Médine
Après avoir pris part aux travaux et aux périls de l'arîTîée d'Afrique, je viens vous faire hommage d'un livre qui, sous son titre moileste, ne sera peut-être pas inutile à la colonie que vous fondez pour la gloire et la prospérité de la France.
Les idées, pour se populariser et entrer dans le domaine des masses, doivent s'infiitrer lentement dans toutes les classes de la société, et ne pas se borner l\ quelques éclats retentissants.
La guerre d'Afrique prouve ce que j'avance
Certes le nom des princes, des gouverneurs, des généraux, des officiers et des soldais qui ont conquis l'ancienne régence algérienne, se sont popularisés en France. Leurs combats ont ému toute sympathie, excité l'enthousiasme et réuni lous les partis.
Mais CCS nobles exploits ont-ils fait connaître l'Afrique à la France ? les glorieux bulletins, signés des illustres de notre jeune armée ont-ils appris autre chose à la mèrepatrie que les victoires de ses enfants ?
Après quinze ans de conquête, demandez aux classes ouvrières ce que c'est que l'Afrique f
— C'est un pays où nous nous battons vaillamment, contre Abd-el-Kader, vous répondront-elles. Un pays où nous avons pris Constantine, et gagné la bataille d'isly, etc., etc., etc.
Voilà l'Afrique appréciée par la classe la plus nombreuse, voilà ce qu'on en sait, dans la classe qui fournit généreusement, cependant, ces contingents de jeunes soldats si braves sous vos ordres, monsieur le maréchal.
Est-on plus avancé, mieux instruit dans les cercles élégants, dans le monde, enfin !... — Non.
Interrogez les femmes, elles vous diront que l'Afrique est un pays barbare où l'esclavage est le tombeau de leur sexe, et où les hommes ont des visages sinistres !
En un mot, si vous ne vous adressez pas à une famille dont l'un des membres a intelligemment vécu en Afrique, vous n'aurez nulle part, dans le monde, une réponse satisfaisante sur les mœurs, la religion, le caractère et l'histoire des Arabes, sur les sites et les richesses de nos magnifiques possessions africaines.
Alger, sous ce rapport, est presque aussi loin de nous que Pékin! Maintenant, daignez renverser ma pensée. N'interrogez pas, racontez!... et vous serez avidement écouté. Chacun prêtera l'oreille, croyant entendre un conte merveilleux ; chacun sera séduit par les chaudes et brillantes couleurs dont le sujet, seul, chargera le récit... on vous poursuivra de questions, et vous aurez peine à vousexpli juer, d'où vient cette grande ignorance.
Elle vient : de ce que les bulletins ne peuvent parler au pays que de sa gloire.
Elle vient : de ce que l'on écrit sur l'Afrique, qu'en style de guerre et d'économie politique.
Je me résume :
Le peuple de Paris ne connaît l'Afrique, que par les crieurs publics et Franconi.
- in
Le monde ; que par l'éloquent pinceau de Monsieur H. Vernet.
La province ; que par le Moniteur.
D'où il est malheureusement aussi fâcheux que facile de conclure.
C'était donc un service k rendrç, que l'entreprise du livre dont j'ai l'honneur de vous offrir la dédicace, monsieur le maréchal.
J'ai voulu indiquer une route charmante k nos romanciers habiles et féconds ; j'ai voulu les conduire en terre sainte.
Qu'ils abandonnent, pour quelque temps au moins, ces histoires de rues et de ruelles, de tavernes et de salons où les laureties, sont des duchesses, ou les duchesses sont des laurettes, histoires où leur imagination lassée ne fait des prodiges que pour glaner.
Qu'ils mettent leur plume au service de la société, bien plus, au service du pays, en racontant les intéressants épisodes qui les attendent, des cîmes de TAtlas aux bords de la Méditerranée. Qu'ils ne laissent pas ce travail aux faiseurs obscurs, ils blaseraient le public sur un sujet trop fertile, mais qu'ils mettent, eux-mêmes, la main à l'œuvre, et la conquête servira aux lettres, comme à la pein ture, comme à l'épée.
Alors la colonie sera populaire. Les familles charmées par les pompes du poète, du conteur et du voyageur, tourneront, peu à peu, leurs regards vers le beau ciel d'un pays tant vanté; alors, les immigrations auront lieu de toute part, et nos possessions d'outre-mer, seront, au loin, peuplées.
Car, dans ce temps d'intérêts matériels, et d'industrie infatigable, il faut des réclames continuelles, des annonces quotidiennes, afin de mener à bout la plus mince
entreprise.
Or, l'armée a entrepris, au nom de^la gloire nationale,
de fonder une colonie magnifique en Algérie. L'année ap-