‹ Méditations et études moralesChapitre 20 sur 23 · DU RE6PECT DE.S MORTS · texte numérisé non relu

DU RE6PECT DE.S MORTS

Novembre 18:J7.)

Le respect des morts est un sentiment naturel, universel. 11 se produit chez les hommes à des degrés trèsinégaux, et sous des formes très-diverses : aucun ne l'ignore absolument.

Un cavalier, dans l'ardeur du combat ou l'enivremcnl de la victoire, pousse son cheval par-dessus les cadavres. J'admets qu'il le fasse sans liésilalion, sans réi)ugnance. Est-ce à dire (juc tout respect des morts lui soit étranger? Nullement ; une passion actuelle, forte, étoulfe un sentiment lointain, confus. Olez la passion : donnez au même lioninie , liois du champ

MH SUR LMMMOKTALITÊ DE L'AME.

de bataille, par simple passe-temps, un cadavre à fouler aux pieds : probablement il n'en fera rien ; à coup sûr, il hésitera; et s'il le fait, ce sera par bravade, pour répondre à un défi : autre passion dont le triomphe atteste le sentiment qu'elle a surmonté.

Des fossoyeurs bouleversent un cimetière avec une complète indifférence; ils manient, remuent, jettent çà et là les ossements, sans y plus regarder qu'à la terre et aux pierres auxquelles ces ossements sont mêlés. Au lieu d'ossements, couvrez cette plaine de cadavres tués naguères ; mettez les fossoyeurs à cheval ; demandez-leur de fouler aux pieds ces morts; ils reculeront. Dans leur métier, l'habitude avait étoufié l'instinct ; hors du métier, l'habitude manque, l'instinct reparaît.

Ce sont des tribus anthropophages qui ne veulent pas quitter le sol où reposent les ossements de leurs pères.

C'est le propre des sentiments naturels et universels qu'ils cèdent souvent à la nécessité, à la passion, à l'intérêt, aux accidents du caractère ou de la destinée des hommes; et que cependant ils subsistent au fond de l'âme humaine, même à son insu, et reparaissent quand la cause qui les comprimait vient à s'écarter. Ils peuvent se taire, jamais s'abolir. Le rcspectdesmortsa cette vertu.

Supposez un homme en qui, indépendamment de toute passion, de toute situation particulière, le res-

pect des morts semble aboli, (jiii se inuiiUe incapable de le ressentir ou seulement trop lent à. en éprouver quel(iue atteinte; la conscience du i;enre humain déclarera aussitôt qu'il y a là dé|)ravation. Ce sentiment est si bien inhérent à l'humanité que , la où il parait manquer non par accident, mais par nature, le caractère de l'humanité parait perverti.

El si l'absence du sentiment sembbi volontaire, si au lieu de respecter les morts, queliju'un (es méprise et les outrage , sciemment et à dessein, son intention est détestée, son action réprouvée comme criminelle.

Le développement de ce sentiment, au contraire, l'extension de son empire, le respect croissant des morts, si je puis ainsi |)arler, est considéré comme un symptôme favorable de l'état des mœurs , un développement de notre nature morale, un progrès de l'humanité.

On peut donc tenir pour certain ([ue le respect des morts est un sentiment naturel, tmiver.«;el, légitime et obligatoire dans la croyance du genre humain.

Quelle en est la source? la nature? D'où vient-il et que veut-il dire?

Je remarque d'abord qu'il n'a rien de personnel ni à celui qui ré[trouve, ni à celui qui en est l'objet. Sans nul doute les relations, les atJections du >ivant au mort exaltent et perpétuent le sentiment ; il n'en a pas besoin pour naître; il subsiste [lar lui-même, sans le

120 SLR LMMMOnTALiTK DR L'AME.

secours d'aucun sentiment étranger. On respecte morts ceux qu'on ne connaissait pas vivants.

Il y a plus : la conscience du genre humain veut que toute animosité personnelle, tout sentiment haineux cède et tombe devant celui-là. Elle peut comprendre, excuser même le meurtre d'un ennemi justement détesté ; elle peut du moins ne pas s'en indigner; elle s'indigne de l'outrage à son cadavre, à son tombeau.

La conscience humaine va bien plus loin : elle prononce que le respect des morts est indépendant de leuicaractère moral et de l'estime accordée à leur mémoire. Vous n'aimiez pascethonnne; bien plus, vous le détestiez; bien plus, vous le méprisiez, et à bon droit : n'importe; il est mort, vous lui devez un certain respect. Quoi? autant qu'à l'homme de bien qui n'est plus? non : la conscience humaine, qui tient compte de tout ce qu'elle voit, a des mesures infiniment variées : vous devez aux restes, aux funérailles, au nom, à la tombe de l'homme de bien, un respect qui se nourrit et s'accroît de tous les sentiments que réveille sa mémoire. Le coupable mort n'a auprès de vous aucun titre sinon qu'il est mort, mais c'en est un. Jadis les corps des criminels étaient, après l'exécution, publiquement livrés à toutes sortes d'outrages : la conscience humaine re|)ousse aujourd'hui ces pratiques comme barbares; dans l'origine, elle les a probablement exigées : un seul sentiment, une passion exclusive, une

idée puissante mais confuse, le besoin d'une justice vengeresse la dominait alors. Elle s'est dévelo|)[)ée ; elle a connu un plus grand nombre de sentiments également moraux et sacrés ; elle a appris à les contrôler, à les réformer l'un par l'autre, à n'accorder à chacun que ce qui lui revient légitimement. Elle maintient encore le supplice du criminel; elle a interdit l'insulte du cadavre. Dans les pays même où de telles lois subsistent encore, comme en Angleterre, on ne les applique point ; et quand on veut les appliquer, des cris d'indignation s'élèvent du sein de ce peuple encore assez barbare pour se presser autour de l'écliafaud.

Ceci est donc évident : le respect des morts ne dérive d'aucun sentiment, d'aucun jugement sur leur personne ; il est indépendant de toutes les différences qui distinguent les hommes pendant leur vie. C'est à la qualité d'homme, à l'être humain en général, abstraction faite de toute considération individuelle, que ce sentiment s'adresse. L'humanité dans la mort, tel est son unique objet.

Je dis l'humanité, c'est-à-dire ce qu'il y a d'identique et de permanent dans l'homme, et non ce qui change, ce qui passe, sa nature et non sa destinée. Il s'élève bien, à l'aspect de la mort, des émotions qui naissent d'un retour sur la condition humaine, fugitive, précaiie, douloureuse. Cet homme tenait sans

doute à la vie; il lui en a coûté beaucoup de mourir; il avait des parents, des amis; sa douleur, leur douleur émeut d'une pitié confuse ceux qui rencontrent son convoi. Mais regardez bieu : est-ce la pitié qui fait qu'ils s'arrêtent, qu'ils ôtenl leur cliapeau, qui leur donne cet air recueilli, visible, ne fût-ce que comme l'éclair, sur la physionomie même des j)lus indillérents, de ceux qui se hâtent de passer? non : la |)itié naît en effet à ce spectacle, et s'associe au respect, mais elle ne le constitue point; elle en demeure essentiellement distincte. La pitié s'adresse au vivant, soit à celui qui vivait tout à l'heure, soit à ceux qui lui survivent; le respect va au mort. C'est le sort de l'honnne sur la terre qui suscite l'attendrissement; c'est sa qualité d'homme qui commande le respect.

Retirez toutes les causes qui provoquent la pitié; que le mort n'ait point de parents, point d'amis ; qu'il n'ait ressenti lui-même aucune peine à mourir; qu'il y ail vu au contraire un bonheur, une délivrance; que tous les assistants le sachent avec certitude, pensent connne lui et le jugent heureux d'être mort : la pitié ne naîtra plus; le respect demeurera tout entier.

Sans pousser les choses si loin, n'est-il pas clair que la pitié varie, qu'elle est plus ou moins prompte, plus ou moins générale, plus ou moins vive, en raison de l'âge, du malheur présumable, des détails connus, de mille circonstances qui dépendent soit de la situation

du mort, soit de la disposition des assistants? le respect est toujours égal, toujours le même; il n'a du moins d'autre cause de variation que le plus ou moins de développement moral des hommes appelés à le ressentir, circonstance étrangère à la nature du sentiment lui-même et dont il n'est point affecté.

Ai-je besoin de dire que ce n'est pas un retour intéressé de l'homme sur lui-même, le calcul spontané d'une prévoyance instinctive, un témoignage anticipé de respect pour lui-même quand il mourra à son tour? Il faut bien voir, dans le respect des morts, un effet de la sympathie de l'individu pour sa nature en général; lui, homme qui vit, il respecte, dans cet homme qui est mort, l'humanité qui leur est commune. Toutes nos sympathies ont une source pareille : elles n'en sont pas moins désintéressées, c'est-à-dire étrangères à toute recherche de quelque avantage personnel, à toute intention de l'individu se prenant pour but lui-même et lui seul. Le respect des morts ne diffère point en ceci des autres sentiments qui nous lient à nos semblables, de la sociabilité, de la bienveillance, de la pitié : c'est un sentiment que l'homme éprouve pour l'homme parce qu'ils sont hommes l'un et l'autre, mais sans aucun dessein, sans aucun calcul de retour, sans ijutre raison que ce fait même de la similitude de leur nature qui le lui fait éprouver.

Mais ces sentiments qui prennent leur source dans

la similitude de nature, quand ils ont lieu de vivant à vivant, comme ils résident dans un individu, de même c'est a un individu qu'ils s'adressent : possibles entre tous les hommes, ils deviennent réels pour un homme, non-seulement parce qu'il est homme, mais parce qu'il est lui-même un tel homme et non pas un autre. L'individualité les provoque ; ils la supposent, la contiennent, la révèlent, ils varient en raison des mérites de l'individu. Or on vient de le voir, les caractères distinctifs de l'individu n'entrent pour rien dans le respect des morts, pas même sa moralité : ce sentiment répond à la seule qualité d'homme, à l'être humain, abstraction faite de toute considération individuelle : serait-ce qu'en effet, dans la croyance instinctive de l'humanité, là où la mort a passé, tout individu a disparu? le mort n'est-il plus rien qu'un symbole de l'homme arrivé à sa dernière destinée? le respect qui s'adresse à ses restes, à son nom, à sa tombe, ne s'adresse-l-il qu'à l'humanité en général, non à l'être individuel et réel qui vient de mourir?

Ceci est le cœur de la question. Je n'ai fait encore que distinguer ce sentiment des autres sentiments, le circonscrire en quelque sorte au dehors : il faut maintenant pénétrer au dedans, voir ce qu'il est lui-même et ce qu'il contient.

Un fait me frappe d'abord conmie élément premier et fondamental du respect des morts, et comme la prc-

mière cause qui le provoque ; c'est, à la vue de la mort, un sentiment soudain et profond de la grandeur de l'événement. Nul doute que la gravité, la solennité de la mort ne soit l'idée qui préoccupe tout-à-coup les hommes à la vue d'un cadavre, d'un convoi, d'un tombeau; c'est là ce qui leur inspire ce recueillement involontaire, premier symptôme de respect. Tous frémissent de ce que cet homme est mort. Pourquoi frémir? Estce uniquement comme terme de la vie que la mort apparaît si grande, si solennelle? est-ce uniquement pour ceux qui vivent encore, et parce qu'elle les atteindra tous, que l'homme frémit à son aspect? Non; l'homme voit dans la mort bien autre chose que le terme de la vie, et il s'en trouble pour d'autres que pour les vivants. Elle est, dans l'instinct de sa pensée, l'entrée dans un avenir inconnu, une porte qui s'ouvre sur des ténèbres impénétrables, immenses; pour celui qui est mort, elle est la solution d'un problème décisif, la révélation d'un mystère auquel se rattache toute sa destinée. Elle est bien plus grave à raison de ce qu'elle commence qu'à raisondecequ'ellefmit,etpour l'homme qu'elle a frappé que pour ceux qu'elle poursuit encore. Écoutez ceux qui ne voient dans la mort que la fin de la vie, les incrédules, les poètes épicuriens, Lucrèce, Horace, tant d'autres : ils peuvent la détester ou la craindre : elle a perdu pour eux sa solennité. Le genre humain, pour qui elle est solennelle, en pressent donc

debinn autres résultats; et dans le frémissement qui le saisit à son aspect, il y a, d'une part, conscience de la grandeur de Tévénement dans l'avenir et pour tous les hommes, de l'autre, respect pour celui qui vient (\o. tomber dans ce redoutable mystère, de subir un si grand événement.

Bien loin donc que le respect des morts ne s'adresse qu'à l'homme en général et non a un homme en particulier, bien loin que l'individu n'y soit que le type do l'humanité, c'est sur l'individu lui-même au contraire (|ue porte, dès le premier pas, la sympathie; c'est luimême qui est l'objet premier et principal, sinon exclusif, du sentiment et de la pensée. Les traits sous lesquels il apparaissait sur la terre, et qui, pendant sa vie, le distinguaient des autres hommes, sont effacés; ce n'est ni comme puissant ou faible , ni comme heureux ou malheureux, ni mêmecomme digne d'estime ou d'affection, que l'imagination le considère; et pourtant c'est bien à lui, être individuel, appelé à une destinée propre et spéciale, que s'adresse le sentiment des spectateurs. Les formes de son existence terrestre se sont évanouies; mais une individualité plus intime, plus durable, subsiste encore et est l'objet du respect.

Je vais plus loin : je pénètre au-delà de celte expression générale par où le respect des morts commence : le sentiment une fois né, je cherche quels autres sentiments, quelles croyances instinctives le constituent et

s'y laissent démêler. J'y thkouvre : 1" une certaine affection, une certaine considération de l'homme pour le corps de l'homme ; 2° l'idée confuse, mais puissante, que les morts sentiraient la négligence, le mépris, l'outrage, qu'en les oubliant on les affligerait, qu'en les insultant on les offenserait, (ju'il subsiste encore, entre eux et nous, quelque lien, quelque société, des relations auxquelles s'attachent des sentiments, des devoirs auxquels nous ne saurions manquer sans blesser des droits.

Le respect de l'homme pour le corps de l'homme naît du souvenir de Tâme et de son union avec le corps. La présence de l'ùme consacre sa maison ; une sorte de tendresse et d'égard s'y attache quand elle en est sortie, comme aux vêtements qu'a portés un ami, aux lieux qu'il a habités. Ceux qui ne croient pas à l'âme ne respectent pas le corps; témoin tant de médecins, de physiologistes, d'anatomistes. Cependant, • comme la croyance à l'âme ne saurait périr tout entière, et subsiste, à son insu, dans la pensée même qui la nie, de même le respect du corps ne s'éteint jamais absolument ; la preuve , c'est qu'il y a telle marque de mépris que les plus déterminés anatomistes ne donneraient pas au corps qu'ils dissèquent, et qui choquerait, s'ils la donnaient, les plus froids assistants. L'idée de la science d'ailleurs, ou do l'utilité générale, légitime et sanctionne, pour ainsi dire, dans certains cas et à bon

128 SUR UIMMORTALITR 1)1, L'AME.

droit, le mépris du corps humain. Ce même mépris, sans motif, sans but, isolé et réduit à lui-même, serait considéré comme un tort, un symptôme de dépravation.

La croyance à la sensibilité des morts entre évidemment dans le respect qu'ils inspirent. Elle a des degrés infinis, tantôt ridiculement grossière, tantôt follement exaltée, enfantant ici les pratiques les plus barbares, là les plus mystiques égarements. Elle existe cachée, mais réelle, dans le respect des morts le plus passager, le plus involontaire, réduit à sa plus modeste expression. L'idée obscure d'une relation encore sentie, et qu'accompagnent un droit pour le mort, un devoir pour les vivants, est inhérente à ce sentiment : quiconque s'acquitte du devoir croit satisfaire à quelqu'un; quiconque y aura manqué, s'il le reconnaît et s'en repent, croira avoir manqué à quelqu'un. A cette croyance se joint même le sentiment que, les morts ne pouvant réclamer ni se faire rendre eux-mêmes ce qui leur est dû, la dette n'en est que plus sacrée. Qu'est-ce à dire? les morts jouissent-ils ou souffrent-ils donc de tout ce que leur accordent ou leur refusent les vivants? l'homme ne sait que répondre. Comment celui qui n'est plus de ce monde peut-il être encore affecté de ce qui s'y passe ? Quelle société peut l'unir encore à ceux qui y sont restés? L'iionnne ne le conçoit point, et dès qu'il le cherche, il s'égare. Cependant il y croit, et ne peut

pas plus échapper à Tinstinct de sa nature que dépasser les limites assignées à sa science. Et reniarcjuez que cet instinct n'a point de prétentions scientifiques; il se suffit à lui-même ; quand il se développe dans l'âme, au moment où l'homme, pour lui obéir, s'acquitte envers les morts de quelque devoir, aucune curiosité, aucun doute ne le préoccupent; il n'a nul besoin de savoir quel mode de communication est possible entre les morts et lui; il agit en vertu d'une foi irréfléchie dont ilsecontente, certain, sans s'inquiéter delà route ni du moyen, que son acte a un objet, que ses sentiments iront à leur but. C'est seulement lorsque d'acteur l'homme devient spectateur , lorsqu'il observe sa nature au lieu de la suivre et s'interroge au lieu de se croire, c'est alors que s'élèvent en lui les besoins avec les problèmes scientifi(|ues , et qu'il entreprend, dans la.vue de la scieuce, de franchir des limites au-delà desquelles ses croyances instinctives ne le portaient point. Regardez dans l'àme de celte femme, de cette fille, decette mère qui vont, auprès d'un tombeau, offrir à un mort chéri tant de marques de tendresse et de respect; croient-elles savoir, sur son état et ses relations avecelles,ceque cherchent les philoso|»lu'S?Nullement : les questions qu'ils agitent n'existent |>as pour elles; si elles les voyaient, comme les philosophes, elles seraient tourmentéesdu besoin, et aussi de l'impossibilité de les résoudre; essayez de soulever ces questions dans

«BO SUR i;iMMORTALlTÉ DE L'AME

leur pensée ; demandez-leur comment elles se figurent que le parfum de ces fleurs qu'elles cultivent, la fraîcheur de cet ombrage qu'elles enlreliennent , vont charmer l'être à (jiii s'adressent leurs soins ; vous les verrez saisies de trouble ; et si une exaltation passionné.e ne les possède, vous n'en recevrez que des réponses timides et contradictoires ; peut-être même leurs paroles démentiront-elles leurs actes; peut-être s'accuseront-elles de faiblesse et d'erreur. Avant votre intervention, elles ne croyaient pas en savoir davantage: elles ignoraient ce qu'elles ignorent; mais elles ne le cherchaient point; elles adhéraient fortement aune foi simple, naturelle, et jouissaient de ses lumières sans rien demander de plus , sans étendre au-delà de sa portée leurs regards ni leur ambition.

Tel est le vrai caractère des cioyances primitives et spontanées de l'homme ; elles n'ont point de réponse aux doutes, point de solution des problèmes qu'élève la science; elles sont, elles inspirent, elles affirment, mais elles ne peuvent et ne prétendent rien de plus. Ainsi dans le respect des morts est évidemment contenue la croyance 1° à l'immortalité de l'être humain , 2» à l'individualité de l'être immortel, 3° à la persistance d'un certain lien, d'une certaine société entre ceux qui sortent du monde actuel et ceux qui y demeurent. Une foi instinctive, base d'un sentiment universel et invincible, sentiment qui ne serait pas si la foi

SrCO^PE MÉDITATION' Hl

n'était pas, atteste au fond de rame ces trois faits, rien de moins, rien de plus. Ne lui demandez pas de les expliquer, de les systématiser ; au-delà de la simple affirmation du simple fait, elle n'a rien à vous dire. Sublime et modeste à la fois, elle révèle l'avenir et ne tente pas de le dévoiler.

QUFI, EST

Page 1