DORIVAL, LAROCHE
D, (se croyant seul.) A mes vœux tout succède. Un chagrin inquiet cependant me possède.
Je ne tiens rien encore; et le père et le fils Sont là prêts à m'ôter ce que l'on m'a promis. Les éloigner . . . comment? Ariste irréprochable!
On ne gouverne point un homme raisonnable, Qui n'a rien à cacher, aucuns ménagemens A garder; ainsi donc aucun besoin des gens.
Ne lui pouiTai-je enfin trouver quelque foiblesse? L. (approchant.) Bon, j'y suis. D. Ah, c'est vous? L. Moimême, qui confesse Que j'ai des torts. D. Ha, ha! L. Que je sens d'autant
plus Que j'ai fait contre vous des efforts superflus. D. C'est fort heureux vraiment. Votre langue ennemie S'est déchaînée avec assez de pei-fidie.
L. Il est trop vi'ai; je n'ose espérer mon pardon. D. Ah, fort bien; le malheur vous fait changer de ton. L. Il faut que je renonce à cette grande place Que vous vouliez tantôt ici que j'acceptasse; Mais au moins, en faveur d'une vieille amitié. Ne me nuisez pas. D. Moi! L. Vous. Un peu de pitié. D. Mais . . . L. Comme j'ai quelqu'un qui pour moi s'intéresse . . .
D. Quelqu'un: c'est? L. Une Dame à qui Michel
m'adresse.
D. Michel! Vous connoissez ce valet? L. Oh, fort peu. Mais comme on a donné ma place à son neveu, Il cherche à m'obliger. D. Cette dame est parente D'Ariste apparemment? L. On dit qu'elle est charmante; Qu'il fait chercher pour elle un logement . . D. C'est bon. Je ne demande pas tous ces détails . . . Son nom? L. Je l'ignore. D. Fort bien. L, Michel le sait peut-être. D. Vous me croyez donc bien jaloux de la connoître? L. Je ne dis pas cela. D. Je ne veux rien savoir Là-dessus; c'est demain que vous deve^ la voir? L. Demain! D. Comme il paroît que c'est un gi'and
mystère . . .
L Oh! très-grand. Ainsi donc, songez bien à vous taire. D. Il suffit, brisons-là. Je ne vous nuirai pas ; Il est de mon destin de faire des ingrats:
Mais je vous aime encor, malgré votre injustice, Et je me joindrai même à votre protectrice.
Vous pouvez y compter. L. Oh! vous êtes trop bon.
D. Mais au moins que ceci vous serve de leçon.
L Oh! jamais .... D, C'est assez. L. (à part.) Il donne
dans le piège:
Comme on va vite avec tant soit peu de manège! Ainsi presque toujours, et je le vois trop bien,
La droiture en affaire est un mauvais moyen.
{Il sort) D. {seul) Allons trouver Michel. Ce que je viens d'apprendre, Ce que tantôt lui-même a su me faire entendre, Tout prouve qu'il s'agit d'un amoureux lien; Quel bonheur! Pour le coup, Ariste, je vous tien.
Fin du quatrième Acte.
mm