IMMUNISATION CONTRE LE POISON TÉTANIQUE
poiii' cela ([lie, clicz les aiiiniaiix ile laboi'aloirc (souris, cobaye, lapin), la contracture apparaît d'abord dans la région où l'injection a été pratiquée. Mais chez riiomnie et le cheval il n'en est pas ainsi. Le télanos de l'homme commence toujours par le trismus et la dys|)hai;ie, quel (pie soit le point de la cultui'e microbienne; celui du cheval débute parle corps clignotant pour atteindre les muscles de la masticalion et de la déglutition. Chez ces êtres, les cellules des centres correspondant aux muscles contracturés en premier lieu sont, plus que d'autres, douées d'une sensibilité élective pour la toxine cir-culant dans le sang.
Immunisation des animaux contre le poison tétanique. — Une première atteinte de tétanos ne confère pas l'immunité. Mais il est facile d'immuniser les animaux contre l'action du poison et de leur en injecter sans dommage des doses considérables. On y » parvient à l'aide de procédés différents qui consistent à injecter d'ahord de la toxine modifiée par le chauffage ou un agent chimique, puis à renforcer la résistance obtenue au moyen de doses progressivement cr'oissantes de toxine active.
Pourquoi le poison n'a-t-il pas d'efTet sur l'animal ainsi préparé? A cette question qui se posait à leur esprit, Behring et Kitasato ont répondu par l'hypothèse suivante, aussitôt étayée sur des expériences célèbres : il existe dans les tissus de l'animal immunise une substance qui ddlndt le poison à mesure de sa pénétration (décembre 1900). On doit de la reconnaissance aux savants dont les recherches sur les deux maladies toxiques par excellence, le tétanos et la diphtérie, ont abouti à une découverte aussi mémorable qui a orienté la science vers les propriétés acquises par le sérum des animaux immunisés et fondé la sérothérapie.
Le sérum antitétanique est le sérum d'un cheval immunisé contre la toxine provenant des cultures du bacille en bouillon peptonisé. Pour l'immunisation on recourt d'abord à l'injection de doses progressivement croissantes de toxine plus ou moins modifiée par le mélange avec une solution iodo-iodurée (liquide de Gram). Lorsque le sang de l'animal est devenu antitoxique, et dans.le but de renforcer l'immunisation obtenue, on lui injecte de la toxine pure, en commençant par des doses faibles (1 centimèti-e cube), pourari'iver Kr'aduellement à introduire d'un seul coup dans les veines 350 centimètres cubes d'une toxine dont deux gouttes suffisent à tuer un clioval vigom-eux. A ce moment, on peut obtenir un sérum d'une activité (elle que 1/100 000 de centimèire cube au minimum nen- Iralise m vitro 100 dos.;s moi'telles <le toxin.- tel est le titre .le celui que délivre l institut Pasteur de Paris. I>..ur main(..nir au sérum Médici microbiensi ^4
210 L. VAILLARD. — SÉROTHÏIRAPIB ANTITÉTANIQUE.
toute son activité, il csl nécessaire de renouveler périodiquement les injections do toxine aux animaux qui le fonrnissenl ; non seulement on empèclie ainsi raU'aihiissemenl de son pouvoir antitoxique, mais on l'accroît en proportion des quantités de poison injectées.
Propriétés du sérum antitétanique. — Ses propriétés se manifestent par des laits faciles à vérilier. Si on mélange pai-ties égales de sérum et d'une toxine mortelle pour les cobayes à la dose de 0",003, on peut injecter impunémentàces animaux des volumes du mélange contenant 2, 3, S centimètres cubes de la toxine si active. L'action s'exerce aussi bien dans l'organisme vivant que dans le verre à expérience. L'injection d'une petite quantité de ce sérum à un animal sensible, si elle est faite quelques heures avant l'inoculation de la toxine, lui permet de résister à une dose de poison sûrement mortelle. On obtient des sérums qui immunisent ainsi à des doses infinitésimales : un dix millionième de centimètre cube. Une si minime ' proportion n'est préventive que pour une quantité déterminée de toxine; elle serait insuffisante pour une dose plus grande. Mais en augmentant le volume du sérum injecté proportionnellement à celui de la toxine, on peut rendre les animaux insensibles à des masses de poison tétanique. Le sérum confère donc une immunité véritable, immédiatement acquise et proportionnelle à la dose injectée ; toutefois cette immunité n'est pas durable et diminue rapidement, quelle que soit la quantité injectée.
Comment se forme cette substance nouvelle, Vantiioxine, qui apparaît dans le sang des animaux immunisés après l'injection de grandes quantités de toxine? Cette question a donné lieu à de nombreusescontroverses(l). Étant donnée la grande sensibilité des phagocytes à l'égard des toxines microbiennes et leur intervention démontrée dansla lutte del'organismecontre les poisons, .Metchnikolf a été conduit à soutenir le rôle probable de ces éléments cellulaires dans la production des antitoxines; rien jusqu'ici n'est venu contredire scientifiquement cette conception.
Nature de l'antitoxine. Son mode d'action. — L'antitoxine n'a pu être isolée à l'état de corps défini el sa nature exacte reste encore ignorée. C'est une substance non cristallisable, intimement adhérente auxmatières albuminoïdes du sérum, précipitable avec les globulines et se distinguant en général par une assez grande résistance aux infiuences physiques ou chimiques ; elle résiste aux températures qui détruisent les cytases et n'est altérée qu'au delà de 60-6;i". Oblonue à l'état sec par évaporation du sérum et maintenue à l'abri de la
(1) Voii- Mktchnihdfk, I/imnuinité (l.ms les miiladics iiifecUciises, 1901, p. 395 cl sui
vanlus;
HOOL MFDICINSI.
NATURE DE L'ANTIT^|o)^i^ folî^i^O^D^ D^iéTldijE E QlS,
liimièi-c et de l'air, elle se conserve pendant très longtemps sans s'all'aiblir d'une manière notahlo.
Gommciil l'antitoxine a.nit-clle sm- le |)uisoii t('!tani(|n(!? r.iiiii ing et Kitasato avaient [)ensé que «te sang des animaux immunisés possédait la propriété de ddtruire l& toxine »; les expériences semblaient en elFel montrer que tout se passe comme si les deux corps se détruisaient mutuellement. Cette hypothèse était bientôt contestée. Tizzoni, le premier, signale des contradictions dil'ficilesà concevoir. Buchner montre ensuite que, cà doses égales, un mélange desérum et de poison tétanique, inolTensif pour la souris, ne l'est plus pour le cobaye; il restait donc dans le mélange une quantité de toxine libre que révélait la sensibilité plus grande du cobaye. Par des expériences plus décisives. Roux démontre ensuite que dansle mélange toxine + sérum les deux substances conservent leurs propriétés spéciales; la toxine tétanique ou diphtérique n'est pas détruite. Ce mélange, en effet, est certainement inoffensif pour les cobayes neufs, c'est-à-dire n'ayant subi l'action d'aucun microbe ou produit microbien ; mais lorsqu'on l'injecte à des cobayes soumis antérieurement à l'inoculation de cultures diverses (prodigiosus, streptocoque de la gourme, vibrion cholérique, colibacille, etc.), ces animaux succombent avec les symptômes et les lésions de l'intoxication diphtérique ou tétanique. Si les cobayes neufs résistent à l'inoculation du mélange, ce n'est donc pas que la toxine y avait été délruile. Dans une axitre série d'expériences non moins suggestives, Roux injecte à des cobayes une quantité de sérum antitétanique capable de les immuniser des milliers de fois », et, peu de temps après, une dose mortelle de toxine tétanique: les témoins restent indemnes ; /es animaux que l'on soumet ensuite à l'action des produits d'autres microbes contractent le tétanos. Les mêmes faits étaient reproduits avec la toxine diphtérique et le sérum antidiphtérique. Le poison inoculé n'avait donc pas été réellement détruit par l'antitoxine circulant dans les humeurs de l'animal, puisqu'il a suffi d'impressionner l'organisme de ce dernier par certaines substances microbiennes pour mettre le poison en évidence. Cette importante notion sera à retenir. L'expérience suivante de Calmette inspirée par Roux n'est pas moins probante ; elle porte sur le venin des serpents et le sérum antivenimeux. Par le chaud'an-e à <'8»,ce sérum perd tout pouvoirantitoxiquc, tandisque le venin résiste a celte température. Si on mélange in vitro une proportion déterminée des deux substances et qu'on les chauffe ensuite cà08" pendant (rente minutes, Imjeclion de ce mélange chaulle tue les animnux comin., l inoculation du venin seul, mais avec un retar.l notable De cet ensemble de faits expérimentaux, Roux a conclu que la.-iion
212 L. VAILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.
de ranliLoxine sur la Loxinc ne se lYnliiisail pas à une deslruclion de celte dernière (1) ; mais, ajoulail-il, la nuuiii't'slalion de l'action toxique du venin api-cs le chauM'a^^e de son iiu'lange avec l anliloxine peut se concilier avec l'idée que la combinaison entre les deux substances, si elle se produit, doit être bien instable. Les faits ultérieurs ont démontré la justesse de cette conception : expériences de Wassermann sur la toxine pyocyanique ; de Mor^enrotli sur le venin des serpents ; de Calmette et Massol (2) établissant qu'il est possible de dissocier la combinaison sérum 4- venin et même de la reconstituer au moins partiellement. 11 n'est plus douteux aujourd'hui que si l'antitoxine se combine avec la toxine dans une sorte d'action chimique pour former une substance inotl'ensive, cette combinaison est essentiellement instable ; elle peut être dissociée par diverses induences dont quelques-unes nous sont connues et agissent dans l'organisme lui-même. Ces vues sur des phénomènes d'ordre complexe (3) engagent tout au moins à accorder une part aux conditions particulières de l'animal vivant, et, à ce litre, ne manquent pas d'intérêt pour interpréter les faits de la pratique. L'antito.xine agitelle encore sur les cellules en leur imprimant une stimulation qui les rend capables de résister à l'action du poison? c'est l'opinion exprimée par Roux. Quelle que soit l'interprétation donnée au mode d'action de l'antitoxine, ses effets demeurent certains : le sérum des chevaux immunisés contre le tétanos rend la toxine inoffensive; il confère aux animaux qui le reçoivent une immunité réelle contre ce
poison. „ . ...
Durée de l'immunité conférée par le sérum. — Cette immunité est immédiatement acquise après l'absorption du sérum injecté : trente minutes après l'introduction d'une tuible dose de sérum dans le péritoine d'un cobaye, le sang de l'animal est devenu antitoxique. Mais l'immunité, si prompte à se produire, n'est point durable; elle diminue rapidement, quelle que soit la dose de sérum injectée et, chez les animaux de laboratoire, disparaît dans un délai qui peut varier de quinze ou vingt jours à quatre et cinq semaines. Chez l'homme, la durée de cette immunité serait peut-être plus courte. Dehne et' Hamburger (4) ont recherché ce que devient une antitoxine d'espèce étrangère (antitoxine tétanique) introduite dans l'organisme humain. Quatre expériences pratiquées sur des médechis
(1^ Koux, Annales Inslilul Pasteur, 1894, p. 724.
(2) Cm.mktte et Masso... lielnlions enlre le venin (le col.i-a et son anliloxine {.Un,. /„.-l,-
lut Pdstetir, 1!>07).
l « P.iiir plus de (liitails, voir Mctchmkoff, De l'unnuinitc, ohap.tic .\ll.
(4) DK.l et llAMmiuo,.,,, Wiener Iclin. Woe,,., 1907: - Analyse In /l„IM,„ r,-Hn.^t„uf Pasteûr, octoln-o 11)07;
PUÉVENTION nu TÉTANOS PAR LE SÉRUM.
concoi'ilcnt enLro elles pour montrer que la résor'ption du séi'um (12-18 centiniètres cubes) n'esL pas terminée en vingt-quatre heures. Après deux ou trois jours, la teneur du sang en antitoxine demeure constante poui' tomber brusquement vers le septième ou le huitième jour; loulet'ois des traces demeurent encore décelables au vingtième jour, il paraît évident à ces auteurs que la chute du taux de l'antitoxine est en rapport avec la disparition de l'albumine de l'espèce étrangère (cheval), disparition due à la réaction cellulaire, vi'aisemblablement des leucocytes.
I. — Données expérimentales sur l'emploi du sérum dans la prévention et le traitement du tétanos.
Il ne sullisait pas de connaitie la propriété antitoxique du sérum des animaux immunisés contre le tétanos : l'importantétait de savoir dans quelle mesure et dans quelles conditions cette propriété peut servir à la prévention et au traitement de la maladie chez rhon)me ou les grands animaux domestiques. C'est ce que nous avons cherché à établir avec Roux (l) dans un mémoire qui a servi de base aux applications pratiques et dont un court résumé est ici nécessaire.
A. — Prévention. — On peut provoquer le tétanos chez les animaux d'expérience, soit en leur injectant de la toxine, soit en leur inoculant le microbe. Dans les deux cas, le poison tétanique pi-oduit la maladie. Mais pour le premier, la dose de toxine est lixe et ne se ixmouvelle pas ; pour le second, plus semblable à la maladie naturelle, la toxine est produite en quantité indéterminée parle microbe qui se développe au point d'inoculation. Ces deux modes d'infection ont été particulièrement étudiés sur le cobaye en raison de son extrême sensibilité au tétanos.
1" Infection parla toxine. — L'expérience suivante établit que le poison tétanique est rapidement absorbé. On injecte une dose mortelle de toxine à la partie moyenne de la queue d'un certain nombre de rats, puis on sectionne les queues, à la base, après des temps variables : tous les rats dont la queue a été coupée plus de quarante minutes après l'inoculation meurent tétani<[ues dans le même délai que les témoins. On sait d'autre part que l'antitoxine du sérum apparaît dans le sang de trente-(;inq à soixante minutes après rmjection. 11 y a\ait donc lieu de prévoir (|ue si le sérum était administré de quarante à soixante minutes avant la toxine, celle-ci serait
(1) KoLix et V\iu.Miu, Annales Institut Pasteur, iH'jlj
214 L. VAiLLAUÙ. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUÊ.
sùrementneuLralisée dès son arrivée dans lesang puisque l'anUloxino y cit culc déjà. 11 en est réellement ainsi : le sérum préserve loujoui's du tétanos, même à doses extrêmement l'aibles, lorsqu'il i si injcclé avant la toxine.
Si on injecte simultanément dans le même tissu, mais en des points différents, le sérum et la toxine, les deux substances ne dill'usent pas avec la même vitesse ; le poison devance le sérum et la minime quantité qui échappe alors à l'antitoxine suffit à provoquer un tétanos limité, léger et toujours curable.
Aussi conçoit-on qu'il devienne difficile de prévenir le tétanos lorsque le sérum intervient aprén la pénétration de la toxine, et cela d'autant plus que le laps de temps écoulé aura été plus grand et la dose de poison plus élevée. Toutefois, en employant une plus grande dose de sérum ou un sérum plus actif, on peut intervenir efficacement plusieurs heures après l'injection de la toxine ; mais il se produira encore un tétanos partiel et curable. Après un certain temps écoulé, variable avec les animaux, la prévention est impossible, môme avec de grandes quantités de sérum.
2" Infection par le bacille tétanique. — L'incubation de la maladie peut être longue ou courte, suivant que la culture du virus débute presque aussitôt après l'infection ou qu'elle est retardée. On ne connaît alors ni le moment oîi la toxine commence à agir, ni les quantités qui interviennent car le microbe en élabore tant qu'il est vivant ; l'empoisonnement ne se fait plus en un seul temps, il est continu. Ces conditions sont bien celles de l'infection naturelle. L'infection a été réalisée par l'inoculation de spores additionnées de microbes favorisants. L'essai de prévention s'est borné à l'injection d'une seule dose de sérum.
11 est alors possible de préserver les animaux en leur injectant le sérum au moment même de rinfcction ; toutefois, la dose doit être plus grande que celle qui suffirait à prévenir contre une quantité déterminée de toxine.
Si le sérum intervient plus tardivement, pendant la période d'incubation, les résultats varient suivant plusieui's conditions parmi lesquelles figurent la dose de sérum et le tissu dans lequel l'infection évolue. Lorsque l'infection a pour siège le tissu cellulaire souscutané, la préservation complète de l'animal est presque certaine pourvu que le sérum soit donné quarante heures et quelquefois plus après l'inoculation. Mais si l'infection se fait par Vimplantalion dans un muscle d'une écharde imprégnée de virus, la préservation devient aléatoii'e et peut aussi n'êti'c que temporaire : on voit alors dos cobayes qui paraissaient d'abord indemnes, prendre un tétanos
TRAITEMENT DU TÉTANOS DÉCLARÉ PAll LK SÈRtJM. 2ib
moi lol, douze cl incme seize jours aprt's l'injccLiou imniunif-'anlo. La phagocytose, on eflot, est beaucoup moins active dans le muscle (pie dans le lissu colluiaire sous-culano. Les cas de tétanos tai'dif sui'vieiHient lorsciuo la propriété antiloxique du sang a déjà diminué; aloi's les bacilles, mieux protégés contre les phagocytes dans le muscle que dans le tissu cellulaire, continuent à se cultiver et à déverser de nouvelles doses de toxine. C'est un lait remarquable que pour entraver la maladie il ne suffit pas que le sang soit antiloxique, il faut qu'il le soit à un très haut degré.
En résumé, la réussite de la prévention dépend de la quantité de sérum injectée, du temps écoulé entre l'injection et l'intervention, du tissu où le bacille végète. Quand l'inoculation est faite dans le muscle, la prévention échoue le plus souvent si Ton a réalisé un tétanos rapide; elle réussit au contraire, si l'évolution est plus lente, mais pour être alors définitive, elle exige l'ablation du foyer.
B. — Traitement du tétanos déclaré. — Les faits concernant la prévention laissaient déjà prévoir que la guérison de la maladie déclarée serait malaisée à obtenir sur des espèces aussi sensibles que la souris et le cobaye.
Les expériences de traitement ont porté sui' les souris, les cobayes, les lapins, les moutons, animaux de réceptivité très dillerente. Le mode d'infection a été varié : injection de toxine, inoculation de spores tétaniques ou de terre tétanigène. Le plus souvent, l'infection était faite à une patte, de façon à saisir les plus légers signes de la maladie et à commencer l'administration du sérum dès le début des accidents. Le sérum, très actif, était injecté à doses massives sous la peau ou dans le péritoine. Les résultats obtenus se résument ainsi :
l^Iorts. Guérisons.
Animaux témoins 43 39 4
Animaux traité^ 83 73 iQ
Contrairement aux premières affirmations de Behring et Kitasalo, il est donc ti'ès difficile de guérir le tétanos déclaré chez les animaux! Quelques instants après l'administration du sérum, le sang des sujets traités est devenu antitoxique et immunisant à un haut degré ; la maladie i»oursuit cependant son cours. La raison en est simple. Aiî moment où apparaissent les premiers symptômes, la toxine a déjà agi sur les éléments cellulaii'es et ceu.x-ci peuvent être assez altemts pour que la mort survienne fatalement: l'antitoxine neutralise hicu le poison (prelle ri-iicoiiire dans le coi'ps, mais demeure sans action sur les lésions déjà faites.
Les expériences ci-dessus comportaient l'injection du sérum dans
216 L. VAILLARD. — SÉROÏIITÎIIAPIE ANTITÉTANIQUE.
le. piM'iloinc ou sous la peau. Of, en ces eondilions, comme Houx el, Doi'i'el l'onL monli'é ullérieuremeuL (1 ),rauLilo.\iiie cii cule bien dans le sang, mais ne semble pas arriver au contact des éléments nerveux, du moins ne les préservc-t-elle pas contre l'action du poison tétanique. La preuve en est la suivante. Les cobayes aux(|uels on donne préventivement des doses élevées de sérum immunisant .sont préservés conti'e une dose cinq l'ois mortelle de toxine inti-oduite sous la peau, mais ils ne le sont plus contre une dose beaucoup plus faible injectée directement dans le cerveau : les animaux succomijent presque tous au tétanos cérébral décrit par les auteurs. Pendant que l'antitoxine circule avec le sang, la toxine injectée dans le cerveau peut donc se fixer sur les éléments nerveux. « Le contrepoison n'ai'rive pas au contact du poison et les deux substances, pourtant si rapprochées, ne se rencontrent lias. Le sérum est efficace contre la toxine mise sous la peau parce que la majeure partie de celle-ci passera par le sang, mais il est impuissant conti'e le poison déjà arrivé aux éléments nerveux. C'est pourquoi dans le tétanos déclaré, il échoue si souvent. Au moment où on l'emploie, une partie de la toxine est déjà adhérente aux cellules nerveuses ; l'antitoxine neutralise bien le poison qui circule encore, mais n'atteint pas celui qui est fixé aux éléments de la moelle épinière. Elle limite l'empoisonnement. Si celui-ci est trop avancé, la maladie suivra son cours, car la toxine diffusera de cellule nerveuse à cellidc nerveuse à l'abri de l'antidote. » De là, l'idée d'introduire l'antitoxine dans les centres nerveux, de façon à préserver les portions vitales de la moelle avant qu'elles soient atteintes.
Lioux et Rorrel ont traité le tétanos déclaré chez les animaux par l'injection directe du sérum dans la masse cérébrale : sur 45 cobayes rendus tétaniques au moyen de la toxine et traités ainsi à divers moments, 35 ont survécu, tandis que des 17 cobayes qui avaient reçu le sérum sous la petiu à doses beaucoup plus fortes, 2 seulement sont restés vivants. Les cobayes rendus tétaniques à l'aide d'échardcs imprégnées de virus vivant peuvent aussi être guéi-is, de même que les lapins auxquels on injecte une dose mortelle de toxine dans les veines. » L'antitoxine portée dans le cerveau protège donc la moelle supérieure, alors que la moelle inférieure est déjà alteinle par le poison, mais elle ne délait pas les lésions accomplies; les contractures établies au moment de l'intervention persistent longtemps. Aussi l'injection intracéréhrale ne sauve pas tous les animaux; si l'empoisonnement des pai'lies supérieures de la moelle est fait, la
(\) Koiix cl IJciiiiiEi., ïélaiios cérébral (Aiiii. Inst. Pasteur, 1898).
inoiL ne sera, pas ("vilc-o. Il y a un Ifinps après lequel raiiLiloxinc ni- [)C'ul rien, (jnelle (|iie soil, la l'aroii doiil. elle es(, employée. L'iiijeclion intriicraniemie aii^iueiiUî la période d'iiilei'N eiilioii eHicace. »
Va\ ivlalant ces expériences mémorables (l(^ j^iiérison du lélanos dériaré chez le cobaye et le lapin, Roux et lîorrel ont (!U soin do l'aii'o toutes réserves pour les auti'cs espèces animales, « car il se poui rait i[ue sur les chevaux et les moutons, le résultat lût diflerent de celui constaté chez les cobayes. Un animal dont le tétanos serait bulbaire dès le début ne guérirait peut-èli'e pas mieux par le sérum injecté dans le cerveau ([ue par le sérum injecté sous la ])eau ». t)r à l'inverse du tétanos du cobaye qui débute toujours par la région du corps où se fait l'inlection, le tétanos de Thomme commence toujoui'S par des symptômes indiquant que certains centi-es bulbaires sont primitivement atteints.
II. — Emploi du sérum dans la prévention du tétanos chez les grands animaux domestiques.
C'est à Nocard qu'est due l'application du sérum à la prophylaxie du tétanos en vétérinaire, et l'on sait avec quel succès.
iNocard avait constaté que, chez le cheval, une faible dose de sérum suffit à préserver, lorsqu'elle est injectée sous la peau, vinglquatre et même quarante-huit heures après l'infection par une dose mortelle de toxine; la marge laissée à l'action préventive du sérum était donc plus étendue que chez les petits animaux de laboratoire. Aussi déduisait-il de ce fait que, dans la pratique, on pourrait enrayer l'évolution du tétanos ou l'empêcher d'apparaître en intervenant même plusieurs jours après le traumatisme, sous la réserve que plus l'intervention est tardive, plus aussi la dose de sérum doit être considérable. Dès la tin de l'année 1894, Nocard incitait les praticiens à utihser ce moyen, l'ecommandant d'injecter 10 centimètres cubes de sérum le plus tôt possible après le traumatisme suspect, accidentel ou opératoire, et de renouveler l'injection douze ou ([uinze jours après. En 1897, il a fait connaître, d'abord à r,\cadémie de médecine (1), puis au (longrès de Moscou, les résultais obtenus.
Les observations recueillies ont [lorté sur 3 088 animaux, dont 2 708 chevaux inoculés préventivement après une intervention cliirurgicale ou un traumatisme accidentel. Un premier grou|ie
(1) iNocAiiD, Sur la sérollicTuiiic (Ui téliiiius [Acrii/. île jiiéd., 1S!)7).
218 L. VAILLARD. — SÉROTHÉRAPIE ANTITÉTANIQUE.
comprend 2 ;;00 animaux inoculés aussilôL après l'um; des opérations ordinairement compliquées de tétanos (castration, amputation de la queue, hernie ombilicale ou inguinale); pas un seul de ces animaux n'a pris le tétanos. Le second groupe réunit près de 600 sujets traités, un, deux, quatre jours et même plus après un traumatisme accidentel : clou de rue, enclouure, javai t, morsures, blessures par dents de herse, coups de pied, blessures souillées par de la terre ou du fumier, etc. Un seul cheval traité cinq jours après l'accident (piqûre de maréchal) a présenté un tétanos très bénin. .^Pendant la durée de l'expérience, les vétérinaires qui relevaient ces documents ont constaté dans leur clientèle 314 cas de tétanos sur des animaux non traités, dont 220 chevaux. — Une statistique particulière de Labat (1) portait sur 705 solipèdcs blessés ou opérés dans des conditions telles que le tétanos devait être redouté. Aucun des traités n'est infecté; parmi les quelques animaux non traités, 3 deviennent tétaniques.
De tels résultats ne pouvaient que frapper les esprits et imposer la vulgarisation d'une méthode prophylactique si simple et si sûre : aussi l'emploi du sérum s'est-il très rapidement généralisé.
Poursuivant l'enquête de Nocard nous avons pu, grâce à l'obligeance du professeur Vallée (d'Alfort), connaître les résultats fournis par l'inoculation pi'éventive dans quelques régions de France. Cette enquête s'est limitée à la pratique de huit vétérinaires. Le nombre des animaux inoculés par eux de 1898 à 1906 a été de 13 124. Dans le plus grand nombre des cas, il s'agissait d'injections préventives en vue de diverses opérations chirurgicales (castration, écourtage de la queue, hernie ombilicale); pour les autres, dont la proportion a été de plusieurs centaines, le sérum était injecté à la suite de traumatismes accidentels particulièrement dangereux. Pas un seul de ces 43'i2i animaux n\i contracté le tétanos. Tel vétérinaire qui enregistrait autrefois des désastres pendant ses campagnes de castration n'a plus perdu un opéré depuis dix ans, grâce au sérum. Et il ne s'agit pas d'une simple coïncidence, car maint de ces praticiens qui avaient ainsi éteint le tétanos dans leur clientèle, l'observaient encore avec une redoutable fréquence chez les propriétaires dont les animaux étaient conhés aux soins des hongreurs et empiriques ou qui i^efusaient l'injection du sérum pour n'en pas payer le prix. Pendant les années sur lesquelles l'enquête a porté, deux vétérinaires ont, à eux seuls, constaté 139 cas de tétanos parmi les animaux non traités.
(1) Labat, Revue vélcriiiaive, lOOi.
Si aux cliifl"res de Nocat-d et de Lahal on ajoute ceux de notre statistique, on voit que sur 16917 animaux traités pivventi vement, „H cheval a présenté des synii.tômes tétaniques! Il serait diflicile de fournir une preuve plus convaincante de l'ellicacité du sérum. Son action préservatrice s'applique aussi bien aux interventions chirui-Kicales qu'aux Iraumatismes accidentels et ces derniers cas, dont le nombre est aujourd'bui considérable, sont particulièrement su^^S«stifs : ils démontrent toute l'étendue des services que l'on doit attendre du sérum puisque, intervenant plusieurs joui's après le traumatisme infectant, il empêche le développement du tétanos avec une constance qui ne paraît pas se démentir.
En vérité la sérothérapie préventive représente une des conquêtes les plus heureuses de la médecine vétérinaire ; on peut mesurer, en quelque sorte, la confiance qu'elle inspire à la progression continue des doses de séium annuellement délivrées aux praticiens qui de 1300 en 1896 ont passé à 87264 en 1906.
La technique de l'inoculation est simple. « On injecte sous la peau de l'encolure 10 centimètres cubes de sérum liquide pour le cheval et les bovidés adultes, .3 à.u centimètres cubes pour le mouton, la chèvre et le porc. II est indiqué en généi al de pratiquer deux injections successives à dix ou douze jours d'intervalle. Chez les animaux porteurs de plaies persistantes, exposées à des infections renouvelées par le sol ou les fumiers, il est prudent de faii-e une troisième et même une quatrième injection. L'emploi préventif du sérum ne dispense pas du traitement des plaies. Les surfaces souillées sont l'objet d'un nettoyage aseptique rigoui'eux. Les corps étrangers sont enlevés avec soin ; leur séjour dans les tissus pourrait provoquer une infection tardive, après la disparition de l'immunité passagère conférée par le sérum » (1).