‹ Médicaments microbiensChapitre 83 sur 163 · CH. PORTER · texte numérisé non relu

CH. PORTER

Médecin .M:ijor, Pi'ofessoui' iigrégé du V,il-dc-Gr.1ce.

Le tei'me nosographique de dysenterie englobe des infections essentiellement difierentes malgré les apparences symplomatiqucs qui invitent à les confondre. Deux formes principales, bien distinctes par leur cause comme par leurs lésions, sont aujourd'hui définitivement disjointes, et cette connaissance importe à la pratique car les deux modalités de la maladie ne sont plus justiciables désormais du même mode de traitement.

L'une est due à un protozoaire pathogène, VAmœba dyseiiterix ou Entamœba histolyiica de Schaudinn dont la présence dans les selles fraîches se constate aisément par l'examen microscopique. Cette dysenterie, dite amibiemie, qui donne lieu à l'abcès du foie, est spéciale aux pays chauds; aussi, en France, l'observe-t-on uniquement chez les sujets infectés pendant leur séjour aux colonies, et, plus rarement, chez des personnes qui, n'ayant jamais quitté leur pays d'origine, ontpu se contaminer par cohabitation avec les précédents. Cette forme ne sera pas visée ; son traitement spécifique est encore à trouver.

L'autre, la dysenterie bacillaire, est pi'oduite par un microbe spécial, le bacille dysentcrique, répandu à profusion dans la muqueuse altérée du gros intestin et les déjections du malade; elle appartient à toute la zone des pays tempérés (1) et s'y montre fréquente sans jamais déterminer l'abcès du foie proprement dit. .lusqu'ici on ne connaît guère d'autre forme en In-ance, du moins comme maladie autochtone et susceptible de se répandre. Affection essentiellement estivale, celte dysenterie se manifeste par des épidémies plus ou moins extensives, d'où le nom de dysenterie ('pidémiquc qui lui est aussi donné ; elle est facilement transmissible, parfois très conla-

(1) La dysenterie bacillidre se i-encunlre aussi dans les régions cliandos ou li-0|,ic«les, <oncun-cmment avec la forme amil]iennc el, en certains points, comme aux Indes anglnises. aux

SÉROTHÉRAPIE DE LA DYSENTERIE BACILLAIRE. 'ifil

pieuse. Sa létlialilé, variahlc suivant les teiniis et les lieux, se montre souvent grande. On ne possôde pas de renseignements e.xacls sur la mortalité dysentéi'ique de la populalion civile en l'"raiu;e, mais il demeure notou-e que les épidémies annuelles .sont communes en diverses régions, notamment dans l'Ouest, et s'y mar(|ueMt souvent par une gravité excessive; il n'est pas exceptionnel, dans les épidémies de Bretagne, de voir la mortalité s'élever à 20, 50 et même 60 p. 100. .

Le bacille dysentérique a été vu en 1888, par Chantemesse et Widal. Après di,x ans d'oubli, Shiga (1) a nettement différencié ce bacille i18('8) et fourni la première preuve valable de sa spécificité en l'établissant sur la constance du microbe chez les dysentériques du Japon, son absence dans les selles des autres malades et surtout Tagglutination de sa culture par le sérum des sujets atteints ou récemment affectés de dysenterie, d'où le nom de bacille de Shigd qui lui est communément attribué. Les recherches ultérieures poursuivies en divers pays (Kruse, Flexner, Strong et Musgrave,Drigalski, V'aillard et Dopter) ont confirmé les observations de Shiga et mis définilivemenL hors de cause la spécificité de son bacille en démontrant que l'inoculation sous-cutanée du virus vivant ou de la toxine extraite des corps microbiens déterminait chez diverses espèces animales ^lapin, chien, porc) une dysenterie mortelle dont les symptômes etles lésions sontexactement ceux de la maladie humaine (2). A côté du bacille de Shiga, généralement considéré comme l'agent typique de la dysenterie èpidémique, on n'a pas tardé à en décrire d'autres, plus ou moins voisins et susceptibles comme lui de provoquer les symptômes de la dysenterie. Ces variétés, par trop multipliées aujourd'hui, peuvent essentiellement se ramener à deux groupes principaux : bacilles du type Shiga-Kruse, bacilles du type Flexner (Manille), lesquels se distinguent entre eux, mais par des caractères d'importance insuffisante pour justifier une séparation radicale : ce sont sans doute des races issues d'une même souche et dont l'étroite parenté, sinon l'identité, ne saurait être mise en doute (3). De même que le choléra i>eul être produit par des vibrions (luelque peu différenciés, de même la dysenterie èpidémique peut être provoquée par des bacilles dont certains caractères, non essentiels, varient suivant les régions où règne la maladie (4).

(I) SniOA, Ueber den Erregcr (1er Dysenterie in Japan (CVilfï-. f. linkl., ISOS). (-) V.Mr.i.ARD et DoPTKK. La dysenterie èpidémique (Aiai. Jii.if. i'a.ticur, l!IO:i).

Uottkh. La dysenterie bacilliiire (IliUletin Jiist. l'aslciir, 100(1). (i) Après iivoir minutieusement étudié 74 vnriétés de luicillcs <lysenlériques provenant de tous les pnys, Olino en arrive A cette conclusion que si lus uns se dislinguoiit des autres pur

238 V^A/LLAHD Et iJOPtBR.— SÈROTHÈRAl'tEANTtDYSENTÉUIQUH.

Le bacille, dysentérique est abondant dans les glaires sanguinolentes qui constituent les selles caractéristiques. Il se multiplie dans la mu(]U(Misc du gros intestin où sii'gent les allér'atinns : on l'y trouve aggloméré en îlots ou dispersé à peu près unil'orinément dans le tissu adénoïde et dans les tubes de Lieberkûlin. En dehors de l'intestin, le bacille ne se rencontre guère que dans les ganglions mésentériques. La dysenterie est donc une maladie inlcctieuse, localisée à la muqueuse du côlon, mais elle est aussi une maladie d'intoxication ; c'est la toxine sécrétée par la culture du virus dans la muqueuse atteinte qui engendre les lésions et les symptômes généraux propres à la maladie.

\. — Historique.

Dès le début de nos connaissances sur la nature microbienne d'une maladie parfois si redoutalile, les efforts se sont oi'ienlés vers la recherche de son traitement spécilique au moyen du sérum des animaux immunisés contre le virus.

Shiga (1), le premier, dès 1898, immunisa de grands animaux (chèvre, âne, cheval), par l'inoculation sous-cutanée des cultures mortes, puis vivantes du bacille qu'il avait décrit dans la dysenterie épidémique du Japon. Le sérum des animaux ainsi traités avait la propriété de prévenir et de guérir rinl'ection expérimentale. Injecté vingt-quatre heures avant le virus, il préserve la souris et le cobaye contre une dose cinq fois j-nortelle introduite dans le péritoine. Intervenant de cinq à quinze heures après l'infection par la dose mortelle, ce sérum assure la survie des cobayes traités; mais s'il est retardé jusqu'à la vingtième heure, tous les animaux succombent. Encouragé par ces résultats, Shiga appliqua ce sérum à la maladie de l'homme : 298 dysentériques furent exclusivement traités par le sérum à la dose de 20 à 50 centimètres cubes; 31 succombaient, soit 10,8 p. 100. Or, 251)9 dysentériques soumis aux médications usuelles avaientdonné 9b7 morts, soit 3:j,4 p. 100. La mortalité était donc diminuée de plus des deux tiers. Shiga résumait ainsi les effets du sérum chez l'homme : diminution immédiate et rapidement progressive du nombre des selles et du sang qu'elles contiennent, apaisement brusque de tous les symptômes douloureux, cessation de la fièvre, amélioration de l'état général, rapidité de la guérison.

C'est donc à Shiga que revient le mérite d'avoir établi les bases de la sérothérapie antidysentérique.

leurs caractères fermentnlifs à l'égard de la maniiilo, tous cependanl doivent être rangés en un groupe unique'(lnstitut pour les maladies infeclleuses, Tokyo, 1906). (t) Shiga, Études sur la dysenterie épid. au Japon (Ocutsche mcd. Iloc/i., 1901).

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