SCENE IV
DORIVAL, FIRMIN, D. Ah! vous voilà? j'allois chez vous, mon cher confrère.
F. Chez moi! D. Pour vous parler F. De quoi?
D, D'une misère; J'avois vraiment besoin de vous voir, cher Firmin. On vouloit nous brouiller. F. Nous! D. Le fait est certain.
Soyez franc. Vains efforts, ou du moins, je l'espère;
Mon amitié pour vous, grâce au ciel, est sincère.
Aussi, quand ce matin Laroche, en étourdi.
M'accusa, Dorival se montra votre ami.
F. Quoi! Laroche ... D. 11 m'a fait la plus afifreuse scène.
F. n se voit sans état: vous concevez sa peine.
D. C'est un ingrat! Après ce que pour lui j'ai fait,
C'étoit pour vous servir, dit-il, qu'il agissoit.
11 vous servoit foi*t mal, en cherchant à me nuire;
Vous rendre heureux, voilà tout ce que je désire.
Mais comme je connois bien mieux que lui vos goûts,
J'avois déjà formé certains projets sur vous.
Je le sais, le fracas des bureaux vous ennuie,
Et de Paris enfin vous n'aimez pas la vie.
Vous serez satisfait de mes arrangemens.
Je vous assurerai de bons appointemens.
Ainsi, sur votre sort aucune inquiétude.
Cependant vous vivrez dans quelque solitude,
Moi, je vous enverrai de l'ouvrage là-bas.
Vous aimez le travail, vous n'en manquerez pas.
F. Mais comment! D. Ce projet n'est encor qu'en idée;
La chose de long-tems ne sera décidée.
Heureux qui vit aux champs! Pour ma part, je gémis
De me voir retenu par ma place à Paris,
Esclave du grand monde, en but à l'injustice.
Aussi d'un bon parent j'ai cru remplir l'office.
Tantôt en renvoyant sans délais au pays.
Un cousin qui vouloit s'établir à Paris.
Cher cousin! J'ai payé les frais de son voyage;
Ne vaut-il pas bien mieux vivre obscur au village,
Que végéter ici . . . F. Comme vous, je le croi.
Quel motif, s'il vous plaît, vous conduisoit chez moi?
D. Mais des vrais sentimens d'un confrère que j'aime,
Avant tout, je voulois m'assurer par moi-même.
Puis, vous m'avez aidé déjà plus d'une fois.
Je suis loin de cacher tout ce que je vous dois.
Pour correspondre à tout, ma place est si cruelle! . . . .
L'oi^anisation de mes travaux est telle . . .
Pour y suffire, il faut ma tête, en venté.
Vous êtes bien content da ministre? F. Enchanté.
D. C'est-là ce qui s'appelle un ministre capable!
Ma foi, sans lui le mal étoit irréparable!
Tout n'est pas bien encor, je lui disois tantôt:
Vonlez-vons qu'avant peu tout marche comme il faut,
Que présenté par vous, un mémoire sévère
Trace au gouvernement ce qui lui reste à faire.
Dans nos projets, il est entré fort vivement.
Et veut que cet écrit soit fait incessamment.
U m'en avoit chargé; mais le détail immense
De ma place . . . D'honneur, je frémis, quand j'y pense.
F. Et sur moi, vous comptez, n'est-ce-pas? D. Oui, ma foi.
F. Vous ne pouviez pas mieux vous adresser qu'à moi.
D. Je le sais. F. Des erreurs de l'ancien: ministère,
Long-tems dans nos bureaux le témoin oculaire,
Au lieu de me borner à d'impuissans regrets,
Confiant au papier mes chagrins, mes projets,
Je me trouve avoir fait dès long-tems votre ouvrage.
Je ne prévoyois pas quel en seroit l'usage;
Mais n'importe, au milieu de mon affliction,
Ce ti'avail me servoit de consolation.
D. Quoi, vraiment? F. Voulez- vous que je vous abandonne
Mes papiers? D. Volontiers. La rencontre est fort bonne.
F. Ils sont en mauvais ordre. D. Eh mais c'est 'bien le
moins
Que pour les arranger je prenne quelques soins;
Dès ce soir le ministre aui*a notre mémoire.
Et je vous nommerai; vous en aurez la gloire.
F. De ce point, entre nous, je suis peu curieux.
Etre utile, voilà l'objet de tous mes vœux.
D. Digne et brave Firmin, personne n'apprécie
Mieux que moi vos talens et votre modestie.
Ah, ça, vous allez donc m'apporter .... F. A l'instant.
Attendez-moi; je vais . . . D. Allez, je vous attends.
F. Mon fils que j'apperçois vous tiendra compagnie;
Mais avec lui, gardez le secret, je vous prie.
B. Hé pourquoi? F. Pour raison. D. Vous le voulez?
Fort bien;
Cela me coûtera, mais je né dirai rien.
{Firmin sort.)
D. (seul) Pauvre homme! il craint, je crois, que son fils
ne le gronde.