LES PRÉCÉDENS, ARISTE
A. Dorival avec vous! Vous me le dérangez.
De quelciue bagatelle encor vous le chargez?
MD. Voilà mon fils. D'abord il se met en colère. A. Cet ouvrage important et pressé qu'il doit faire? D. (remeltanl le mémoire à Arts le.) H est fait; le voicL
A. Déjà! D. Croyez au moins Qu'à cet écrit j'ai mis et mon tems et mes soins. A. Mais comment? D. Les erreurs de Pancien ministère M'ont causé trop souvent une douleur amère . . . Mes regi-ets n'ont été ni stériles ni vains. Au papier confiant mes projets, mes chagrins . . . Je me trouve avoir fait dès long-tems cet ouvrage; Et de le publier j'aurois eu le courage . . . Quand le gouvernement enfin, mieux éclairé.
Vous choisit, et le mal fut bientôt réparé; 11 se trouve aujourd'hui qu'on peut en faire usage;
Il s'agissoit de mettre en ordre chaque page;
C'étoit, vous le sentez, l'affaire d'un instant.
MD. Eh bien, mon fils, je crois que vous êtes content:
Ainsi vous vous trouvez tous deux d'intelligence;
Ce que vous demandez, il l'avoit fait d'avance.
A. Je vois, avec plaisir, que nous nous entendons.
Donnez, et dès ce soir, mon cher, nous l'enverrons.
(Ici Laure s'assied près du métier de tapissier et travaille. Madame Dorlis s'assied auprès d'elle, et lit sa romance.)
D. (à part.) Bon. Tâchons d'éloigner ce Firmin qui me gêne
Maintenant. {Baut à Ariste.) Excusez, je le dis avec peine;
Mais je crains que tantôt cette accusation
De Laroche sur vous n'ait fait impression.
A. Point du tout. D. Je l'ai craint. D'après ce qui se
passe.
Je vois que ce Laroche avoit promis ma place. J'ai fait le plus gi'and cas jusqu'ici de Firmin; Mais pour moi je commence à le croire un peu fin. A. Eh mais, vous me vantiez tantôt sa bonhomie? D. Mais à ces bonnes gens faut-il que l'on se fie? De pièges, d'ennemis je suis environné.
A. C'est à tort que Firmin par vous est soupçonné, J'en réponds. D. Comme vous j'aimerois à le croire. A. De Laroche en effet l'ingratitude noire Est faite pour vous rendre à ce point ombrageux: Mais s'il vous reste encor quelque doute odieux Sur Firmin, à l'instant, de votre erreur extrême Vous sortirez. D. Comment? fl. Vous l'allez voir lui-même.. D. Ici Firmin! A. Ici. Je me l'étois promis; Je l'ai vu. D. Bon. A. Il vient souper avec son fils. L- Son fils! MD. Charles Firmin? A. Ce jeune militaire Dont vous m'avez tantôt vanté le caractère.
Moi, je les ai priés à souper pour ce soir.
MD. Je me fais un plaisir de les bien recevoir. A. {à Dorival.) Vous n'êtes pas fâché de les voir. A. Au
contraire.
MD. Pour moi, d'après le fils, j'aime déjà le père; Et toi, Laure? L. Mais c'est aussi mon sentiment.
A. {à Dorival,) Vous vous expliquerez tous les deux
franchement.
D. Oh, l'explication est fort peu nécessaire: A bien dire, toujours j'ai cru Firmin sincère: Et si pour lui je fus injuste un seul moment. Je reviens avec joie au premier sentiment.
Pour moi, je suis certain que l'amitié l'anime . . . A. J'en ai la preuve; il a pour vous beaucoup d^estime, Et quoiqu'il ne me fût connu que d'aujourd'hui. J'ai vu qu'il méritoit . . . D. L'éloge que de lui Tantôt je vous ai fait. Voilà mon caractère, Et l'envie à mon cœur fut toujours étrangère. A. Il réunit bon sens, esprit et probité.
Et jamais on n'eut moins, je crois, de vanité. Quoi! sous le nom d'un autre il verroit son ou\a*age, Qu'il ne souffleroit pas. D. Vous croyez? A. Je le gage. MD. Son fils, sur cet article, est un peu différent. L. C'est un jeune poëte, impétueux, ardent.
D. A d'autres, celui-là laisseroit-il la gloire De ce qu'il auroit fait? L. Oh! j'ai peine à le croire. A. J'aime à voir cette ardeur dans un jeune guerrier. 0. Mais, oui, cela promet. A. En sachant employer L'un et l'autre à propos, ils seront fort utiles. D. Il m'est doux de vous voir chercher les gens habiles. A. C'est mon devoir. D. Sans doute. (Bas à Mad, Dorlis)
Un mot. Vous le vovez, On craint que du travail vous ne me dérangiez. Si ce soir, par hasard, on chante ma romance. Ne me nommez pas. MD. Non. D. Même, lorsque j'y
pense.
Si je priois quelqu'un de la société De s'en dire l'auteur, pour plus de sûreté?
MD. Comment! vous souffririez qu'un auti'e en eût la
gloire?
D. C'est un rien. A. Je voudrois parcourir ce mémoire. Mais on vient: ce sont eux.