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VII. — RÉSULTATS DE LA SÉROTHÉRAPIE

Pour juger la valeur d'un médicament, on se sert généralement des statistiques; mais trop souvent les chifTres mis en présence ne sont pas comparables. Fort heureusement pour la sérothérapie antidiphtérique, nous pouvons citer des statistiques qui se passent de tout commentaire et aflirment l'ab-solue efficacité de la méthode.

Mortalité globale. — Statistiques du pavillon de la diphtérie à l'hôpital des Enfants-Malades. — Nous choisissons de préférence les chiffres fournis par cet hôpital, pour la simple raison que c'est dans ce même service que MM. Roux, Yersin, Martin et Chaillou ont étudié la diphtérie avant la sérothérapie, et que nous pouvons comparer la mortalité antérieure avec les chilïres obtenus après la sérothérapie par MM. Roux, Martin, Chaillou, Sevestre et Marfan. Voici du reste le pourcentage obtenu :

MORTALrrÉ AVANT LA SÉnOTHIînAPIE :

1890 Sii.SSp. ]00

Soit une moyenne de 51,71 p. 100.

MOnTAUTÉ DEPUIS LA SÉnOTHÉIlAPIE :

Mortalité brute Mortalité réduite (1)

1894. MM. Uoiix, Martin ot Ctiaillou

(f\jvi-ier-aoùt) 24,5 »

Clialllou (septembre- décembre), inédit 10,0 »

1895. M. Sevestre \^,\/t 9,35

18'.)() M. Sevestre 10.98 12,09

1897. M. Sevestre 17,40 10,80

(1) La morlulilé Ijrulc comprend tous les décès ; dans In morinllté réduite, un déduit ceux iiiii Mjiit survenu.s moins de viTijçt-quiilre heures iiprès l'injection de sérum.

188 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTinlPHTÉRlQUE.

Morlalilé brute Mortalité réduite

M. Scveslrc

MM. MaiTan el Bunj. Wuill. .

MM. Marlan cl Lcrnhanlt —

MM. Marfan cl Dolol

MM. Marl'an el Le Play

MM. Marl'an el Lemaire •

MM. Marfan, Audouin et Bris-

D'après ces chiffres on voit que, depuis la sérothérapie, la mortalité moyenne de 51,71 p. 100 des années qui ont précédé la sérothérapie n'a jamais été atteinte et que les nombres sont toujours" inférieurs de plus de moitié, souvent des deux tiers.

Diminution de la mortalité globale à Paris. — A Paris, le traitement a été appliqué à tous les malades des hôpitaux dès le mois d'octobre 1894. Depuis ce moment, grâce aux statistiques du D"" Bertillon, nous avons pu suivre chaque semaine la marche de la maladie, étudier sa morbidité et sa mortalité.

La simple comparaison entre la mortalité moyenne des années qui ont précédé la sérothérapie et celle des treize dernières années nous indiquera le nombre des vies qui, à Paris, ont été épargnées grâce à la sérothérapie.

De 1890 à 1894, il y a eu à Paris, chaque année, une moyenne de 1 432 décès causés par la diphtérie.

Depuis, nous trouvons :

^ Morbidilé. Mortalité. P. 100.

Si nous étudions les résultats de la sérothérapie dans la France entière (i), nous voyons que, pour une population de 12 700 000 indi-

(1) Mauiuce Om.ikii, ThÈse (le doctoral, Paris, 1004.

RÉSULTATS DE LA SÉROTHÉRAPIE. 189

vidus, qui représentent rfensènible des villes de France de plus de 5 000 habitants, il y avait avant 1894 entre 6 000 et 7 000 décès; depuis la sérothérapie, la mortalité varie entre 1 oOO et 2 200.

line peut plus être question d'atténuation de la maladie ; car en dOOO, 1901 et 1902, il y a eu une épidémie très mcui-trièrc ; le pourcentage a de ce fait augmenté, mais malgré tout la mortalité a été li és inférieure aux chiffres d'autrefois.

Pour mieux montrer les bienfaits de la sérothérapie, nous allôns étudier séparément son influence sur les ahgines et sur les croUps.

Action du sérum sur les angines. — Voici les chiffres que nous avons pu réunir sur la mortalité des angines, à l'hôpital des Enfants- Malades, avant la sérothérapie :

1891 46,64 — / Soit une moyenne db

1892...."! 38,80 — l 2^3,94 p.'lOO.

Dans les cas traités par MM. Roux, Martin et Ghaillou, la mortalité totale a été de 12 p. 100.

Pendant le même temps, à l'hôpital Trousseau, elle était de 32 p. 100.

Depuis, si nous prenons les dernières statistiques publiées par M. Marfan et ses élèves, nous trouvons :

1904 7,67 — ( Soil une moyenne de

Action du sérum sur les croups opérés. — Aux Enfants- Malades, avant la sérothérapie, on avait :

1890. Décès : 76,33 p. 100

Soi( une moyenne de 73,19 p. 100.

Ddns les cas ti'âllés en 1894 par MM. Roux, Martin et Ghaillou, la mortalité a été de 40 p. 100.

Pendant le même temps, à l'hôpital Ti'ousseau, la morlalité sans l'emploi du sérum était de 8G p. 100.

Durant nos six mois d'internat dans le service de M. Sevesll-é, nous avons eu : 7o opérés, 72 tubages, 3 trachéotomies, avec 17 morts; soit une mortalité brute de 23, îi p. 100.

190 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.

Dans les decnières années, M. Marfan et ses élèves ont obtenu :

Rapport entre les angines elles croups opérés. — La sérothérapie anLidipliLérique diminue considérablement le nombre des interventions; il était, pour les années 1887 à 1894, de 30 p. 100, c'est-à-dire que pendant ces dix années sur 100 enfants, entrés au pavillon de la diphtérie, 36 ont été opérés.

Dans les six mois de notre internat dans le service de Sevestre, le chillVe des interventions a été réduit à 14 p. 100, soit une diminution de près des deux tiers.

Toutefois cette diminution dans le nombr'e des interventions ne se retrouve pas toujours aussi marquée à riiôpital ; car depuis la sérothérapie, les médecins gardent souvent les diphtéries bénignes et n'envoient à l'hôpital que les enfants qui ont besoin d'être opérés.

Par contre, dans la clientèle, tous les médecins de Paris reconnaissent que la sérothérapie, qui, dans ce cas, est le plus souvent hâtive, a presque totalement supprimé le croup et par suite les interventions.

Modification des statistiques suivant Vâge. — Il est impossible d'établir une comparaison entre les difl'érentes statistiques publiées, si l'on ne tient pas compte de l'âge des personnes traitées; car la diphtérie des adultes et des grands enfanls, qui peut être facilement traitée dès l'apparition des premiers symptômes, guérit bien plus souvent que la diphtérie des jeunes enfants qu'on ne diagnostique très souvent qu'au moment de l'apparition des symptômes graves.

Enfants du premier âge. — Roger (1), dans ses statistiques, a séparé des autres enfanls ceux qui étaient âgés de moins de deux ans, et, sur 33 malades, il note 14 décès, soit une mortalité de 40 p. 100.

Nous avons eu (2) 97 malades avec 29 décès, 12 en moins de vingtquatre heures, 17 en plus de vingt-quatre heures, ce qui nous donne une mortalilé globale de 29,89 p. 100 et une mortalité l éduite de 20 p. 100.

Si nous prenons les chiffres donnés par M. Marfan et ses élèves pour les quatre dernières années, on retrouve aussi cette grande

(i) lîocKR, Les nialttcUes iiifr. lioii^c^. l'uris, 1902. (i) Soc, méd'ic. lien hdpil"i>.':. \:'<ii, p. 5i7-650.

RÉSULTATS DE L/V SÉROTPIÊ RAPIE.

mortalilé dans les deux premièros années de la vie ; mais ce ne sontpas les enfants qui onl simplement de l'angine qui la produisent, ce sont les enfants qui onl du croup et chez eux, malgré le sérum, nous trouvons des mortalités de 20 à 26 p. 100; tandis que, pour les enfants de deux à quinze ans, on ne trouve plus que 10 à 15 p. 100.

Deuxième enfance. — Dans notre statistique, nous avons, parmi les enfants de deux à quinze ans, 2;]0 malades avec 14 décès, soit une mortalité globale de 7,39 p. 100.

Quand on Yoit la grande différence entre 7,39, mortalité pour la deuxième enfance et 28,89, mortalité du premier âge, on compi'end comment les statistiques hospitalières peuvent être si dilTérentes suivant qu'on a reçu dans le service un plus ou moins grand nombre d'enfants de moins de deux ans. Dans les statistiques il est impoi'tant de séparer nettement ces deux périodes de l'enfance.

Adultes. — La mortalité de la diphtérie est encore moins considérable, quand il s'agit des adultes. Sur 116 malades, âgés de plus de quinze ans, nous avons eu seulement 4 morts ; ce qui donne une mortalité de 3,45 p. 100.

Modification des résultats suivant la classification. — Pour rendre les statistiques comparables, M. Marfan a proposé une classification dans laquelle il tient compte de l'âge, des localisations et des formes de la diphtérie.

Pour les angines, il étudie : les communes, les submalignes, les malignes, les lacunaires, les exsudats indéterminés.

Pour les croups, il classe séparément les croups tubés, les croups lubés et trachéotomisés, les croups trachéotomisés,

La tentative de M. Marfan mériterait d'être suivie par tous ceux qui exposent les résultats de la sérothérapie. Toutefois nous regi'ettons que M. Marfan ne tienne pas compte du moment de l'intervention pour les angines. Nous avons montré combien les résultats étaient diflërents suivant que la sérothéi'apie est hâtive ou tardive, et nous proposerons les divisions suivantes pour les angines, en tenant compte de l'âge: A = de 0 à 2 ans, B = de 2 à 15 ans, C= adultes. Nous grouperions dans un premier tableau les angines traitées dans les premières quarante-huit heures de la maladie.

Ces angines sont : 1» bénignes; ou 2" graves d'emblée.

Après quai'ante-huit heures, les angines sont : 1« localisées bénignes; 2" ordinaires ou submalignes; 3» graves.

Dans ce dernier cas, la gravité peut tenir soit :

a) à une forme d'emblée envahissante;

h) à une forme associée ;

e) à une formé brdihait'e li-aitée tardivement;

192 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.

C'ést à pteu de chbse près les divisions adoptées par M. Marfan. Nous croyons cependant être plus près de la réalité.

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