Société, annonçaient que, dans la maladie pyocyanique, avec le sang ou le sérum des chiens, ils rendaient les lapins plus résistants. L’étude des propriétés du sang des animaux naturelle-

(1) Acad . des sciences, 1877, t. LXXXIV, p. 433.

(2) Acad, des sciences, 1888, t. CV1I, p. 748.

HISTORIQUE

ment réfractaires a permis des recherches intéressantes, mais n a jamais donné de résultats pratiques.

La sérothérapie est dev enue une puissante méthode thérapeutique le jour oii Behring et Kitasato (1) nous firent connaître les remarquables propriétés du sérum des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie; voici leurs principales conclusions :

1° Le sang d'un lapin, rendu réfractaire au tétanos, est capable de détruire les toxines du tétanos ;

2° Cette propriété peut se démontrer pour le sang extrait des vaisseaux et pour le sérum seul ;

3° Cette propriété est si durable qu’elle persiste, même après la transfusion dans l’organisme d’autres animaux ; elle permet ainsi un traitement de l’affection.

C'est à la fin de l’année 1890 que Behring et Kitasato publièrent leur grande découverte des antitoxines tétanique et diphtérique, et aussitôt les savants de tous les pays se mirent à étudier les propriétés des sérums des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie.

Les expérimentateurs, en étudiant d’abord le sérum antitétanique, cédèrent à un désir d’agir vite et sûrement; car le tétanos était une maladie facile à reproduire chez les animaux, avec tous les caractères qu’on trouve chez l’homme ; et, on savait couramment préparer une bonne toxine tétanique. Cette facilité dans l’étude avait fait oublier que toute tétanisation témoignait d’une lésion cellulaire avancée, et que vouloir guérir un tétanos était une entreprise difficile, pour les débuts d’une méLhode thérapeutique.

Heureusement les difficultés n’étaient pas les mêmes pour la sérothérapie antidiphérique. Dans la diphtérie, l’empoisonnement est consécutif à l’angine, à la laryngite. 11 y a d’abord une maladie locale et consécutivement une intoxication générale; en outre, la lésion siège surdes parties du corps facilement accessibles à l’examen ; les symptômes qu’elle provoque sont faciles à reconnaître et on diagnostique la diphtérie avant qu’elle ne se manifeste par les signes de l’empoisonnement. Cette circonstance que la diphtérie est une affection localisée, naissant sous les yeux du médecin, aurait dû inciter les travailleurs à étudier de préférence la sérothérapie antidiphtérique ; il en fut autrement parce qu’il était plus difficile de reproduire la maladie chez l’animal avec tous les caractères qu’on rencontre en clinique, et surtout parce qu’on ne pouvait pas préparer d’une façon régulière et suivie des quantités suffisantes de toxine diphtérique présentant une même activité.

(i) Deutsc/i . med. Woch décembre 1890, n°» 49 et 50.

UO LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE

Les propriétés du sérum dépendant en grande partie de 1 activité des toxines, pour préparer un bon sérum, il faut, avant tout, avoir des toxines en quantité suffisante et de qualité parfaite. Ce problème avait préocupé MM. Roux et Yersin, et c’est certainement grâce à la connaissance approfondie de la préparation de la toxine diphtérique que M. Roux et ses collaborateurs ont pu préparer des sérums actif' en quantité suffisante; dès lors on a pu étudier l’action du sérum sur de nombreux malades, et des résultats complets furent présentés au Congrès de Budapest en 1894.

Dans cette communication, M. Roux a su, par sa clarté, sa précision, convaincre les hésitants et faire adopter par tous la sérothérapie anlidiphérique.

H est donc naturel de commencer notre étude par un exposé de< caractères du bacille diphtérique et des propriétés du poison qu'il élabore.

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