‹ Méditations d'un solitaire en 1916Chapitre 27 sur 34 · JE N'AIME PAS LE DIMANCHE · texte numérisé non relu

JE N'AIME PAS LE DIMANCHE

Je n'aime pas le dimanche ! Impossible d'échapper à la nécessité de ce monstrueux aveu. Le Jour du Seigneur est celui où les chrétiens se moquent de lui avec le plus d'attention et de ferveur.

C'est le jour du triomphe hebdomadaire des Bien Pensants, le jour de la messe paroissiale où les smalahs de la dévotion raisonnable viennent offrir les lieux communs de leur piété. C'est le jour des toilettes hivernales ou estivales qui ne sont arborées que pour les visites sérieuses. C'est le jour où le curé toujours vénérable, quelquefois même florissant, annonce économiquement la parole de Dieu et flagorne son auditoire en promulguant FémoUiente supériorité du Conseil sur le dur Précepte évangélique atteint de caducité.

Les autres jours de la semaine appartien-

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nent aux affaires sérieuses. On les abandonne avec bonté à quelques personnes qui ont du temps à perdre et qui croient, dans leur simplicité, que le Sacrifice de l'Autel a une quotidienne importance. Les prêtres disent la messe tous les jours, parce que c'est leur métier et qu'au demeurant, c'est une manière honnête de tuer le temps. Tout le monde sait qu'il est inutile d'aller à l'église tous les jours et que, à l'exception du dimanche et des fêtes carillonnées, l'assistance à la messe n'est pas obligatoire.

Or les hommes libres se reconnaissent à ce signe qu'ils ne donnent à Dieu que ce qui est strictement obligatoire, la religion bien entendue les ayant heureusement préservés de toute exagération ou intempérance de prière. Conséquence naturelle de la distinction lumineuse du Précepte et du Conseil que les saints d'autrefois ne connurent pas et qui leur eût épargné bien des déboires.

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Pour ne donner qu'un exemple, la guerre actuelle qu'il est convenable de déplorer, quand elle n'est pas une occasion de s'enrichir, la guerre a, au moins, cet avantage d'avoir fait comprendre aux prêtres qu'ils sont des hommes, des citoyens, qu'ils se doivent à l'Union sacrée et qu'il y a pour eux un devoir plus pressant que la célébration des Saints Mystères qui n'est vraiment pas un précepte à mettre en avant lorsque la patrie est en danger.

Ainsi doivent parler les paroissiens du dimanche, c'est-à-dire les sages, ceux que n'étrangle pas le fanatisme religieux et qu'on nomme avec raison des hommes ou des femmes de leur siècle.

J'ai le malheur de les avoir en exécration et de ne me sentir heureux à l'église que les jours de la semaine où je suis sûr de ne pas les rencontrer. Je ne sais pas, il est vrai, de quelles unités se compose l'assistance, tel ou

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tel de ces jours où les chrétiens privés de sagesse ont du temps à perdre. Mais il m'est permis de supposer que quelques-uns sont venus là pour prier, un ou deux sur la douzaine, peut-être un peu plus, et cela me fait une atmosphère tolérable. Le dimanche, sans doute, je suis bien forcé d'affronter les autres, puisque c'est obligatoire, mais avec un horri ble serrement de cœur et une crainte extrême d'attraper leur gale.

Je ne me représente pas un curé disant à ce troupeau que la sanctification du dimanche, recommandée si expressément à la Salette, est impossible sans la sanctification des autres jours de la semaine, que le travail impie du dimanche, par exemple, qui nous rend odieux au Seigneur, est la conséquence inévitable du travail sans prière des jours ordinaires et que, par suite, l'assistance à la messe quotidienne est une pratique nécessaire.

Une telle prédication déterminerait aussitôt

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l'ahurissement et le scandale des Bien Pensants, pour ne rien dire du coup de crosse pontifical que l'audacieux ne tarderait pas à recevoir sur la tête. Des absolutions tant qu'on voudra, mais pas d' Absolu! Surtout pas d'affaires! Telle est Pinchang-eable consigne dans notre monde sacerdotal qui tend de plus en plus à ne voir que du « conseil » d'un bout à l'autre de l'Evangile.

Voici ce que m'écrivait, en 1909, un prêtre très pauvre qui me suppliait de lui donner quelques-uns de mes livres :

« Ici on s'offense de votre style « fou, indéfinissable, impossible», de votre « fanatisme» et de votre « intransigeance » qu'on dit être de l'anachronisme. Mais c'est précisément ce qu'on vous reproche qui me rend si sympatique votre personne d'écrivain; car moi aussi je suis un fanatique de la sainte Intolérance en matière de christianisme et je comprends les folies du style chez ceux qui ont au cœur

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la sainte et trop rare folie de la Vérité méconnue et outragée. C'est une folie un peu pareille qui m'a fait, voici quatre ans bientôt, sortir du ministère paroissial où j'étais las de sacrifier par ordre, à peu près tous les principes de la Morale et Ascèse catholiques et me condamner de préférence à un exil qui n'est ni bien rente ni agréable, mais où je peux du moins monter à l'autel chaque matin, sans avoir à me dire qu'il me faudra, dans la journée, renier pratiquement, dix et vingt fois, le Dieu qui s'immole entre mes mains de prêtre... »

Je crois me rappeler que cette lettre, venue de loin, m'est arrivée précisément un dimanche.

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