‹ Méditations et prières journal de sa conversion SwetchineChapitre 2 sur 56 · LES DÉSORDRES DU MONDE PHYSIQUE ET LA DÉCHÉANCE · texte numérisé non relu

LES DÉSORDRES DU MONDE PHYSIQUE ET LA DÉCHÉANCE

de l’homme. — Loin que l’impiété puisse se prévaloir des légers désordres qui apparaissent dans la nature, ils confirment dans toutes les parties de l’univers le dogme de la déchéance de l’homme qui fait la base de la religion révélée. S’il est tout simple que les chrétiens soient des membres souffrants, sous un chef couronné d’épines, je ne vois pas pourquoi le monde des corps n’aurait pas été entraîné par la chute des intelligences. Le caractère de la grandeur dans l’homme frappe bien plus que sa bassesse, partout le mal n’est que la négation du bien, le désordre la négation de l’ordre, ce qui prouve que c’est le bien et l'ordre qui sont l’état normal. II en est de même pour la na-

turc. Comme dans son maître, l’homme, tout ce qui ne porte pas le signe de la sagesse divine est une exception; mais comme lui elle est punie, parce que dans lui elle a été coupable. C’est par le passé de l’homme que doit s’expliquer le passé de l’univers, leurs destinées présentes ne sauraient pas davantage être séparées; le monde jusqu’ici a cheminé avec l’homme, seulement le monde à la tin des temps aura vieilli comme un manteau , et l’homme régénéré, vainqueur du monde et de luimême par Notre-Seigneur Jésus-Christ, demeurera avec lui d’âge en âge.

ÉGALITÉ DES INTELLIGENCES DEVANT LA FOI. Une

des beautés de notre doctrine, c’est d’avoir gradué nos obligations sur nos forces individuelles en séparant le conseil du précepte, et d’avoir réuni en même temps tous les esprits dans un même symbole. De grandes disproportions existent parmi les hommes pour tout ce qui est d’exécution; mais lorsqu’il s’agit de croire, toutes les intelligences sont de niveau puisqu’elles sont toutes à une égale distance des vérités révélées.

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le doute. — Le doute, dans les matières importantes, est coupable, s’il est sans souffrance et sans effort pour en sortir. A l’époque de l'émancipation de l’intelligence, à l’âge où le conflit des erreurs humaines la saisit et se presse autour d’elle, le doute peut venir de la force d’arrêt d'un esprit réservé et prudent; plus tard il ne prouverait que la faiblesse. Le doute, dans la première hypothèse, est l’enfantement de la vérité, une sorte de crise où toutes les facultés, toutes les puissances de lame sont excitées par la poursuite de la vérité ; les ébranlements douloureux , les secousses, les déchirements accompagnent cet état auquel on peut appliquer les paroles de l’Évangile sur l’épouvante du dernier jour et si ces temps ri avaient été abrégés , nul ri y aurait résisté.

La définition de Fleury qui a dit : « Douter c’est ignorer » ne me paraît pas exacte. 11 y a repos et absence de responsabilité dans l’ignorance, et c’est évidemment le contraire pour le doute.

Le doute est un don, le doute est une grâce.

Quand les hommes l’excitent, il est stérile, il rend coupable; quand Dieu le fait naître, le mal porte en lui-même son remède.

Zacharie doute, Elisabeth se trouble de sa joie même, Marie seule croit. Marie et Abraham, vrais et puissants modèles à travers les siècles, types

DU CHRISTIANISME

de la foi, de la foi comme dévouement, de la foi comme sacrilice, de la foi qui accepte et s’humilie, de la foi qui se dévoue et s’exécute. La foi des deux sexes est marquée de son double sceau dans la foi de Marie et dans la foi d’ Abraham.

la raison et la foi. — La philosophie hostile à la foi conduit fatalement à l’inactivité intellectuelle du scepticisme, et si la raison veut se retrouver elle-même, s’exercer noblement, largement, philosophiquement, il faut qu’elle retourne à la foi, parce qu’alors elle aura repos et activité dans une proportion exacte avec les forces de chaque intelligence.

la liberté et la foi. — Pourquoi la foi n’enchaînerait-elle pas notre intelligence, comme la morale enchaîne nos actions? Cessons-nous d’être libres pour être vertueux? Pourquoi cesserionsnous d’être libres pour être croyants? La véritable liberté ne s’exerce-t-elle pas toujours dans un espace donné? ne lui faut-il pas un centre qui l'attire et une base qui l’appuie?

DE LA VERITE

LES OBJECTIONS CONTRE LA FOI. Les obstacles à

la foi ne sont dans les intelligences ni un signe de supériorité, ni un signe de faiblesse. Les plus hauts génies se rangent à cet égard dans les rangs opposés, et la même scission arbitrairement déterminée, se rencontre à tous les degrés de la hiérarchie intellectuelle.

La foi et l’incroyance ne s’expliquent donc pas par la force des intelligences respectives, mais peut-être davantage par leur trempe et leurs qualités spéciales. Quelque chose d’aiguisé et de fin dispose l’esprit incrédule à la recherche des objections; l’esprit disposé à la foi procède par une manière plus large, plus haute et plus libre; il est moins délié, mais beaucoup plus compréhensif. La tendance de l’un le conduit à l’analyse, celle de l’autre à la synthèse. La foi s’empare de prime abord de toutes les lois générales; l’instinct raisonneur s’empare des exceptions ; l’une étudie les objets dans leur totalité, leur vertu, leur aspect général ; l’autre dans les détails de leurs innombrables divisions. Cette impossibilité d’expliquer la foi et l’incroyance par la seule trempe ou

DU CHRISTIANISME

vigueur de l’intelligence, conduirait à penser que la principale force des difficultés vient d’ailleurs. Peut-être, en cherchant bien, trouverait-on que c’est toujours par une certaine disposition du cœur, par l’absence d’un instinct humble, doux et aimant, que l’incrédulité s’explique. U y a dans le désir, même inarticulé, que Dieu soit, qu’il ait parlé aux hommes, il y a dans ce désir un des gages les plus certains de la foi, non que l’imagination crée ce qu’elle désire, mais parce que Dieu sanctionne la disposition volontaire et aimable qui prépare la vertu. C’est le plus beau et le plus imposant spectacle de ce monde, que le génie s’inclinant respectueusement devant la foi, seule force qui ne subjugue que pour élever et dont les conquêtes soient nos propres victoires.

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