HISTORIQUE
Après avoir isolé le bacille do la dysonlcrie allemande, Krusc (1) poiirsiiivil à son tour la rocliorche d'un sérum spécHi(iuc : « Non pas, dit-il, un sérum anlitoxiqiie, cixv le bacille dysenlériiiue ne produit pas do toxine particulièrement active et l'évolution clinique de la maladie ne donne f^nièro l'impression d'une intoxication ; mais un sérum uni(iuement bacicricide, capable d'empêcher la reproduction rapide du microbe et de juguler l'infection ». Il immunisa diveis animaux par l'inoculation sous-cutanée de cultures vivantes, et obtint ainsi un sérum préventif et cuivatcur pour l'infection expérimentale du cobaye. Kruse applique aloi's le sérum à la dysenterie de riiomme : 100 cas traités donnent 8 décès, soit 8 p. 100, tandis que la mortalité habituelle des é[iidémies en Westphalie est de 10 à H j). 100. L'écart était évidemment minime; aussi pour mettre en relief la valeur du sérum, l'auteur s'attache-t-il à faire ressortir son action bienfaisante sur les symptômes douloureux, l'amendement rapide des troubles intestinaux et l'évolution en quelque sorte abortive de la maladie.
Shiga et Kruse immunisaient les animaux par l'inoculation sousciitanée de cultures mortes, puis vivantes. Leur sérum possédait certainement des propriétés antimicrobiennus, mais son efficacité, si réelle qu'elle fût, restait encore insuffisante, car la dysenterie ne se réduit pas à l'infection intestinale; elle est aussi une maladie d'intoxication. On sait, en effet, que la toxine extraite des corps microbiens détermine chez le lapin une maladie exactement semblable à celle que provoque le virus vivant; l'intoxicalion joue donc un rôle dans la pathogénie des lésions et des symptômes de la dysenterie. Dès lors, il était naturel d'admettre que, pour répondre aux indications d'un traitement rationnel, le sérum devait posséder aussi la propriété antitoxique. L'obtention de cette propriété devenait un progrès nécessaire.
Il avait paru établiquele bacille dysentérique ne produisait pas de toxine soluble à la manière des bacilles diphtérique et tétanique, du moins ne se trouvait-elle pas dans les milieux de culture liquides au moment oii le développement du microbe est achevé. Le seul poison connu était celui qu'abandonnent les microbes tués lorsqu'on les soumet à la macération, c'est-à-dire, suivant le terme usité, Vendoloxine dysentérique, laquelle tue le lapin à des fractions de centimètre cube. Cependant Todd (2), puis Rosenthal (3) constataient que par la filtration des cultures prolongées pendant un mois en
(1) KuLsn, Die BUitserumthuriipic bei ilor Dysentci-io (Dcutac/ic mcd. Woch., l'.)0;i).
(2) Toi)D, Sur line antiloxine tlyscntériquo (liritisli Med. ,/ourii., 1903).
(3) RosKNTHAi., La toxine dysentérique (Deutsc/ie med. Woc/i., 1903).
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milieu Lies alcalin ('l'ocld), ou trois semaines dans un l)Ouillon .Mai' lin l'aiblemcnL alcalin (Rosenllial), on ohlenaiL une toxine dont 0'^l sufliL à tuer un lapin adulLc;. l.'un et l'autre ont pensé que ce poison représentait la toxine soluble, excrétée par le bacille au cours de son développement. L'interprétation ne semble pas exacte. La végétation du microbe est rapide et courte dans le îiouillon ; elle se termine du quatrième au cinquième joui- et, à ce moment, la toxine n'existe pas d'une manière appréciable. Si elle apparaît par la suite, en proportion d'autant plus maniuée (jue l'attente se prolonge, c'est que, par le t'ait de la macération et de l'aalulijse, les cellules microbiennes abandonnent au liquide le pois(jn retenu à leur intérieur. L'endotoxine a été simplement mise en liberté.
Quoi qu'il en soit de cette question secondaire, on pouvait donc trouver dans les cultures vieillies une toxine très active. Todd l'injecte au cheval, à l'exclusion des cultures, et recueille un sérum netlement antito.xique (1) dont l'emploi chez l'homme n'est pas mentionné. Rosenthal, à Moscou, procède de même chez le chien : le sérum de cet animal n'est pas seulement antitoxique,, il préserve aussi contre la dose mortelle de virus vivant.
Dès lors, Rosenthal immunise systématiquement des chevaux par l'inoculation de toxine et de bacilles vivants, suivant une technique que Gabritchewsky (2) a fait connaître, et prépare ainsi un sérum aniimicrobien et anlitoxique dont l'emploi chez l'homme a été l'objet d'un compte rendu détaillé. Sur 157 malades traités par ce sérum, 7 sont morts, soit 4,;j p. 100. Au même moment, la mortalité était de 10 à H, 7 p. 100 sur d'autres sujets soumis aux médications usuelles. Les effets du sérum se sont montrés particulièrement frappants au début de la maladie ; presque toujours alors la maladie était jugulée en un ou deux jours; les épreintes et les coliques s'apaisent dans les di.x-huit ou vingt heures qui suivent l'injection, le sang et le ténesme disparaissent en même temps que les selles diminuent de fréquence et la guérison est complète. En résumé, dit Rosenthal, le sérum abaisse la mortalité de plus de moitié, abrège dun tiers la durée de la maladie, prévient le passage à l'état clironique et les rechutes.
Le sérum de Rosenllial a été utilisé avec succès dans les hôpitaux de Mandchouric pendant la guerre russo-japonaise (Ivorentcbewskv,
Rarikin).
(1) Par la suite, Todd coustalo la même propi-iétc antitoxique «laiis le sérum .l'un cheval iivaut uuiaucnuMU rc(;u dans les veines (les cultures .lu bacille (tysc.iténque. (") (iAimucHKWsKY, Cougrùs des Sociétés savantes, Moscou, 1903.