LES PRÊTRES-SOLDATS
Les prêtres -soldats ! Il fallait le cataclysme d'impiété procuré par l'Allemagne et la lâcheté irrémissible de l'épiscopat français pour que fût possible une telle monstruosité. Vingt ou trente mille prêtres, peut-être plus, ont été arrachés à l'autel et jetés parmi les combattants, sous prétexte d'égalité.
Les plus favorisés ont été faits infirmiers ou brancardiers, mais, autant que possible, sous des chefs hostiles à la religion et supposant à l'exercice de leur ministère, fût-ce auprès des mourants qui les appellent dans leur agonie. On m'a parlé d'un groupe de ces lamentables infirmiers commandé par un gradé, prêtre comme eux, mais apostat, que la haine sectaire avait astucieusement choisi pour leur tourment. Les autres sont armés et dans, le rang, forcés de combattre.
Ces hommes revêtus du caractère indicible*
74 MÉDITATIONS d'un SOLITAIfll
ment auguste de la prêtrise, que Dieu a mis en sa place, leur conférant le pouvoir de consacrer et d'absoudre, les voilà dans la tranchée, pêle-mêle avec des soldats ignorants ou impies, rassasiés, le jour et la nuit, de leurs blasphèmes et de leurs ordures, n'ayant pas même ce qui est accordé aux assassins dans les bagnes, le moyen de satisfaire en secret aux exigences les plus basses de la nature ; mais surtout contraints de mentir à leur vocation qui leur interdit l'effusion du sang !
La Foi est tellement morte que Pénormité sacrilège de cette violence n'est pas remarquée et que même des prêtres, en assez grand nombre, se glorifient de ce qui devrait les désespérer, rassurés dans leur conscience par le reniement judaïque des Princes de l'Eglise qui les ont dispensés, m'a-t-on dit, de leurs obligations les plus strictes et de toute dignité sacerdotale — comme s'ils en avaient le pouvoir t
Si tu peux survivre à cette phase nouvelle de ton ministère de charité, tu redeviendras ce que tu étais auparavant, mais alors couvert de gloire et pourvu d'un accroissement très sensible de la considération inséparable de ta dignité d'apôtre. Tu pourras alors prier avec compétence pour les morts que tu auras expédiés à leur Juge, en te souvenant des paroles qui te furent dites à l'ordination : Accipe potestatem in Ecclesia Dei pro vivis et defanctis.
« La France est assassinée par ses évêques » disait souvent la Bergère de la Salette. Ces hauts pasteurs, souvent choisis dans les conciliabules maçonniques où préside le Diable, peuvent-ils ne pas souscrire à l'occulte volonté
qui les installa sur leurs sièges ? C'est effrayant de penser qu'aucun d'eux n'a élevé la voix pour protester en temps utile contre la mobilisation des prêtres et que le concours matériel et dérisoire de quelques milliers d'hommes qu'ils n'avaient pas le droit de sacrifier, leur a paru préférable au service de Dieu et plus expédient pour la défense de la patrie ! Assurément cette loi tyrannique, autant qu'absurde et sacrilège, eût été inapplicable sans leur complicité.
La France leur devra l'avilissement définitif de son sacerdoce et, presque partout, la privation irréparable du Sacrifice propitiatoire. Mais Dieu est si absent de la pensée contemporaine et le désastre des âmes est si complet qu'il se
trouve des feuilles catholiques, approuvées ou encourag-ées par nos pontifes, pour exalter V héroïsme de tels soldats !
J'imagine un pauvre prêtre dans ce cloaque, se sentant devenir cloaque lui-même, transformé en « matériel humain », selon la hideuse expression allemande, et se rappelant, avec une tristesse infinie, les joies surnaturelles du commencement de sa vie sacerdotale, Tinnocence et la puruté de ses sentiments et de ses désirs, quand il offrait, pour la première fois, le Galice « en présence de la Majesté divine pour le salut du monde entier » ; quand ses mains consacrées,
il les lavait inter innocentes, en suppliant Dieu de ne pas le confondre avec les homicides; lorsque enfin, le sacrifice consommé, il demandait humblement au Seigneur que, « par la vertu de ce mystère sacré, il ne restât pas en lui la moindre tache des crimes humains »•
Oui, vraiment, elles doivent être étrangement, épou vantablement chargées d'amertume les pensées de ce malheureux parmi les plus malheureux de ce monde, de ce déchu qui n'a même pas eu la volonté de sa déchéance, de cette victime de la soumission aux pasteurs iniques, immolateurs de son âme,