G. Parce que vous êtes rivaux; vous aimez tous les
deux Melle. Dorsigny. Monsieur est l'époux que son
père avait choisi; et vous, monsieur, vous êtes son
cousin et son amant: oh! nous sommes bien instmts. L. Vous vous trompez, messieurs.
DO. Sans doute, ce n'est pas moi . . .
CH. Messieurs, ne les croyez pas; ils veulent vous donner
le change, (à M, Dorsigny.) Mon cher maître, avouez
enfin qui vous êtes, et tâchez d'arranger une affaire
dans laquelle tous les torts sont de votre côté. DO. Comment, maraud, c'est encore toi . . .
CH. Oui, monsieur, c'est moi, et je m'en fais honneur;
j'ai rempli le devoir d'un serviteur fidèle, en allant
découvrir le péril qui vous menaçait.
DO. Messieurs, la vérité est que, bien loin d'êti'e celui
à qui vous en voulez, je suis son oncle.
1. G. Son oncle! allons donc, monsieur, nous savons trèsbien que vous ressemblez parfaitement à M. votre oncle; mais nous ne serons pas dupes de cette ressemblance.
DO. Mais considérez-moi bien, je vous prie; quand il n'y aurait que ma penuque, mon neveu porte ses cheveux.
1. G. £h! vraiment, monsieur, nous savons dans quelle intention vous avez pris le costume de votre oncle. Le tour était fort ingénieux; il n'a pas réussi, j'en suis fôché.
DO. Mais, monsieur, écoutez, au moins . . .
1. G. Ëhl monsieur, si nous écoutions tous ceux que nous sommes chargés d'arrêter, nous n'arrêterions personne. Voulez-vous bien vous donner la peine de me suivre? la chaise de poste est à la porte, et nous attend.
DO. Comment! la chaise de poste?
1. G. Oui, monsieur, vous avez quitté votre garnison sans congé; voici des ordres qui m'eiyoignent de vous faire partir sur-le-champ, et de vous conduire à Strasbourg.
DO. Et c'est encore ce scélérat-là! Ah! quel coquin!
CH. Oui, monsieui*, c'est encore moi. Vous savez bien que c'est contre mon avis que vous avez quitté Strasbourg sans congé.
DO. Je ne sais qui me tient ....
1, G. Monsieur, modérez- vous, de grâce.
CH. Messieurs, retenez-le, je vous en prie. Eh! bien donc, donnez-vous milles peines pour obliger des ingrats. Je vous sauve la vie, peut-être, en vous épargnant ce maudit duel, et vous me tueriez pour récompense, si ces messieurs n'avaient la bonté de vous retenir.
DO. Quel parti prendre, Lormeuil?
L. Pourquoi ne pas vous réclamer des personnes qui vous connaissent?
DO Et à qui diable veux-tu que je m'adresse ? ma femme et ma fille sont sorties, ma nièce est du complot; ils ont ensorcelé tout le monde.
L. Il faudra bien partir, si ces gens-là ne veulent pas entendre raison.
DO. C^est pourtant bien désagréable . . .