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II. — SÉROTHÉRAPIE

La sérothéra])ie anlicliolériquc n'est; pas encore sortie du doiuaine du laboratoire.

On est arrivé, après beaucoup d'essais, à obtenir des cultures cholériques en milieu liquide, un poison soluble à action ra])ide cIkîz les animaux dont il provoque la mort en douze à dix-huit heures avec des symptômes qui rappelenl ceux de l'intoxication cliolérique.

Avec ce poison, comme avec les autres toxines microbiennes, on a pu préparer un sérum anlitoxique, en accoutumant peu à peu les animaux à son action. Il reste à savoir si et dans quelles proportions le sérum ainsi préparé pourra être utilisé dans le traitement du choléra humain.

Dans ce chapitre, nous nous contenterons d'étudier :

l" La préparation et les caractères de la toxine cholérique telle que nous l'obtenons dans les dilTérents milieux de culture préconisés ;

2» La façon d'immuniser les animaux en vue d'obtenir un sérum an ti toxique;

3" L'action du sérum vis-à-vis de l'infection et de l'intoxication cholérique expérimentale ;

4° Le dosage de l'activité du sérum.

Toxine cholérique. — Dès sa première publication, dans laquelle il annonçait la découverte du vibrion cholérique, Koch avait déclaré que le choléra devait être considéré comme un empoisonnement aigu, causé par l'absorption d'une substance toxique spéciale élaborée dans l'intestin par le vibrion.

Ce fut donc surtout en vue de contrôler l'affirmation de Koch, et de préciser en même temps le rôle du vibrion dans l'étiologie du choléra, que de nombreuses recherches furent entreprises pour tâcher de retirer des cultures cholériques une toxine semblable à celle formée dans l'intestin.

La plupart de ces recherches ne donnèrent pas de résultats bien satisfaisants et il nous suffira de rappeler seulement en passant les travaux de Nicati et llietsch, Pouchct, Villiers, Cantani, Kunz, Brieger et Fraenkel, Winter et Lesage, Klebs, Gruber et Sluyt.

Pétri, le premier, en cultivant le vibrion cholérique dans des solutions ti-ès riches en peplonc (10 p. 100), obtenait une toxine soluble, résistant à la température de l'ébuUition, et qu'il regardait comme une toxopeptone.

362 SAUMliKNl. - SÉROTHÊEAPIE ANTICHOLÉHIQUE.

Les cultures filtrées sur porcelaine renlermaient avec la toxine d'aulros substances toiles (|ue l'indol, la tyrosino, l'ammoniaque elc S'otant assuré que ces diderents corps à la dose employée n'av'aicnt pas un pouvoir toxique notable, Pétri en concluait que les c'.obayes, qui succombaient après l'injection du filtrat, étaient bien tués par une substance spécifiqu(! soluble. La culture enlière slé.'ilisée, renfermant à la fois le poison soluble et les corps microbiens était plus active que le liquide filtré. Celui-ci n'était pas d'ailleurs très meurtriei-, car il en fallait 2 centimètres cubes dans le péritoine pour tuer un cobaye de -m gi ammes environ, avec de rbvpothermic et tous les autres signes de l'empoisonnement cbolérique.

liueppe, frappé de ce que dans l'intestin des malades atteints de choléra, le vibrion se développe dans un milieu albumineux et privé d'air, essaya, avec Scholl, de reproduire des conditions analogues en faisant la culture dans les œufs. Après quinze jours d'étuve à 37°, le contenu des œufs était versé dans l'alcool et le précipité obtenu, une fois dessécbé, était traité par l'eau pour dissoudre la toxine. Quelques centimètres cubes de celte solution injectée dans le péritoine de cobayes les plongeaient instantanément dans un état soporeux et les faisaient périr en quelques minutes.

Gruber et Wiener reconnurent plus tard que la mort foudroyante des animaux n'était pas due au poison cholérique, mais à l'action de l'alcool et de l'hydrogène sulfuré qui restaient dans la liqueur injectée. Des œufs non ensemencés, restés à letuve quinze jours et traités de la même façon, donnaient un produit aussi toxique.

Gamaléia (1) décrivit plusieurs toxines cholériques. Il cultivait le vibrion de Koch dans du bouillon de pied de veau ; les cultures, après un séjour de quinze jours à l'étuve à 37°, étaient abandonnées à la température ordinaire pour laisser le temps, au poison contenu dans les corps des microbes, de diffuser dans le liquide. Dans ce liquide de macération il trouvait deux poisons; l'un thermolabile et capable de provoquer la diarrhée chez les lapins ; l'autre thermostabile et capable d'intoxiquer les lapins sans amener de selles liquides.

L'idée que la toxine cholérique est adhérente aux corps mêmes des vibrions, d'où elle ne sortiiait qu'après la mort et la destruction de ceux-ci, fut plus lard adoptée et soutenue par Pfeiiïer et ses élèves.

(I).b't7i. de mi-(/. rx 'l'rimeiilnlr, ISOii.

TOXINE CnOLTÎiniQUE.

D'iipivs coLauleui', l'action (o.\i(|in3 des viliriuns es(, (Iikî a un poison contenu dans les corps mômes dos microbes, et qiù doit très vrai>çinliiableinent exister comme un des éiémenis constituant le protuplasnia bactérien.

C-c poison, qu'il appelle primaire, se transformerait par l'action de l'alcool l'orl, de l'ébullition, ou d'un cliaufFage prolongé à 00°, en un poison secondaire beaucouj) moins actif.

L'étude delatoxine cholérique en étaitlà, lorsque ladécouverte du pouvoir antitoxique des sérums, et les merveilleux résultats obtenus )mr leur usage dans le traitement préventif du télanos et le trailement curatif de la diphtérie, firent entrevoir la possibilité de comballrc efficacement d'autres maladies infectieuses à l'aide de sérums aniiloxiqucs.

Le choléra, par ses cai'actères éminemment toxiques, est certainement parmi les maladies infectieuses celle qui présente les plus grandes analogies avec le tétanos et la diphtérie. Dans le choléra comme dans le tétanos et la diphtéi'ie, le microbe n'envahit pas l'économie, et il agit en empoisonnant l'organisme par les produits toxiques qu'il élabore dans l'intestin oîi il pullule en grande abondance.

On pouvait donc espérer qu'une fois en possession de la toxine cholérique, il serait possible d'obtenir un sérum antitoxique efficace dans le traitement du choléra.

Pfeifl'er (1) se mit aussitôt à l'œuvre et poussa aussi loin que possible la vaccination des animaux (cobayes et chèvres) avec les corps de vibrions qui, seuls, pour lui, nous venons de le voir, représentaient le vrai poison cholérique. Le sérum ainsi obtenu par Pi'eiiïer se montra tivs pi'éventif vis-à-vis de la péritonite vibrionienne, mais absolument nul au point de vue antitoxique.

Essaye par MetchnikotT à titre préventif et curatif dans le choléra intestinal des jeunes lapins à la mamelle, ce sérum ne donna aucun résultat. Ce premier échec ne découi'agea pas les expérimentateurs. La vaccination par les corps des microbes s'étant montrée inefficace, on s'efrorça de préparer une toxine cholérique soluble, avant de penser à attaquer avec chance de succès le problème d'un sérum antitoxique pour le choléra.

Ramson (2), le premier en 189S, annonçait qu'après beaucoup d'essais, il étaitpar'venu àcxtrairedes cultures cholériques en bouillon un poison soluble d'une grande activité. Il affii-mait en même temps

(I) Zeirxclirift. f. //i/oidir, 1895, vol. XX. — Dculsch. meil. Worhcns., ISUO. n»»7-8. I,-') /Miit.sch. tiinif. \Vochr;us., ISOri, il» îi.

364 SALIMBENI. — SÉUOTHTÎRAPIK ANTICHOLÉRIQUE.

qu'en ar.couliimaiiL les animaux à l'acLion de ce poison il avait obtenu un sérum antitoxi(iuc.

Pfcillor (1) s'éleva contre les affirmations de Ramson et, bien que celui-ci n'eût donné aucun détail sur la façon de le préparer, il affirma c|ue le poison solublo oblcniu par Ramson n'était pas la vraie toxine clioléri(jue, mais sans doute une modification de celle-ci.

Quant aux propriétés antitoxiques du sérum, il ne les croyait pas supérieures à celles du sérum normal provenant de divers animaux.

Le mémoire de Metchnikoff, Roux et Salimbeni (2), dans lequel étaient indiqués tous les détails de la méthode qui leur avait permis de préparer la toxine cholérique soluble et d'obtenir un sérum antitoxique, parut quelques mois après.

Sans prendre parti en faveur de l'une ou de l'autre des opinions en présence sur la nature de la toxine cholérique, MetchnikofI", Roux et Salimbeni affirmaient cependant que la production de ce poison résistant à la température de l'ébuUition et à efifet très rapide chez les animaux sensibles, devait être considérée comme intimement liée au pouvoir toxigène du microbe d'une part, et d'autre part à la composition du milieu de culture et aux conditions spéciales dans lesquelles la culture est faite.

Le sang des animaux qui ont reçu de la toxine cholérique, disaientils, fournit un sérum dont le pouvoir antitoxique spécifique est d'autant plus actif que l'immunisation a été poussée plus loin.

Plus tard, Rrau et Denier (31, adoptant la technique de Melchnikotr, Roux et Salimbeni, ont obtenu sur un milieu spécial que nous décrirons plus loin une très bonne toxine cholérique.

Kraus (4) a pendant longtemps contesté tout pouvoir toxigène aux vibrions cholériques vrais.

Bien plus, en se basant sur le fait que le vibrion de Nasik, qu'il ne reconnaît pas comme cholérique, donne en milieu liquide un poison très actif, il en avait conclu que tout vibrion donnant un poison soluble ne devait pas être considéré comme un vrai cholérique.

Plus tard, en opérant avec des vibrions authentiques isolés par Rrau en Indo-Chine, et que nous avons mis à sa àispostion, il a pu se convaincre que les vrais cholériques donnent aussi un poison soluble.

H) Loc. cit.

(2) Aiin. (te l'In.tl. Paslexiv, 189fi. n» 3.

(3) Ann. dcl'Inst. Pasteur, 1906.

(4) Hawlback der Ti-clinik u. Mct/tod die Immunilâtscharchuiig. LtvADiri cl KiiAus, 1907, p. 177, I7S cl suiv.

MÉTHODE DE METCHNIICOFF, ROUX ET SALIMBENI. 365

La (oxino cholérique, ([ue Kraus obliont en cultivaiiL le vibrion sur le bouillon peplonisé, est loin d'èire aussi active (jue celle obtenue par la mélliode de Metchnikoll", iloux et Saiimheni ou paicelle de Crau et Denier.

C'est à l'une de ces dernières qu'il faudra recourir de préférence pour obtenir la toxine cholérique devant stM'vir à la vaccination des animaux, en vue d'obtenir un sérum antitoxi(|ue. Nous devons donc les décrire en détail.

Méthode de Metchnikoff, Roux et Salimbeni. — Ces auteurs ont montré, les i)rcmiers, que pour obtenir à couj) sûr une l)onne toxine clioléri(iue il faut :

1" Un vibrion aussi loxigène que possible ;

2" Un milieu de culture approprié;

3° Des conditions de culture permettant un développement des microbes aussi rapide et aussi abondant que possible.

Choix du viurion. — Au début de leurs recherches, Metchnikoff, Houx et Salimbeni s'étaient servis d'un vibrion dont la virulence avait été considérablement augmentée par la méthode classique des passages successifs dans le péritoine des cobayes. Le pouvoir toxigène de ce vibrion, très virulent, était à vrai dire minime.

C'est en le cultivant dans des sacs de collodion introduits dans la cavité péritonéale de cobayes, qu'ils purent très vite augmenter son pouvoir toxigène et l'entretenir.

Dans cette méthode des sacs, permettant de cultiver le vibrion in vivo et à l'abri des cellules de l'organisme, les auteurs avaient cru voir un moyen de renforcer et entretenir d'une façon générale, la toxicité des vibrions.

De nombreuses l'echerches comparatives leur montrèrent dans la suite qu'il est inutile de recourir à la méthode des sacs lorsque les vibrions proviennent directement des déjections cholériques et n'ont jamais fait de passages par les animaux. De tels vibrions possèdent au maximum leur pouvoir toxigène qui varie souvent d'un échantillon à l'autre et qui n'est pas toujours en rapport avec la gravité de l'attaque du choléra qu'il a déterminée. Il n'est pas rare en effet d'isoler ' des vibrions très toxiques des cas de choléra tout à fait bénins, tandis que des cas de choléra très graves donnent parfois des vibrions très peu actifs sur les milieux de culture. De toute façon, lorsqu'on rencontre un vibrion bien loxigène provenant directement d'un cholérique, ce qu'il y a de mieux à faire pour lui conserver le plus longtemps possible sa toxicité, c'est de l'cnlretenir par de rares passages sur la gélose à la température de la chambre.

La méthode des sacs garde toute sa valeur pour remonter la

36(! SAhlMDKNI. - SfiROTHËRAPIK ANTICHOLÉRIQUR.

loxicili! d'iin vibrion tlonl lo pouvoii' toxigèno serait affaibli par des passages cliez les animaux. Los résultais sont moins bons quand il s'aj,nt de vibi'ions ad'aiblis \yjLr un long séjour sur la gélose.

Milieu dk cultuhe. — La solution depeptoneà2 p. 100, additionnée de 2 p. 100 de gélatine, 1 p. 100 de sel mai'in el 2.-; p. 100 de séi-um de cheval convient ti'ès bien au développementdu vibrion cholérique.

Gomme peptone nous conseillons l'emploi de la solution obtenue d'après la méthode de Martin, par la digestion de 200 grammes d'estomac de porc dans 1 litre d'eau, additionné de 10 centimètres cubes d'acide chlorhydrlque pur. La peptone ainsi préparée donne des résultats plus constants que les peplones commerciales dont la composition est variable. 11 laut éviter avec soin, si l'on s'adresse à ces dernières, celles qui renferment des traces de sucre.

On ne doit pas ajouter le sel marin à la solution de peptones préparée d'après la méthode de Martin, car elle renferme déjà du chlorure de sodium dans les proportions voulues.

De toute façon, après avoir ajouté à la solution de peptone, de la gélatine dans la proportion de 2 p. 100, on chauffe à 100° pendant quelques minutes jusqu'à ce que la gélatine soit fondue et on alcalinisc. L'optimum comme alcalinité est obtenu en ajoutant à la solution gélatine-peplone neutre au tournesol d'orcine, 12 centimètres cubes de soude normale par litre.

Le milieu alcalinisé est chauffé à l'autoclave à llu» pendant vingt minutes. Au sortir de l'autoclave, il est filtré sur papier, réparti en flacons de 500 centimètres cubes, gradués de 50 en 50 centimètres cubes et de nouveau chauffé à li0''-112'' pendant vingt minutes pour le stériliser.

Une fois stérilisé, on le laisse refroidir avant d'y ajouter le sérum de cheval dans la proportion de 25 p. 100. Le sérum de cheval doit être vieux de trois semaines et il doit être resté une semaine au moins à la glacière au contact du caillot.

Il ne reste plus, pour que le milieu soit prêt à être ensemencé, qu'à le répartir dans les flacons-boîtes Roux à raison de 50 centimètres cubes par boîte, et à le chauffer pendant trois heures à 60°, pourdétruireles substances bactéricides du sérum normal de cheval ■qui gêneraient le développement des vibrions.

Conditions de cultuhe qui favouisent l.v puoduction de la toxine. — Metchnikoff, Roux et Salimbeni ont montré que, pour avoir une bonne toxine cholérique, il faut réaliser des cultures rapides, très abondantes, et en retirer la toxine avanlque celle-ci soit modifiée. Pour cela un milieu api)roprié ne suffit pas. Il faut encore que le ttilieu soit largemeni ensemencé avec des microbes jeunes et en

MÉTHODE DR B ^i/\y^^.^^ ^:ÇJ^B-^y j [-«(Ç Q,^

pleine acUvité, et que la ciiltui'o so fasse en couche mince eleii lav^i'. surface pour facilitei' l'aéraliou (|ui joue un rrtle (ivs iinporlauL dans l(Mlével(ip[ieMient des niici'ol)es el la iiroilucLiou de la loxinc.

Pour ronsemencement on se sort de vibrions provenant de cultures sur gélose on l)oît(î lloux âgées de seize à dix-huit h(!ui'es, mis en suspension dans (jueLiues centimètres cubesde milieu.

Les vibrions provenant de la culture dans une boîte lloux sont suflisants |)oui' ensemencer quatre boîtes, soit 200 centimètres cubes de milieu.

La culture en couche mince et large surface est réalisée grâce à la forme des boites Roux et à la petite quantité du milieu eni[)loyé (50 centimètres cubes par boîte).

Pour augmenter l'aération, les boîtes sont agitées tous les jours ])endant les quatre premiers jours au moins.

Une fois ensemencées, les cultures sont placées à l'étuve à 38°. Déjà après vingt-quatre heures un voile épais s'élend à la surface du liquide qui est fortement trouble dans toute son épaisseur.

Dès le deu.>:ième jouron observe un léger dépôt glaireux qui couvre le fond de la boîte et qui augmente de plus en plus jusqu'au cinquième jour, le liquide étant toujours très fortement et uniformément trouble.

A partir des troisième et quatrième jours, le liquide est manifestement toxique.

La toxicité augmente les jours suivants pour atteindre le maximum vers le septième jour. Elle diminue ensuite, à mesure que les cultures deviennent très alcalines et odorantes.

C'est donc au septième jour qu'il faut utiliser les cultures pour avoir un liquide toxique présentant son maximum d'activité. 11 est absolument indispensable deles filtrer sur papier avant de les passer à travers une bougie Chamberland ou Berkfeld.

Méthode de Brau et Denier. — Drau et Denier ont obtenu sur un milieu spécial une très bonne toxine cholérique.

Le milieu de Beau et Denier n'est autre chose que du séi-um de cheval additionné de 10 p. 100 de sang de cheval délibriné, les deux vieux de trois semaines.

Au moment de s'en servir, on chauffe le mélange à 60" pondant trois heures, on ensemence largement et on filtre après sept jours d'étuve à 39°.

La toxine obtenue sur ce milieu répond en tout aux caractères de celle obtenue par MetchnikoU', Roux et Salimbeni. Un doit reconnaître cependant que, sur le milieu de Brau et Denier, le l'Ëndoment toxique est plus cohstanti et cela tient très probablement,

368 SAl.IMDENI. — SÉROTHÉRAPIE ANTICHOLTÏRIQIIE.

i\ ce (|iuî la composilioii de; It^iir milieu n'est pas sujcth.' aux jx-lik^s variations inévitables des solutions artilicieiles.

Propriétés de la toxine cholérique. — La toxine clioléi ique n'est pas moditiée par un cliuun'age à la températui'e de l'ébullition pendant vingt minutes. Elle est au contraire considérablement aU'aiblie j)ar un cbaulTagc de vinyt-quatre licui'es à GO» et par le vieillissement à la tempéi'ature ordinaire; à l'air et à la lumière. A la glacière et à l'abri de l'ail', elle garde au contraiie très longtemps son activité.

Nous signalerons enfin que le ])oison cholérique dialyse à li'avers une membrane de collodion ; il est [)réci[)ité de ses solutions par le sulfate d'ammoniaque et l'alcool fort.

Le liquide filtré, le septième jour de la culture, est alcalin et dégage une odeur spéciale. D'une manière constante on obtient une toxine qui fait périr sûrement le cobaye, en seize k dix-huit heures, à la dose de i centimètre cube. C'est la toxine d'aclivité moyenne qu'on a couramment.

Très fréquemment on obtient cependant des toxines tuant au 2/3 et au 1/2 centimètre cube ; exceptionnellement au 1/10 de centimètre cube.

Action (le la toxine cholérique sur les animaux. — De

tous les animaux de laboratoire les cobayes sont sans doute les plus sensibles à la toxine cholérique, surtout quand leur poids ne dépasse pas 230 à 300 grammes. Le poison agit aussi sûrement et aussi rapidement sous la peau que dans le péritoine. Ladoseminima mortelle lue en quatorze à seize heures, rarement en vingt-quatre à trente heures.

Une quantité deux ou trois fois plus grande amène la mort en six à dix heui-es. Avec des doses plus fortes ou avec de la toxine concentrée, les animaux meurent en quelques minutes. L'effet est vraiment foudroyant surtout si l'injection est faite dans la cavité abdominale.

L'abaissement de la température commence en général une heure après l'introduction de poison et il continue jusqu'à la mort. Lorsque celle-ci est imminente le thermomètre marque parfois 24 à 25». Quelquefois, les animaux restent dans le coUapsus pendant deux heures et plus, avec une température inférieure à 30°.

Si la quantité de toxine est trop faible, une élévation fugace de la température précède l'abaissement et l'animal se rétablit.

Les symptômes de l'empoisonnement cholérique par la toxine Soluble sont très semblables à ceux qui suivent rinlroduclion des cultures vivantes de vibrion dans le péritoine du cobaye, mais ils surviennent plus rapidement. Aussitôt après l introduction du poison

IMMUNISATION DKS ANIMAUX.

solublc l'animal est li isU;, hérissé et pousse de petits cris. Puis son ventre est distendu et douloureux à lu pi'ossion et il rend des excréments abondanis et humides. Ses extrémités se refroidissent, le corps est secoué de petits frissons, la respiration devient courte et fréquente. Bientôt les membres restent inertes, l'abdomen est flasque, les muqueuses se cyanosent, la sensibilité s'aiïaiblit et la mort survient.

A l'aulopsio on trouve au |)oint d'inoculation un léger œdème gélatineux, parfois teinté de l'ouge. L'intestin grêle est hyperémié, distendu par un liquide diarrhéique. Le gros intestin n'oIlVe rien de particulier. Les parois de l'estomac, le foie, la rate, les reins sont congestionnés ; les capsules surrénales, très rouges, présentent souvent de petites hémorragies. Les poumons n'ont aucune lésion.

Les lapins supportent mieux que les cobayes la toxine choléi'ique et il faut toujours recourir à l'injection intraveineuse pour tuer les lapins adultes dont le poids dépasse 1500 grammes. Les lapins intoxiqués présentent les mêmes symptômes que les cobayes, avec celte différence que, chez eux, la température ne descend guère au-dessous de 30°, et que la diarrhée est la règle. Les lésions sont les mêmes dans les deux espèces ; cependant le contenu du gros intestin des lapins est toujours fortement diarrhéique.

Le rat, la souris, le pigeon et la poule sont pour ainsi dire insensibles au poison cholérique.

Immuiiisalion des animaux. — C'est aux grands animaux et de préférence au cheval qu'il faut s'ailresser pour préparer un sérum antitoxique. Il est en effet très difficile de vacciner les petits animaux (chèvre, lapin, cobaye), et d'autre part le pouvoir antitoxique de leur sérum est toujours très faible.

Sous la peau, la toxine cholérique même à petite dose est très mal absorbée et elle détermine toujours des œdèmes considérables qui durent longtemps.

D'autre part, l'immunité ne s'établit que très lentement et le pouvoir antitoxique du sérum reste toujours faible.

On a donc, à tous les points de vue, grand avantage à recourir dès le début aux injections intraveineuses.

11 faut, bien entendu, commencer avec de toutes petites doses, et, à cause de la forte alcalinité du liquide toxique, il est bon de le diluer dans son volume d'eau physiologique stérile.

On répète l'injection lorsque le cheval est complètement rétabli, et on augmente les doses en tenant compte de la réaction thermique et des troubles amenés par la dernièi'e injection.

On arrive ainsi peu à peu; en six mois environ, à faire supporter Médic. mibroblenëj 24

.170 SALIMBKNI. — SlîROTnCHAPIK A NTICHOLlÎRIQUE."

aux anipaux la dose vaccinale maxima, dose qu'on ne peul pas dépasser sans i'is(|U(M' de les luoi'. (lello-ci variiî suivant la sonsibiiiLé individuelle, dos oniniaux enlre 50 el 60 cenlimèti'cs cubes.

Peu api'ès l'inoculation, les animaux présentent du tremblement, des coliques, de la diarrhée ; ils sont tristes, abattus, i-ei'usent la nourriture et se couchent très souvent. En même temps la température monte à 40" et |)lus ; mais dans une vaccination l)ien conduite, elle tombe, à la suite d'une forte transpiration, huit à dix heures après l'injection.

Il l'aut, nous le répétons encore une fois, attendre jusqu'au rétablissement complet de l'animal avant de f'aii'e une nouvelle injection.

11 faut aussi peser les animaux et, si l'on constate un amaigrissement notable, il vaut mieux suspendre momentanément tout traitement. Si tout va bien, les injections vaccinales peuvent être répétées tous les huit à dix jours.

Les saignées sont faites la première douze et la seconde seize jours après la dernière injection. Les sérums de la première et de la deuxième saignée ont le même pouvoir antitoxique.

Propriétés du sérum anticholérique. — Le sérum des animaux immunisés contre la toxine cholérique est à la fois agglutinant, précipitant, préventif et antitoxique.

Mélangé in vitro avec des vibrions vivants, il les agglutine ; mélangé, toujours in vitro, avec de la toxine, il détermine la formation d'un précipité plus ou moins abondant suivant l'activité du sérum et les proportions du mélange.

Injecté préventivement, en même tenips et, dans certaines limites, après une inoculation de vibrions, il est capable de prévenir et guérir la septicémie vibrionienne.

Jusque-là le sérum préparé avec la toxine ne diffère pas sensiblement du sérum préparé par Pfeiffer avec les vibrions tués et vivants. Mais tandis que ce dernier n'exerce aucune action sur le poison cholérique, et est absolument inactif vis-à-vis du choléra expérimental des jeunes lapins, le sérum préparé avec la toxine neutralise l'action de la toxine cholérique sokible, et agit efficacement à titre préventif et curatif dans le choléra intestinal des lapins à la mamelle.

Sur 27 petits lapins traités préventivenient par MetchnikofT (1) l!j survécurent; sur 37 ténioins des mêmes nichées, 6 seulement ne prirent pas le choléra.

(I) Ann. rie lliisl. Pasleur, 1896, n" ».

nOSAOE DE L'ACTIVITÉ DU STÎRITM.

Sur 18 lapins (lui reçurent, le virus clioléritiuo en mèmc! temps qu'on leur injeclaildu séiiiin, H survécurent,; Uui(li.s(|U(î sui'2l lapins témoins, des mômes nichées, il n'y eut, (|ue !") survivants.

Dans les deux séries, reflicarité du séi'uni est indiscutable: 44 p. 100 de moi'talité parmi les traités pi-éventivement avant rinyeslion du virus; 55 p. 100 parmi les ti'aités au moment de l'ingestion du virus. La mortalité parmi les témoins fut de 84 p. iOO dans la première séi'ie et de 76 p. 100 dans la deuxième.

D'une façon générale, nous pouvons dire que les diiïérentes propriétés du sérum antito.xique sont d'autant plus fortes que l'immunisation a été poussée plus loin.

Au cours de la vaccination, ce sont les propriétés agglutinantes et préventives qui apparaissent les premières ; plus tard seulement le sérum devient précipitant et enfin antiloxique.

Le sérum d'un animal fortement immunisé est toujours plus agglutinant in vitro qu'il n'est préventif vis-à-vis de la péritonite vibrionienne ; plus antitoxique vis-à-vis de l'intoxication cholérique expérimentale qu'il n'est précipitant in vitro. Cela veut dire en d'autres termes que le pouvoir préventif n'est pas fonction exclusive du pouvoir agglutinant, comme le pouvoir antitoxique n'est pas fonction du pouvoir précipitant.

Dosage de l'activité du sérum anticholérique. — Rien de plus simple que de doser le pouvoir agglutinant, précipitant et préventif du sérum.

11 suflit, pour avoir des résultats constants et comparables, de faire agir le sérum sur une quantité toujours Ifi même de virus ou de toxine.

Pour le pouvoir agglutinant nous prenons toujours 1/20 d'une culture sur gélose âgée de dix-huit heures de vibrions vivants mis en suspension dans 1 centimètre cube d'eau physiologique stérile. La plus petite quantité de sérum capable de déterminer en deux heures à 37° l'agglutination complète des vibrions et l'éclaircissement du liquide, représente le titre agglutinant du sérum mis à l'étude.

Le titre préventif est représenté par la quantité ininima du sérum qui, mélangée à une dose dix fois mortelle de vibrions, sauve le cobaye qui reçoit le mélange dans la cavité péritonéale.

Pour déterminer enfin le titre précipitant, on cherche la quantité minima de sérum qui, mélangé m vitro à 1 centimètre cube de toxine, amène la formation d'un trouble évident.

Quant au pouvoir antitoxique, nous devons reconnaître que jusqu'à présent, les différents auteurs se sont contentés de constater

572 SALIMBENI. - SÉROTHÉRAPIE ANTICHOLÉRIQUE.

l'cxisLcnce de l'antitoxine, sans trop se préoccuper de la question du dosas»' ■

Il n'y a pas hieii ion^^lemps, une série de recliorciies personn(;lies( 1) nous ont permis de constater qu'en aucune ra(;.on la niétiiode préconisée par lù'lich pour le dosage du sérum antidiplitéi'ique, ne peut èlre appli(iuée à la détermination du |)ouvoir antiloxic|ue du sérum anticliolérique. La l'aiblesse de la toxine et de l'antitoxine, les bases toxiques qui se trouvent dans les liquides, à côté delà toxine, et qui peuvent à elles seules, lorsqu'on dépasse une cei'taine dose, amener la mort de l'animal, s'opposent à l'application de cette méthode.

Autrefois Metchnikolf, Roux et Salimbeni faisaient leurs es.sais de la façon suivante :

A une quantité donnée de sérum, ils ajoutaient des quantités progressivement croissantes de toxine, dont ils avaient au préalable déterminé la dose minima mortelle, et ils injectaient le tout sous la peau de cobayes. — D'après les résultats, ils disaient que tel sérum à la dose de 1 centimètre cube, par exemple, protège un cobaye contre n doses mortelles de toxine. La méthode était évidemment très simple, mais les résultats, nous avons pu nous en convaincre dans la suite, sont loin d'être constants.

En effet, en faisant agir sur des toxines d'activité différente une quantité, toujours la même, d'un même sérum, nous finîmes bientôt par nous apercevoir que, dans de telles condilions, l'activité antitoxique du sérum était très variable. Il nous arrivait par exemple de constater que 1 Centimètre cube d'un sérum qui neutralisait quatre doses d'une toxine, dont la dose minima mortelle pour un cobaye était égale à 1 centimètre cube, pouvait en neutraliser cinq et six d'une toxine tuant au 2/3 de centimètre cube et pas plus que deux à trois d'une toxine ne tuant qu'à la dose de 2 centimètres cubes.

Nous avons constaté en outre, que, pour une toxine de n'importe quelle activité, il fallait en proportion une quantité beaucoup plus grande de sérum pour neutraliser quatre doses mortelles que pour en neutraliser deux. Ceci bien entendu en prenant l'animal comme réactif. Ainsi un mélange toxine et sérum, inoffensif à la dose de 2 centimètres cubes, amenait la mort du cobaye injecté à la dose de 3 et 4 centimètres cubes.

Pour avoir des résultats constants et toujours à peu près comparables, voici la méthode que nous avons adoptée :

(1) Ann. de l'Inst. Pasteur, 1908, n° 3.

VALEUR DU SÉRUM ANTICIIOLÉRIQUl!:. 373

Nous faisons loujours nos essais avec une loxino au scplième jour (lonl 1 ccnlimèti'O cube, en injection sous-cuLanée, iT])r(''senl(! la dose luiiiima moiloUe en douze à dix-liuiL heures pour le cobaye de •'50 iîrammcs environ. Nous avons donné la prélei-ence à une toxine luant au centimètre cube, car c'est la toxine de foi'ce moyenne la l)lus taciie à obtenir.

A deux doses mortelles de toxine, soit 2 centinièli-es cubes, nous ajoutons des quantités variables et ])rogressivement décroissantes de sérum. Après dix minutes de contact (ii vitro les didei'ents mélanges sont injectés sous la peau de col)aye. A chaque série quatre cobayes servent de témoins, deux reçoivent sous la peau la dose minima mortelle et les deux autres le double, c'est-à-dire la dose employée pour les essais du sérum.

Par conséquent, quand nous disons que tel sérum est actif ù 0'^'"%lb, cela veut dire que 0'=»%15 de ce sérum neutralisent, après 'dix minutes de contact m vilro, deux doses d'une toxine dont i centimètre cube représente la dose léthale minima pour le cobaye de 250 grammes environ.

Comme nous l'avons déjà dit, le sérum anticholérique n'a pas encore fait les preuves de son efficacité dans le traitement du choléra humain. Pouvons-nous, dans l'état actuel de nos connaissances, avoir une opinion sur sa valeur et sur le mode d'intervention le plus efficace dans le traitement du choléra humain?

Les données expérimentales pour nous éclairer à ce sujet, sont l'élude de l'intoxication expérimentale chez les cobayes et le choléra intestinal des lapins à la mamelle. A elle seule, la constatation de l'efficacité du sérum dans l'intoxication provoquée chez le cobaye par la toxine retirée des cultures, n'aurait pas une grande valeur ; car on pourrait toujours se demander si le poisôn que nous préparons artificiellement est le même que celui produit par le vibrion dans l'intestin des cholériques.

Son action indiscutable sur le choléra intestinal des petits lapins nous fournit à ce point de vue des renseignements autrement précieux.

Chez les jeunes lapms, la maladie cholérique se déclare très vite, dans les vingt-quatre à quarante-huit heures qui suivent l'ingestion du virus, et évolue avec une extrême rapidité. Gomme chez l'homme, elle se manifeste sous la forme d'un véritable empoisonnement, car le vibrion reste localisé dans l'intestin et n'envahit pas l'économie. De plus, dans les deux cas, les lésions analomiciues présentent les plus grandes l'essemblances.

374 SALIMDICNI. — SÉROTIIfi Al'lE ANTICUOLEUiQ UE.

L'nclion bionl'uistmlo du séruin n'ayanl |)as iniiii(|uû sui' des (Hres aussi fragiles quo les lapins à la rnainclh;, il y a lieu d'espérei' qu'elle se manircsLera dans le Lrailement sérolhérapique aj)i)liqu('! à l'homme.

(Juant au mode d'inlei'venlion, c'est, encore aux doimées expériluenlales que nous sommes obligés d'avoir recours.

Le pourcentage de la mortalité, nous l'avons déjà vu, est plus élevé chez les lapins qui reçoivent le sérum en même temps que le virus, que chez ceux qui le reçoivent avant l'ingestion du virus. Ceci montre que le temps utile pour l'intervention est très limité, et qu'il faudra chez l'homme aussi intervenir le plus tôt possible dès le début des premiers symptômes pour avoir le plus de chances de réussir. [Jétude de l'action du sérum vis-à-vis de l'intoxication du cobaye corrobore cette conclusion.

Si l'on donne le sérum sous la peau, on peut encore intervenir cflicacementchez les cobayes dans la première heure qui suit l'introduction du poison.

Brau et Denier ont pu sauver des cobayes deux heures après l'injection toxique en introduisant de forles doses de sérum dans le péritoine. Les tentatives d'intervention par la voie veineuse sont demeurées sans résultat; mais les auteurs pensent que les insuccès sont en grande jjartie imputables au traumatisme nécessité par l'injection, qui met sans doute les animaux en état de moindre résistance.

Chez l'homme, étant donné qu'il est de toute nécessité d'agir vite, l'introduction du sérum dans les veines semble a ■priori devoir être le procédé de choix. .

Il faudra cependant essayer en même temps les injections souscutanées et les injections intrapéritonéales préconisées par MM. Brau et Denier le cas échéant.

Quant aux doses, étant donnée l'innocuité absolue du sérum anticholérique, nous pensons que des injections de 50 et 100 centimètres cubes répétées même dans les vingt-quatre heures pourront sans inconvénient être pratiquées.

Voilà tout ce que, sans rien préjuger, nous pouvons dire; mais il est certain que seuls les résultats de l'application à l'homme pourront en définitive montrer la voie à suivre.

SÉROTHÉRAPIE ANTIVENIMEUSË

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