‹ Méditations d'un solitaire en 1916Chapitre 29 sur 34 · NOUS SOMMES FAITS CEPENDANT POUR ÊTRE DES SAINTS · texte numérisé non relu

NOUS SOMMES FAITS CEPENDANT POUR ÊTRE DES SAINTS

Nous sommes faits cependant pour être des saints. Si quelque chose est écrit, c'est certainement cela. La sainteté nous est tellement demandée, elle est tellement inhérente à la nature humaine que Dieu la préjuge, pour ainsi dire, en chacun de nous, par les sacrements de son Eglise, c'est-à-dire par des signes mystiques opérant invisiblement dans les âmes le commencement de la Gloire.

Sacramentum nihil aliud nisi rem sacram, abditam atque occultam significat. Cette chose sacrée et mystérieuse dont parle ici le Concile de Trente a pour effet d'unir les âmes à Dieu. La théologie la plus transcendante n'a rien de plus fort que cette affirmation.

Il y a même trois sacrements qui impriment caractère et dont la marque est indélébile. On est donc virtuellement des saints, des colonnes

de gloire éternelle. Un chrétien peut renier son baptême, exclure le Saint-Esprit de sa pensée, rejeter, s'il est mauvais prêtre, la succession des Apôtres conférée par l'ordinadi nation sacerdotale, il peut se perdre à jamais ; rien ne sera capable de le désunir, de le séparer de Dieu, et c'est un insondable mystère de terreur que cette obstination du Signe sacré jusque dans les affres infinies de la damnation. Il faut dire alors que l'enfer est peuplé de saints effroyables devenus compagnons des épouvantables anges!

Quelle que soit la malice des uns et des autres, ils ont Dieu en eux. Autrement ils ne pourraient pas subsister, même à l'état de néant, puisque le néant, inconcevable, lui aussi, sans Dieu, est le réservoir éternel de la Création.

Tout ce que Dieu a fait est saint en une manière que Lui seul pourrait expliquer. L'eau est sainte, les pierres sont saintes, les

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plantes et les animaux sont saints, le feu est la figure dévorante de son Esprit-Saint. Toute son œuvre est sainte. L'homme seul, plus saint que les autres créatures, ne veut pas de la sainteté.

Il la juge ridicule et même outrageante pour sa dignité. Tel est, au vingtième siècle de la Rédemption, le résultat visible et sensible de l'infidélité de tant de pasteurs, de la cécité monstrueuse procurée par ceux qui devaient être la lumière du inonde et qui éteignirent toute lumière.

Il est bien certain que jamais, à aucune époque, les hommes ne furent aussi éloignés de Dieu, aussi contempteurs de la Sainteté qu'il exige, et jamais pourtant la nécessité d'être des saints ne fut aussi manifeste. En ces jours apocalyptiques, il semble vraiment qu'une pellicule de rien nous sépare des gouffres éternels.

Il a été dit à la Salette que l'antique Enne-

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mi des hommes serait déchaîné en nos temps; qu'il abolirait la foi, même dans les personnes consacrées à Dieu, lesquelles prendront l'esprit des mauvais anges,... que tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds,... que la terre deviendra comme un désert,... que les démons feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs... La précision de cette prophétie ne devient-elle pas incontestable ? La guerre actuelle, qui n'est qu'un prodrome, s'accomplit sur la terre et sous la terre; elle s'accomplit sous les eaux et dans les airs, par des moyens épouvantables inimaginés jusqu'ici. Elle est destructive des hommes et des choses à un point tel qu'il est difficile déjà de concevoir une survie de quoi que ce soit. Tous les savants du monde, chimistes ou mécaniciens, sont exclusivement acharnés à la recherche de l'homicide multitudinairepar l'écrasement, la submersion, la déflagration ou l'empoisonnement. Le mal a des aspects

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si nettement surnaturels que les matérialistes les plus bas sont forcés d'avouer que ce qui se passe est diabolique.

Comment expliquer alors, sinon par lediabolisme même, le refus enragé de Tunique porte par laquelle on se puisse évader d'un pareil enfer ?

Cet inconcevable refus delà Lumière et de la Gloire se nomme la sagesse humaine. « Tout le monde n'est pas appelé à la sainteté », dit un lieu commun démoniaque. A quoi donc estu appelé, ô misérable ! et surtout en ce moment ? Le Maître a dit qu'il fallait être parfait. Il Ta dit d'une manière impérative, absolue, donnant à comprendre qu'il n'y a pas moyen d'être autre chose et ceux qui ont le devoir d'enseigner sa Parole, en offrant eux-mêmes l'exemple de la perfection, ne cessent d'affirmer que cela n'est pas nécessaire, qu'une bonne petite moyenne d'amour est plus que suffisante pour le salut et que le désir de la

voie surnaturelle est téméraire, quand il n'est pas une coupable présomption.

Aliquam partent, allèguent-ils, avilissant une expression de la Liturgie, une toute petite place dans le Paradis, voilà ce qu'il nous faut. Ils donnent à cette reculade impie, à ce reniement formel de la Promesse divine, une couleur d'humilité, omettant avec astuce la suite grandiose des deux mots liturgiques où il est précisé que le « partage » proposé n'est pas moindre que « la société des Apôtres et des Martyrs » .

Mais les esprits lâches et les coeurs médiocres ne peuvent rien contre la Parole de Dieu et YEstote perjecti du Sermon sur la Montagne continue à peser sur nous infiniment plus que tous les globes du firmament.

La sainteté a toujours été demandée. Autrefois on a pu croire qu'elle était demandée de très loin, comme une échéance incertaine pouvant être périmée. Aujourd'hui elle nous

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est présentée à notre porte par un messager hagard et tout en sang-. Derrière lui, à quelques pas, la panique, l'incendie, le pillage, la torture, le désespoir, la plus effroyable mort...

Et nous n'avons pas même une minute pour choisir l

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