JE SAIS BIEN QU'IL Y A LA PRIÈRE
Je sais bien qu'il y a la Prière, la ressource de la prière. Mais il est écrit dans FEvangile qu'il faut prier en croyant qu'on obtiendra, in oratione credentes. C'est la condition essentielle.
Or, prier ainsi, c'est accomplir un acte surnaturel. Un homme qui en est capable tient à la fois du prophète et du thaumaturge, en ce double sens qu'il se souvient de Favenir, comme tout prophète, et qu'il restitue le passé autant que celui qui ressusciterait des morts. C'est la violence à Dieu, lequel souffre violence et dont le royaume est ravi par les violents. Cette foi vive qu'on sera exaucé, cette certitude que Dieu ne résistera pas, cette exigence inconcevable que l'Esprit-Saint a certifiée légitime, est le secret de se mettre à la place de ce même Dieu qui a pris la nôtre pour nous enseigner la manière.
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Lorsque Jésus criait vers le Père, en suant le sang-, pour qu'il écartât le calice de son Agonie, lorsqu'il se faisait souffleter, flageller, crucifier par la pire canaille de Jérusalem, c'était comme s'il eût dit à chacun de nous :
— Ne vois-tu pas que tu es mon maître et que je suis ton esclave qui va mourir par amour pour toi ? Ne perds pas une minute ; va trouver mon Père et réclame-lui mon héritage devenu tien par ce chirographe testamentaire signé de mon sang.
L'homme qui prie est un créancier terrible, mais, je le répète, à la condition qu'il le sache et qu'il ne craigne pas d'être un revendicateur implacable. Il convient au chrétien d'être aussi humble que le vermisseau devant les plus faibles créatures humaines et audacieux comme un Satan lorsqu'il s'adresse au Tout-Puissant. C'est le sens profond de la cinquième demande de l'Oraison Dominicale
où il est parlé de réchange mystérieux des dettes et des débiteurs.
C'est encore, parmi beaucoup d'autres éclairs de renseignement évangélique, la signification — à mourir d'extase ! — de la Parabole du père de famille réveillé au milieu de la nuit et nullement disposé à ouvrir sa porte au voisin molestateur qui l'implore avec obstination, mais finissant par céder à fimportunité de ce visiteur sans pardon.
Sic ergo vos orabitis, vous prierez ainsi, dit le Maître. Où sont-ils, et combien sont-ils, ceux qui comprennent, ceux qui obéissent ? Et qu'est-ce que la prière de tous les autres ?
Ah I sans doute, c'est quelque chose encore, je le sais bien, et même quelque chose de terrible. Les Paroles apprises de Dieu sont si saintes qu'il est redoutable de les proférer en vain. Mais où vont-elles ? Nous sommes avertis, depuis cinq mille ans, que le Nom de Dieu ne doit pas être assumé en vain et que ceux
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qui font ainsi ne seront pas tenus pour innocents. Il en va de même, certainement, pour les formes de prière qu'il nous révéla et que notre indifférence ou notre malice a le pouvoir de changer en blasphèmes.
Alors, que se passe-t-il dans le vaste monde invisible ? Il est difficile et téméraire d'y penser. Un psaume lu sans attention, un Ave Maria dit sans amour bondissent aussitôt mot par mot, lettre par lettre dans l'Infini, semblables à des forces torrentielles déchaînées par un insensé, capables de bouleverser des mondes et ne pouvant plus être arrêtées que par la poitrine miraculeuse d'un martyr.
L'homme de prière, de vraie prière, est, au contraire, le concentrateur de toute puissance naturelle ou surnaturelle. Il fait ce qu'il veut, comme il le veut, parce que, participant de l'omnipotence de Dieu, il est encore plus son ami que son créancier, ou plutôt, c'est un