‹ Méditations chrétiennes. Avec une introd. et des notesChapitre 3 sur 42 · II. — Malebranche · texte numérisé non relu

II. — Malebranche

Malebranche est ne le 5 aout 1638. Il jut baptise le meme jour a Veglise Saint-Merry et il y regut le prenom de Nicolas, deja porte

MALEBRANCHE

par son pere, un de ses freres et un oncle. Ses parents appartenaient a des families de parlementaires bien connues. Les documents officiels font preceder le nom de Malebranche de la particule el Von a une description de leurs armoiries. Le pere du philosophe avait ete tresorier des cinq grosses fermes sous le ministere du cardinal de Richelieu, et il termina sa carrier e comme Secretaire du roi. Sa mere, Catherine ou Marie de Lauzon, etait la soeur d\m conseiller d’Etat, ancien vice-roi du Canada et intendant de Bordeaux. L'oncle Nicolas Jut secretaire ordinaire de la reine et fermier general de Veveche de Meaux. La tradition familiale parait d’ailleurs avoir ete continuee avec distinction par ce frere aine de Malebranche qui entra au Parlement de Paris.

De ses premieres annees, jious ne savons a peu pres rien. II etait le dernier d'une maison de dix ou treize enfants — les temoignages ne sont pas accord — et sa sante donna immediatement de Vinquietude d ses parents; a Vdge de trois ans, il avait rendu plusieurs pierres et on avait ete oblige de le tailler. Aussi ne fut-il pas envoye au college comme ses freres ; il fit ses humanites avec un precepteur et il passa sa jeunesse aupres de sa mere, femme ties pieuse , parente de Mme Acarie. C'est seulement en 1654, au moment de commencer sa philosophic, quHl entra au college de La

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NYU

Marche , pres de la place Maubert , par consequent d faible distance du cloitre Notre-Dame , ou il habitait. II y resta deux annees , Jans la classe d'un professeur en renom , iVf. Rouillard , qui jut plus tard Recteur de FUniversite de Paris. II suivit ses legons sans conviction , ei ?a philosophic des ecoles lui laissa pour tout benefice un bonnet de maitre es arts.

Le jeune Malebranche neut pas a chercher sa voie. II etait de ceux qui n'ont pas a choisir , parce quails ont ete choisis. Une vocation comme la sienne ne commit ni date ni crise : il jut d'Eglise , parce que , selon le mot de Fontenelle, la nature et la grace Vy appelaient egalement. Une fois maitre es arts , il prit done le chemin de la Sorbonne , ou, il suivit pendant trois ans , de 1656 d 1659, les cours qui conduisent au baccalaureat. La theologie ne fit pas sur lui une impression plus forte que la philosophie. Et pourtant , c’ etait Fere des grandes querelles : le docteur Arnauld venait d'etre condamne ; les Petites Lettres de Louis de Montalte se succedaient sans arret. Mais Malebranche ne s'interessait guere a ces chicanes.

Il n'est pas entre dans FEglise pour devenir un Docteur : il a ete appele non pour disputer , mais pour prier. Il ecrira dans les Meditations qu'il ne faut point de vocation particuliere pour quitter le monde , mais seulement pour demeurer au milieu des perils du siecle : c est l experience

de sa jeunesse qu'il faut lire dans ces lignes. Malebranche n a jamais entendu d’autres voix que celle du Verbe qui lui crie : « Fuis , mon Fils , fuis jusque dans les deserts, si tu veux que je parle familierement a ton coeur » (1).

Malheur eusement un malade ne peut fuir dans les deserts... Apres la mort de ses parents, au printemps de Vannee 1658, son oncle, M. de Lauzon , chanoine de Notre-Dame, pensait qu'un bon canonical lui conviendrait : le ref us du jeune homme lui montra qudl fallait chercher plus loin du monde encore, et il le conduisit a VOratoire. La, il trouverait un asile de priere et de paix, oil la vie serait aussi rude que sa sante le lui permetlrait et ou il resterait toujours libre de s’en aller si la maladie Vy contraignait.

La Congregation de VOratoire de Jesus, fondee par Pierre de Berulle en 1611, acceptait toutes les vocations, celle de Verudit comme celle du philosophe, celle du theologien et celle de Vhistorien, celle du predicateur et celle du meditatif, celle du professeur et celle du pasteur; mais, quJl enseigne dans un seminaire ou un college, qu’il preche a la Cour ou quAl soit a la tete d une paroisse, qu'il soit ecrivain ou 6veque,Voratorienestavant tout pretre de Jisus- Christ : il sait que le pretre supreme est le

(1) Meditation XX, §§ IX et XVI.

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Christ , que le Fils de Dieu mdrite ce titre et par son sacrifice sur la Croix et par V office quHl accomplit dans le del jusqu’d la fin des siicles : aussi sa vie est-elle un continuel effort vers une imitation toujours moins imparfaite de Jesus-Christ. Tel etait le message apporte par Berulle d un clerge trop souvent ignorant , peu zele , et qui ne paraissait plus vivre sous le signe de VEsprit.

Malebranche est entre a FOratoire le 18 janvier 1660. II passa d'abord un an a V Institution, maison de noviciat qui se trouvait faubourg Saint- Jacques ( aujourd’hui rue Denfert-Rochereau , Hospice des Enfants assistes). II fit ensuite un sejour de quelques mois a la maison de Saumur , Notre- Dame des Ardilliers , et a la fin d’octobre 1661, il revint d Paris a VOratoire de la rue Saint-Honore , oil il fut ordonne le 20 septembre 1664. Il y resta jusqu’a sa mort, le 13 octobre 1715.

La vie de Malebranche est tout entiere vie interieure, et sa biographic a' est que Vhistoire de son esprit. Vie passionnee — mais Vobjet de sa passion est la verite. Vie pleine d aventures — mais les heros de Vaventure sont le grand Arnauld , Bossuet , Fenelon , des philosophes et des theologiens. Vie de combat — mais Vest le combat d’une dme contre un corps

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debile. Vie fervente — mais Vest la ferveur de Famine , de la charite et de Famour divin.

Des 1673, le P. Malebranche se debarrasse de ses biens , ne se reservant qu^une rente de 1.600 livres. Lorsque le prince de Conde lui donna un benefice , il le remit sur-le-champ a la Maison de la rue Saint-Honore , et lorsqiFen 1703 il devint Fheritier de son fr ere le conseiller , il renonca au profit de ses neveux a cette succession : « ,Pai assez de viatique , ecrivit-ifpour le chemin qui me reste a faire » (1). A FOratoire , il edifiait ses confreres par sa piete , son humilite et sa bonne humeur... Il s'amusait volontiers avec les enfants de la sacristie de Saint-Honore et il passait pour un des meilleurs joueurs de billard de son temps. Batter el raconte qiFun jour oil tous les Peres etaient assembles en attendant les vepres , il demanda qu'on lui montre Fillustre Pere Malebranche ; le philosophe, qui etait derriere lui , Fentendit et se presenta : « Oui, le voild, ce grand nigaud!»

Et ceci, au moment oil , selon F expression du P. Andre , ale nom du P. Malebranche retentissait dans toute F Europe ». Ses lecteurs — et il y en avait de tous lespays et de toutes les conditions — lui ecrivaient et venaient le voir. Une des lettres qui le toucherent le plus fut celle de la princesse Elisabeth , a qui Descartes

(1) Correspondance inedite, ed. Blampignon, p. 23.

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avait dedie les Principes de Philosophic : il y vit d’ailteurs moins un temoignage flatteur qiiun devoir de fair e mieux connaitre la religion catholique d cette cartesienne protestante. Lorsque le roi d’Angleterre , Jacques II, se refugia en France , il tint d rendre visite au philosophe de VOratoire. Fontenelle raconte aussi qu un officier anglais prisonnier se consolait de son malheur , parce quil avait toujours eu envie de voir Louis XIV et le P. Malebranche. En France, on lisait et commentait ses livres dans des conferences philo sophiques ou les femmes n'etaient pas les moins enthousiastes ; toutefois Mme de La Fayette resta toujours irreductible ; la romanciere ne lui pardonnait peut-etre pas ses traits contre V Imagination. Le grand Conde Vinvita d Chantilly oil il le garda pres de lui deux ou trois jours; au retour, Malebranche ecrivit tres simplement, ne pensant qua la conversion de son hole : « Le Prince m a fail mille honnetetes. Il aime la verite et je crois quil en est touche » (1). Enfin, lorsqu en 1699, V Academic des Sciences fut renouvelee, elle Vaccueillit et elle trouva en lui un collaborates tres assidu.

Et pourtant, au temoignage du P. Lelong, qui fut Lami des dernieres annees, Malebranche

(1) 18 aout 1683. Correspondance inedite. ed. Blampignon, p. 21.

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ne s’exempta jamais d'aucune pratique d’humi lit6; il servit d son rang au rifectoire, tant que ses forces le lui permirent ; il occupa avec bonne grace tous les emplois dont il Jut charge, celui de bibliothecaire jusqu1 en 1680, puis celui de maitre des ceremonies. Un historien de Malebranche pretend que ces dernier es fonctions etaient « essentiellement contraires a ses gouts'!) (1); c est oublier qu'd VOratoire on connait les gouts divins et que tout culte est un culte spirituel (2) \ nous lisons en tete d,un Office du maitre des ceremonies : « Il aura soin avant d'entrer en fonction de prendre quelque temps pour considerer attentivement par les yeux de la foi combien elle est sainte et honorable / il reconnattra sincerement qu'il est tout d fait indigne dy etre employe a cause de ses peches dont il tachera de se purifier par un acte de contrition ; il se donnera d Jesus- Christ pour bien entrer dans son esprit de religion , de recueillement , de modestie , de disposition necessaire pour honor er y entablement... » (3) Diriger les ceremonies a la chapelle ou ecrire les Meditations, c etait toujours adorer en esprit et en verite.

A la fin de l annee 1685, Malebranche fit partie d'une mission envoyee a Rouen et a Dieppe pour precher « les nouveaux convertis »,

0) Blampignon, Etude sur Malebranche, p. 26.

2 Voir M6d. XI, §§ IX el X.

(3) Archives Nationales. M. 215, n° 8.

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que la Revocation de VEdit de Nantes rendait au catholicisme. Sauf dans cette cir Constance , il ne quitta jamais Paris , que pour se retirer a, la campagne ; il aimait a s'isoler , surtout lorsqu'il avait un livre a ecrire ; il fit ainsi des sejours a Marines , pres de Pontoise , ou l Oratoire avait une maison , d Raroy dans le diocese de Meaux , au monastere de Perseigne dans le diocese du Mans oil il acheva les Meditations, a Villeneuve- Saint- Georges chez le President de Metz , a Juilly oil Von montre encore son arbre... Son plus grand voyage jut sans doute celui de 1688 lorsquil se rendit en Perigord chez son fidele ami , M. d? Allemans. En 1672, il par ait avoir serieusement envisage son entree dans une Trappe de V Abbe de Ranee ; sa sanie ecarta le projet , mais il y fit plusieurs retraites.

Comment ce meditatif , dont toute l ambition fut de devenir un pretre digne du Pretre celeste , comment fut-il conduit a publier dix volumes , d provoquer les plus forts disputeurs du temps, a mourir la plume a la main?

Tout vient de ceqidun jourle jeune oratorien , alors age de vingt-six ans, trouva par hasard chez un libraire L’Homme de Rene Descartes (1). La scene est bien connue : « Passant

(1) L’Homme de Den6 Descartes et un traits de la formation du foetus du mtoe auteur, avec les remarques de Louis de La Forge..., 1 vol. in-4°, Pans 1664.

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dans la rue Saint- Jacques, dit le P. Lelong, et demandant s'il ny avail pas de Hires nouveaux , dont il etait assez curieux , on lui presenta le traite de L’Homme, de Rene Descartes, que M. de Clerselier, grand cartesien, venait de donner au public. Quoique cet ouvrage posthume fut un des moindres de ce grand philosophe, la Methode de raisonner et la Mecanique quit y aperqut en le feuilletant lui plut si fort qu'il acheta le Hire, et le lut avec tant de plaisir qu il se trouvait de temps en temps oblige cT inter rompre cette lecture a cause des batlements de coeur qu'il lui prenait, tant il avait de plaisir en la faisant » (1).

Apres cette lecture, Malebranche veut connaitre les autres ouvrages de Descartes, puis ceux des cartesiens. Desireux de devenir un cartesien complet, il s' applique tout particulierement aux mathematiques , comme le conseillait son nouveau guide ,* il etudie la physique et dans les Hires et dans la nature; comme il etait tres adroit, il etait particulierement doue pour fair e des experiences; ail s'est tnele de la taille des verres, de la serrurerie , du tour d tourner », rapporte le P. Lelong, et on le voit aussi constituer un herbier, faire de la vivisection et surtout s'interesser a la vie des insectes.

(1) Cousin. Fragments, IV, pp. 473-474.

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Cette initiation cartesienne dura quatre ans. Vers 1668, le P. Malebranche se sentit en gout d'ecrire ; en L674, paraissait le tome premier de La Recherche de la verite. C'etait un veritable traite d'apologetique cartesienne. CS etait aussi le premier signe d'une philosophic nouvelle ou le problemc classique de la nature des idees etait resolu par la vision en Dieu. Cetait enfin une charge contre les fideles d’Aristote, depassant en vivacite et en ironic tout ce que Descartes s'etait permis ; le tome second , publie Fannie suivante, disait crument que la philosophic scolastique etait fille d^un pa'ien et que c’etait Id le grand scandale du monde chretien.

Descartes a done converti Malebranche d la philosophic, mais comme tant d'autres , cette conversion iFetait quune fidelite de Fame a elle-mime. Avant la rencontre de 1664, Malebranche ne pensait guere a devenir ecrivain, parce quHl n’avait rien trouve dans ses etudes qui lui parut digne dhccuper un chretien : pour un chretien, le temps est court, el il n’est pas trop de toute la vie pour se preparer d la mort (1). La philosophic du college et la theologie de la Sorbonne ne Tavaient pas conduit plus pres de Dieu, et pas davantage Vhistoire qu’il etudiait avec le P. Lecointe pendant son noviciat.

(1) Meditations, IX, § XXIV.

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et pas davantage Vhebreu et la critique des Livres Saints auxquels Vavait initie son jeune ami Richard Simon. De V enseignement philosophique et theologique de VOratoire, peut-etre retenait-il surtout ce qui favorisait son indifference. Le P. Bour going, deuxieme General de VOratoire , n* ecrivait-il pas aux professeurs de Saumur : « II faut que votre Theologie soit non seulement scolastique , mais vraiment ecclesiastique. plus fondee en Vhumilite de VEvangile qu*en la propre suffisance, et plus reque et conque par elevation et par onction divine que par speculation de notre propre esprit » ; et il la definissait : « une etude de piete et di’amour de Dieu » (1).

Le cartHsianisme rfa nullement change ses dispositions : il lui a appris qu’un chretien peut s'occuper de philosophic sans perdre son temps , autrement dit qu’ une philosophic chretienne est possible.

En definissant Vdme par la pensee et la matiere par Vetendue , Descartes a radicalement distingue les deux substances , et du meme coup , il a hbere la physique et la mctaphvsique. D^un cote, la physique des idees claires dissipe toutes ces antes animales, puissances, principes , etc..

(1) Archives Nationales, MM. 577. Ordres et deliberations du Conseil. 14 nov. 1654, feuille 20. Voir : H. Govhier , La Vocation de Malebranche, pp. 34-35. La Philosophie de Malebranche, pp. 9-10.

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dont les scolastiques avaient peupU la nature; le m6canisme se presente comme une conquete d la fois intellectuelle et industrielle du monde : au savant , il apporte un univers intelligible; a V artisan , un univers sounds. D'un autre cdt6, la philosophie nouvelle debarrasse Fame humaine des fonctions animales dont VEcole d'Aristote Vavait chargee en lui confiant le soin ^’informer le corps : elle rend a la metaphysique le sens de la spirituality , et elle rejoint cette philosophie de V esprit dont Saint Augustin avait pos$ les premiers themes.

Les premiers themes seulement... Saint Augustin savait ce qu'est une dme : il ignorait ce qu'est un corps. Faute d’avoir connu la vraie physique , il avait laisse subsister une nature paiienne d cote de sa metaphysique chretienne , et jusqu'au xvne siecle la seconde devait etre sans cesse compromise par la premiere. Alors Descartes vint... et avec lui les dernier s vestiges du paganisme out ete balayes : sa mission etait d'achever V oeuvre de spiritualisation commencee par Saint Augustin.

La mission du jeune Malebranche est de faire apparaitre en pleine lumiere V accord en esprit et en verite de la philosophie nouvelle et du christianisme. Jusqu’d ce jour , il n y avait pas et il ne pouvait pas y avoir de philosophie chretienne, parce que la raison et lafoi n' avaient pas suivi le meme rythme . Le Christ et les

Apotres avaient converti les cceurs, parce aue c'etait Id Fceuvre impossible aux seules forces de la creature : mais le progres de Vintelli gence est V affaire de Vhomme et ils avaient laisse Aristote debout , confiant les destinees de la philosophie a cette lumiere naturelle qui eclaire tout etre cree d Vimage de Dieu. Aujourd’hui Funite de la pensee chretienne est enjin assuree : comme le recommandait Saint Augustin , la foi peut chercher la raison et la raison pent chercher la foi : elles sont sures de se rencontrer.

C’ est pour dire ces choses (1) que Malebranche en 1674 publia La Recherche de la Verite ou Ton traite de la nature de l’esprit de l’homme et de l’usage qu’il en doit faire pour eviter l’erreur dans les sciences ; cest pour en montrer les developpements theologiques qu'en 1680 il ecrivit le Traite de la Nature et de la Grace; cest pour les defendre , les commenter , les rendre evidentes aux esprits les plus rebelles qu'il donna des Conversations chretiennes, un Traite de Morale, les Meditations et ces Entretiens sur la Metaphysique et la Religion de 1688, veritable Somme de sa pensee.

Toute philosophie est un acte de courage et Malebranche , comme les autresv dut en sup-

(1) Voir Med. XVIII, § -YE, sur le devoir de faire connaitre la verite.

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porter les consequences. La bataille commenga aussitot apres le tome I de la Recherche avec les critiques du chanoine Foucher sur la theorie des idees. Ensuite , Malebranche fut entraine par Louis de la Ville — le P. Le Valois , jesuite — dans la polemique ouverte depuis les Meditations de Descartes sur les difficultes cVaccorder la Transsubstantiation et la physique nouvelle. Apres le Traite de la Nature et de la Grace, cefut la querelle avec le grand Arnauld , querelle qui devait durer qualorze ans , jusqu'd la mort du theologien de Port-Royal : Arnauld ne comprit peut-etre pas Malebranche et Malebranche ne fit certainement aucun effort pour comprendre Arnauld. Bossuet ne reussit pas davantage d Vintimider , meme par cette semonce publique qiiil fit tomber sur lui du haut de la chaire en prononcant Voraison funebre de la reine.

On trouve aussi Malebranche centre Regis , cartesien qui avait attaque plusieurs propositions de sa philosophic et notamment la vision en Dieu. On trouve Malebranche mele d la dispute sur le quietisme , ce qui nous vaut le Traite de I’ Amour de Dieu oil il montre quil avail ete mis bien d tort parmi les allies de Fenelon. On le trouve encore, en difficultes avec certains Peres de la Compagnie de Jesus , et en 1715, six mois avant sa mort , paraissaient des Reflexions sur la' Premotion physique : Retail

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une replique au livre de Boursier , L ’Action de Dieu sur les Creatures, qui, selon V expression du P. Andre, « sonnait vigour eusement le tocsin sur le P. Malebranche ».

Malebranche n’etait pas querelleur, mais il etait philosophe ; ce n’est pas lui ni ses opinions qu'il defendait : il etait au service de la verite. Qu’on lui prouvat qu'il la trahissait, et il serait le premier a le reconnailre : lorsque Leibniz lui eut demontre ses erreurs dans les lois de la communication des mouvements , il en fit publiquement Vaveu, « avec autant de joie , dit son biographe , que s'il eut publie une decouverte ». Aussi lorsqu'a Vheure des dernieres meditations Vabbe de Marboeuf lui rappela sa polemique avec Arnauld et lui demanda s’il ne se sentait aucune peine la-dessus, d cette question le P. Malebranche garda un instant le silence, pour se rappeler toute sa conduite : apres quoi, levant les yeax au del vers le temoin de son innocence, il repondit que non ; rnais qu’il croyait qu'il etait avantageux que M. Arnauld V eut attaque, parce que cette dispute lui avait donne lieu d’eclaircir bien des verites , qu’il 6tait important qui fussent connues » (1).

(1) Andri. , Vie du P. Malebranche, p. 396-397.

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Apres la publication du premier tome de La Recherche, Malebranche lut avec indignation dans la Critique du chanoine Foucher qiiil avait mele la religion el la philosophie en parlant du peche originel , quHl avait cherche a toucher le cceur comme un predicateur charge a'enseigner la morale chretienne. « Je ne blame point sa piete en cela , ecrivait le chanoine , et je ne crois pas que ce soit une chose indigne d? un chretien de travailler sur ces sujets . Mais cela devait etre reserve pour des sermons. » (1)

La replique de Malebranche est particulierement interessante pour un lecteur des Meditations : « II y a dans cette critique de petites railleries qui font un contre-coup de pitie ; mais celle-ci pourrait faire un contre-coup d’’ indignation. Quil sache , unefois pour toutes , que si j'ai consenti que ce hvre parut , Fest principalement parce quHl contient les choses qu’ily co ndamne comme desenthousiasmes » (2).

Le chanoine Foucher s’etait trompe , ne voyant en Malebranche quun philosophe et dans La Recherche qu'une nouvelle variation sur des

(,lj situun Foucher, Critique de ia Recherche de ia veme ou 1’on examine en ineme temps une partie des principes de M. Rescartes, Fans ib/h, p. 33.

(■/) La reponse de Malebranche ce trouve dans la Preface au tome 11 de la Recherche. 1675.

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themes cartesiens. Malebranche etait philosophe parce que pretre , et lorsqu'il cherchait a conduire des fideles au Cartesianisme , il pehsait bien plus d la gloire de Dieu qu'd la gloire de Descartes. U arnitie du due de Chevreuse jut plus intuitive : dans La Recherche, Fapologetique chretienne etait conime diffuse dans Vapologetique cartesienne ; pourquoi ne pas essayer maintenant un genre d'ouvrage oil ce serait lapologetique cartesienne qui serait comme diffuse dans Vapologetique chretienne?

aDes 1676, etant a Marines, maison de VOratoire d trois lieues de Pontoise, il recueillit, a la priere de M. le due de Chevreuse , tous les principes de La Recherche de la Verite qui regardaient la religion , et en composa le livre des Conversations ebretiennes, en dix entretiens, ou il justifie la religion et la morale de Jesus-Christ. » (1)

Les Conversations chretiennes ne sont pas V expose theorique d’un professeur ; cest un traite pratique qui s’ adresse aux dmes et se propose (( la conversion du coeur » (2). Toutefois il n y a que la grace qui puisse toucher directement le coeur, et V office du serviteur de Dieu

(1) Temoignage du P. Lelong. Cousin, Fragments, IV,

p. 502. \ oir aussi celui de M. d'Allemans, ibidem pp. 474-475. '

(2) Tilre du 8e Entretien.

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est de preparer cette conversion en eclair ant l intelligence. La vie des antes , voila sans doute le seul probleme qui compte , mais c'est un probleme de verite.

L'apologetique de Malebranche est done une apologetique de la raison , et c'est celle qui repond aux besoins du temps present. Descartes a donne a ses disciples I'orgueil de V intelligence, la foi en la science, l' esperance d'etre des rois sur la terre : a ces homines qui parlent raison, il faut parler raison ; la mission du pretre est de benir au nom du Verbe cet orgueil, cette foi et cette esperance, qui ne sacrifient ni I'humilite du cceur, ni la foi en Jesus- Christ, ni la charite sans laquelle il n'y a plus d' esperance.

Ainsi, philosophic et religion ne sont qu'une meme chaine de v el ites ; le chretien eclaire la parcourt sans distinguer d' ou vient la lumiere : la metaphysique s'acheve naturellement en priere et la priere remonte vers Dieu lourde de metaphysique. Il semble que ce soit pour repondre a cette ferveur de Vintelligence que Malebranche ait compose ses Meditations.

L'histoire de cet ouvrage est difficile a suivre. Notre source la plus sure, sinon la plus precise , est un texte de Malebranche lui-meme ; il se trouve dans la premiere des Lettres a un de ses amis dans lesquelles il repond aux Reflexions philosophiques et theologiques de

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M. Arnauld touchant le Traite de la Nature et de la Grace (1).

Arnauld , commentant Z’Avertissement des Meditations, considere que les reserves de Malebranche n' excusent pas son procede : « Cette maniere extraordinaire de faire parler Dieu dans les Discours de Philosophie, est capable de surprendre bien des gens , encore me me qu’on les avertisse quon ne le fait pas pour les surprendre. Le respect quon a pour Dieu nous donne une grande pente a prendre pour vrai ce quon nous dit de sa part, ou plutot ce que Von feint nous etre dit par sa Parole eternelle » (2). Or void la reponse de Malebranche : « Dieu rn'est ternoin que je iCai point fait les Meditations chretiennes pour surprendre la Religion des Lecteurs en faveur du Traite de la Nature et de la Grace. Les quatre premieres ont ete composees plusieurs annees avant ce Traite. Et Pest parce que j'avais juge que cette maniere d'ecrire tLetait pas du gout de certains esprits , que favais abandonne cet Ouvrage. Sifai pris la resolution de le continuer, Pest qu’on nLy a exhorte ; c est que j ai eprouve que cette maniere d'ecrire m'edifiait et que fai cru qu'elle serait

(1) Rotterdam, 1686. Recueillie dans le Recueil de toutes les reponses du P. Malebranche a M. Arnauld. Paris, 1709, au tome III. Le iexte en question est aux pp. 25 elsuiu.

(2) Arnauld. Reflexions philosophiqucs, etc. Tome 39 de V edition de Lausanne, p. 169.

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propre a Gdijier les autres. Je le repute. Dieu m’est temoin de ce que je dis. Et j’espere que par sa grace , de tous les ouvrages que j’ai faits , cclui-ld sera le plus utile a tous ceux qui le liront dans le meme esprit que je Vai compose. »

Bien qu’il ne le cite pas , tel est le texte que le biographe de Malebranche a utilise dans les deux passages oil il raconte la genese des Meditations (1). II y ajoute pourtant une importante precision : Malebranche nous dil que le livre a ete compose en deux fois , qu’il fut conqu avant le Traite de la Nature et de la Grace, et que les quatre premieres Meditations furent ecrites avant cette date , c’est-d-dire avant 1680; le P. Andre ajoute que, frappe par le succes des Conversations chretiennes, il resolut de mettre les memes verites sous une forme qui les rendit encore plus edifiantes, et que « les quatre premieres etaient achevees sur la fin de 1676 » (2).

Ainsi, aussitot apres la publication des Conversations et sans doute dans le meme esprit apologetique, Malebranche aurait entrepris ces Meditations, et plus tard il avouait

(1) P. Andre. Vie de Malebranche, pp. 32 et 99.

(2) Ibidem, p. 32. M. d'Allemans dit que « les huit premieres » furent faites « longlemps avant les autres ». ( Cousin . Fragments. IV, p. 475.) Le P. Lelong parail dire qu'il avait acheve les huit premieres en 1679. (ibidem. P. 504.) Assez embarrasse, le P. Andrd ecrivit a un ami de Malebranche, M. de Marbceuf. (Ibidem, p. 223.) Esl-ce d'aprts sa reponse qu'il s' est decide?

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au P. Lelong quHl les avait alors « prodigieusement travaillees » (1); puis , pris dhm scrupule, il aurait renonce a son ouvrage. Or il est assez curieux de constater que le P. Lelong na pas trouve cette explication vraisemblable. Historien de son metier , le P. Lelong se mefiait avec raison de V imagination du P. Andre , et non content de travailler a la documentation de son livre , il en revit soigneusement une copie ; cette copie annotee se trouve a la Bibliotheque de Troyes (2), et en face des passages (3) ou le P. Andre invoque le scrupule de Malebranche, le P. Lelong a ecrit :« Raison inventee par F auteur » (4). Il tient d’ailleurs a son opinion , car plus loin il renouvelle ses reserves : « Nous avons dit, lit-on chez le biographe , qu'en 1676 il avait commence Vouvrage de ses Meditations Chretiennes, et les raisons pourquoi il les avait abandonnees » (5). « Elies sont supposes » (6), lit-on en marge. Ce temoignage du P. Lelong ne vaut pas contre le temoignage de Malebranche lui-meme ; toutefois il nous invite a penser que Malebranche avait peut-etre donne a, son ami d’autres raisons, sa fatigue par

(1) Ibidem, p. 100 et n. 1.

(4) P. 15 du mst de Troyes.

(5) Vie du P. Malebranche, pp. 98-99.

(6) P. 34 du mst de Troyes.

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exemple , et que de toutes manieres il ne lui avait jamais parle de ce scrupule.

En renongant a continuer ce dialogue avec le Verbe , Malebranche ne renongait pas a son dessein de presenter sous une forme edifiante les verites de la philosophic chretienne. « II se contenta alors , dit le P. Andre , de composer de petites meditations , suivant sa methode ordinaire » (1). Ce sont huit considerations suivies de huit elevations, qui developpent les grands themes de sa metaphysique : « Uhomme est si peu de chose , lit-on dans Z’Avertissement, quil suffit de le connaitre pour le mepriserv; Malebranche se propose done de nous le presenter , et il le considere sous trois aspects :

1° De Vhomme considere comme creature ;

2° De Vhomme considere comme fils d'un pecheur ;

3° De Vhomme considere comme pechcur.

Apres avoir considere sa nature d la lumiere de la vraie philosophic, Vame s’eleve en s’humiliant : elle recommit son neant , elle honore Dieu , et elle demande de partager la Croix du Christ.

Ce petit livre procede evidemment des memes intentions que Vouvrage inacheve ; il traite des

(1) Vie cle Malebranche, p. 32.

MALEBRANCHE

merries sujets et Yon pourrait etablir quelques concordances approximatives : la 3e consideration des petites Meditations correspond a la lre des grandes , la 4e a la 5e, la 2e a la 6e. Remarquons que cet opuscule ne porta jamais le titre de Petites Meditations, bien quelles soient communement appelees ainsi ; Malebranche les baptisa Meditations sur 1’Humilite et la Penitence, et il les fit suivre de quelques pages , L’adoration en esprit et en verite.

En ecrivant ces tres courts traites , l intention de Malebranche etait , selon le P. Andre (1), de mettre un appendice aux Conversations chretiennes. En fait , a partir de 1685, il a publie ses petites Meditations d la suite des Conversations, mais en 1677, « quelques personnes ayant souhaite quil les fit imprimer a Paris , il y ajouta des considerations pour tous les jours de la semaine avec deux excellentes prieres »(2 ),ileut ainsi un petit recueil de piete , et le P. Lelong precise : il Vaccorda a Yimportunite de la femme d'un libraire , Roulland , qui lui avait autrefois fourni des livres (3). On y trouvait done (4) :

(2) Ibidem, p. 34.

(3) Ibidem, p. 35, n. 1.

(4) Paris, Roulland, 1677. Edition inlrouvable. — Une autre edition fut faite a Paris, chez Michel David en 1715 : un seul exemplaire esl connu; il esl a la bibliotli&que de V Arsenal. — En 1915, le P. Ingold en fit une riedilion, chez De Gigord; elle esl epuisee.

INTRODUCTION

1° Meditations sur l’Humilite et la Penitence ;

2° L’adoration en esprit et en verit6;

3° Quelques considerations de piete pour tous les jours de la semaine.

Cest en 1682 (1) que Malebranche reprit son grand projet ,* il en a dit les raisons a Arnauld * ses amis Pont exhorts a continuer ce travail commence , personnellement il y trouvait un profit spirituel , et par suite il esperait le meme benefice pour ses lecteurs. Ajoutons que Malebranche a publie le Traite de ia Nature et de la Grace d la fin de 1680 : il suit que son Supirieur General , le P. Abel de Sainte-Marthe , ne lui est pas favorable ; il sail qu Arnauld prepare une reponse\ il sait enfin que Bossuet est tres hostile a sa nouvelle theologie; il a done le devoir de se faire mieux comprendre , de developper ces principes quil a du resumer dans les courts paragraphes du Traite, et surtout d'en montrer la valeur chretienne.

Cest a Vabbaye de Perseigne quil achevu son livre (2), et a son retour, il le remit d des amis pour qiPils prissent soin de sa publication.

m Andre. Vie de Malebranche, p. 99.

(2) D'apres le P. Lelong, e'est la au conlraire qu il Vaurait commence, et il Vaurait termini & Raroy. ( Cousin . Fragments, p. 504.)

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Apres le Traite de la Nature et de la Grace, il ne fallait meme pas songer a solliciter un privilege (1); or, il arriva « par hasardv, dit le P. Andre, qiiune copie tomba entre les mains de Walther de Strevesdorf, suffragant de Mayence sous Ze, nom d'eveque d’Ascalon : il fut si charme par sa lecture qu’il voulut lui donner son approbation et meme qu’il le confia au Censeur des livres de Mayence. Les amis de Malebranche avaient irouve un imprimeur aux Pays-Bas, et voild comment Vouvrage du philosophe frangais, orne de V approbation de V eveque d' Ascalon, honore du temoignage du Censeur des livres de Mayence, imprime en Hollande sur les presses de M. Blaeu (2), parut en mai 1683 (3) sous le signe de Baltasar d’Egmond et Compagnie a Cologne.

L'kistoire du livre commengait seulement... Trois mille exemplaires etaient imprimes et les ballots passaient dejd la frontiere a destination des libraires de Paris et de Rouen, lorsque les Parlements de ces deux villes furent alertes. A Paris, les exemplaires furent saisis

(1) Andre, p. 101, el p. 35 du mst de Troyes, lemoignaye du P. Lelong.

(2) Lettre de X..., a Malebranche. Paris, 16 juillet... (sans doule 1683). Corresp. inedite, ed. Blampignon, p. 75, et Lettre de Reinier Leers au P. Malebranche, Ibidem, p. 127.

(3) « A oeine les Meditations chretiennes sonl-elles imprimees ; elle ne S’ etaient pas le 15 avril. » Lettre de Malebranche, 2 mai 1683. Corresp. inedite, p. 10.

INTRODUCTION

NLI

par arret de la Cour (1). A Rouen , les libraires se remuerent tant quails obtinrent main-levee pour mettre ceux-ci en rente, moyennant une approbation quails avaient eue de deux grands vicaires (2) ; mais cette combinaison avait ete machinee en V absence du Premier President , et d son retour, il donna un arret, par lequel il etait ordonne de remettre les exemplaires d la garde Pun huissier du Parlement , jusqua la concession Pun privilege royal. Le P. Andre attribue a Bossuet Valerte des Parlements et aux amis PArnauld la severite du Premier President de Rouen. Dans ses lettres de cette epoque, Malebranche est beaucoup moins precis : « J’ai quelque partie secrete, ecrit-il, et je ne

(1) Lettre de X... au P. Malebranche. Paris, 16 juillet... ( sans doute 1683) : « J' arrive a neuf heures du soir de chez le syndic des libraires oil j'ai vu, avec un extreme chae/rin, un ordre de \t. le Chancelier, par lequel il lui com nande de faire rechercher et saisir partout les Meditations Chretiennes, et de mettre a V amende les libraires qui oseroni en avoir, el en faire venir chez eux, apres la defense signifiee. J'ai rencontre chez ce syndic le sieur Thierry, qui etait revenu de Hollande le jour precedent. Il m'a dit que les Meditations chretiennes etaient loutes vendues a un libraire de La Haye nomme Moukens, lequel en avait deja debite une grande partie dans la Flandre, et aux aulres libraires de Hollande, qui font trafic de livres en detail. Car pour Blaen, il imprime seulement pour vendre en gros a ses confreres. » Corresp. inedite, p. 75.

(2) Lettre de Malebranche au P. Lamy, non datee. Corresp. inedite, pp. 47-48. Lettre de Malebranche du 27 fevrier 1684, ibidem, pp. 10-11.

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plais pas a certaines per sonnes a (1) ; et encore : « C’est un malheur queje ne plais pas a quelques personnes , dit-il au P. Lamy , benedictin , et que je ne sais point precisement pourquoi et ce quHl faudrait pour leur plaire ». Et il ajoute : « Je crois bien quHl faut que je demeui e en repos , ce que je souhaite plus que je ne puis dire » (2). En attendant , lutteur jamais lasse , il lui annonce son Traite de Morale...

Ainsi cent cinquante exempluires eiaient immobilises a Rouen et cent d Paris (3) ; mais des le mois de novembre 1683, une edition lyonnaise circulait (4), et Von pense bien que les libraires hollandais trouverent le moyen de faire entrer leur marchandise a Paris , malgrG Varret du Parlement (5). Pourtant c'est seulement en 1697, au moment de donner sa seconde edition , que Malebranche obtint le privilege royal.

(1) Lettre citee du 27 fevrier 1684, p. 11.

(2) Lettre citee, p. 48.

(3) Lettre de Malebranche du 9 nov. 1683. Corresp. in6dite, p. 10, et Lettre a Lamy, deja citee, p. 47.

(4) Ibidem el Correspondence de Pasquier Quesnel (publiee par Mme Albert Le Boy, Paris, Perrin 1900 j, t.I, p. 42 : Lettre a Mme de Fontpertuis, 7 aoul 1684. Nous n'avons trouve aucun exemplaire de cette edition.

(5) Il semble y avoir eu, dbs 1685, un projet de reedition revue el corrigee. L'Miteur hollandais Reinier Leers tcril a Malebranche, le 11 juin 1685 : « Il y a quinze jours que M. Blaeu m'a rdpondu touchant les Meditations chretiennes. Je ne vois aucune difjiculie d'acheier de lui les exemplaires qui lui en restent encore, avec le droit de la copie. Comme j'ai d present V exemplaire corrig6

INTRODUCTION

XLITI

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