‹ Méditations chrétiennes. Avec une introd. et des notesChapitre 4 sur 42 · IV. — Les Meditations, traite de vie spirituelle · texte numérisé non relu

IV. — Les Meditations, traite de vie spirituelle

Ce dialogue avec le Verbe est un traite de vie spirituelle , d condition de ne mettre sous spirituel aucune nuance qui V opposerait d intellectuel. Malebranche s’adresse aux lecteurs de La Recherche de la Verite et s'il leur parle en philosophe dans une oeuvre destinee a toucher leurs antes , c’ est que dans sa pens6e Vintelli gence conduit Velan de Fame tout entiere. Livre d’enseignement , livre de piete... la difference n'est que dans V expression : chercher la v6rit6 , n’est-ce pas se tourner vers le Verbe, Sagesse du Pdre, Raison universelle des esprits , source de toute science?

Eire raisonnable , c’ est etre uni d la Raison. C’est done etre uni a Dieu , ou plus precisement au Verbe de Dieu. Nous disons qu il y a un soleil pour les esprits comme il y a un soleil pour les corps , nous parlous d\tne lumiere qui eclair e naturellement notre ante, ou encore empruntant nos images au monde des sons , nous ecoutons une voix interieure qui s'eleve au plus intime de nous-meme ; toutes ces meta-

en main, je lui dcrirai au. plus tdt, et a mesure des exemplaires, je vous marquerai le temps auquel il sera nicessaire de les riimprimer. » Corresp. inedite, p. 127. Reimer Leers imprimait alors ses riponses d Arnauld.

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phores essaient de definir notre raison, cette participation dc notre etre d une pensee eternelle, immuable. Mais nous ne sommes pas settlement unis d Dieu : nous avons un corps, et depuis la chute , cette derniere union est devenue tyrannic : les choses sensihles nous attirent plus vivement que les idees, elles nous resident aveugles a la lumiere des esprits, sourds d la voix du maitre interieur. Aussi pour parler d des etres qui ne comprennent plus que le langage de la chair, le Verbe s'est fait chair.

Le Verbe s’adresse done a nous de deux manieres : par la foi et par la raison , par VEcriture et par la parole interieure, par la Revelation et par la lumiere naturelle (IIIe Med., § n). Le Christ se dresse au centre de ce que les modernes appellent « theorie de la connaissance » ; il y apparait avec son double caractere de Sagesse eternelle et de Sagesse incarnee. Dans la pensee de Malebranche, la « theorie de la connaissance » est une critique de la raison dans sa nature et dans son histoire : par nature, Vhomme est uni d la Raison et il ne serait plus Vhomme si cette union etait brisee ; mais un episode historique a comme ajfaibli cette union, et depuis ce jour la recherche de la verite est une lutte de Vhomme contre luimeme.

Le seul moyen de triompher est de retablir cette union dans son integrity, Vest de consulter

INTRODUCTION

le Verhe. Le Verbe incarne nous donne les verites qui rectifient la vie et qui sauvent : Jesus- Christ enseigne V amour de Dieu et la primaute de cet amour sur tons les autres aux plus igno rants et aux plus grossiers. Le Verbe lumiere des esprits revele les verites de la science , de la morale et de la metaphysique d ceux qui savent Vinterroger. II est clair que dans les domaines communs d la foi et d la raison , le maitre interieur parlerd comme le Maitre de FEvangile : les citations de VEcriture ne sont done pas dans les Meditations des ornements religieux ,* elles sont les temoignages du Fils de Dieu , elles ont une valeur de fait d laqueUe aucune autre ne peut etre comparee. Le philosophe ne se sent meme pas oblige de les donnei comme des citations : elles sont devenues la substance de sa pensee , elles vivenl de sa vie et sa meditation s’ eleve tel un cantique spirituel oil la philosophie est Id pour enchdsser les divines paroles.

Les vingt Meditations ciiretiennes sont eentes en marge du prologue de Saint Jean annongant V incarnation de « la veritable lumiere qui eclair e tout homme venant en ce monde ». V intelligence de Malebranche est nourrie de cet Evangile comme celle de Saint Augustin, qui reste son « moniteur » dans V etude des choses spirituelles . Les Meditations citent rarement ce Pere parce qu'elles ne sont pas directement V expose d'une

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philosophie, mais elles appartiennent a une tradition qui merite de porter son nom : VAugustinisme, celui de Saint Augustin comme celui de Saint Bonaventure et celui de Malebranche , est essentiellement une tendance a definir la raison par une illumination, ou par un rayonnement de la lumiere divine en nous ; il admet done toujours, contrairement a la tradition d' Aristote et de Saint Thomas , que certaines connaissances entrent en nous sans passer par les sens (1).

Le theme de Saint Jean , Malebranche le retrouvait done , enveloppe de philosophie , dans les livres de saint Augustin : il entendait aussi ses prolongements dans Fame des « spirituels » veneres a VOratoire. « Le Verbe eternel est lumiere , ecrit le cardinal de Berulle , non seulement en son essence , mais encore en la propriete de sa personae. Il nait de son Pere comme lumi&re , et il veut encore nattre au monde avec lumiere , comme Dieu de lumiere. Or la lumiere s’abaisse du plus haut des deux jusqu’au plus bas de la terre, mais sans s'avilir ; elle penetre tout, mais sans s'injecter ; elle s' unit a tout et s'incorpore d tout , mais sans se meler ; la

(1) Sur les diffdrenles traditions de la pensee chrilienne, voir les articles de synthase de M. Et. Gilson : Le sens du rationalisme Chretien et La signification historique du thomisme, dans Etudes de Philosophie mediovale. Strasbourg, 1921. Publications de la Faculty des Lettres.

INTRODUCTION

purete , la simplicity, la nettete et la dignite de son etre elanl telles que dans ces conditions corporelles elle a les conditions spirituelles , et ne reqoit aucun interet et variete en soi-meme , par la variete des choses oil elle est unie... » (1) Entre des lignes comme celles-la et le texte des Meditations il y a un accord qui ne tient pas seulement an ton, mais a, V inspiration.

Ce theme venu de Saint Jean arrive a Malebranche a travers la philosophie de Saint Augustin et les effusions des spirituels : or void qidil le retrouve au plus intime de la pensee cartesienne. On dit parfois que Malebranche a fait une synihese du Cartesianisme et de V Augustinisme : il serait plus exact de direqu'il a lu Saint Augustin en cartesien et Descartes en augustinien , et a mesure quil lit, il transpose. La parole du maitre interieur, dest Vevidence du Discours de la Methode. La lumiere du Verbe, c'est la lumiere naturelle que Dieu a donnee d chacun de nous « pour discerner le vrai d’avec le faux » (2), comme dit Descartes. Uascese purificatrice qui permet d'echapper aux images sensibles et de se replier sur soi, dest le doute methodique tel quil est decrit dans la premiere des Meditations m^taphy-

(1) Cite par H. Bremond, L’lScole Frangaise, p. 61.

(2) Discours, 3e partie, t. VI, p. 27 ( 6d. Adam et Tannery). Voir aussi : A Mersenne, t. Il, pp. 597-&y8.

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