‹ Méditations évangéliquesChapitre 16 sur 32 · POURQUOI JÉSUS-CHRIST EST VENU DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

POURQUOI JÉSUS-CHRIST EST VENU DANS LE MONDE

Nous avons montré que Jésus-Christ est venu accomplir la loi.

C'est Jésus-Christ lui-même qui l'a dit; nous pouvions bien sans doute le répéter après lui.

Nous espérons que personne n'aura pu, d'après nos paroles, se représenter Jésus-Christ comme un second Moïse, supérieur à l'ancien seulement par la perfection de ses lois et par l'étendue de sa Juridiction.

Nous n*avons point oublié, et nos lecteurs sans doute se rappellent aussi celle déclaration du disciple bien-aimé : Moïse a donné là loi ; mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (l). À Moïse la loi, à Jésus-Christ la grâce, et, avec la grâce,7owte la vérité : voilà le partage et la distinction.

Il est vrai que Jésus-Christ est un législateur, et, si vous le voulez, un divin Moïse. Mais pourquoi Jésus-Christ est-il le suprême législateur? Parce qu'il apporte la loi enveloppée dans la grâce, et parce qu'au lieu de la graver sur le marbre, il l'écrit dans les cœurs.

La joie du pardon et la reconnaissance pour Celui qui pardonne sont les deux fidèles secrétaires qui, d'une plutftÇ > <Jiîf$ente, écrivent la loi dans les cœurs.

(1) Jeau, 1, 17.

2CV Jésus

Le vrai chrétien obéit parce qu'il aime ; il aime parce qu'il est tfmé.

La grâce, le pardon est donc le premier mot de l'Évangile; l'obéissance en est le dernier.

Et attendu que Dieu pardonne parce qu'il aime, et que l'homme obéit parce qu'il aime, nous pouvons dire encore que l'amour est le premier mot de notre religion et que l'amour en est le dernier.

Mais ce qui est le premier doit rester le premier. Dieu doit être nommé avant l'homme, le bienfait avant la reconnaissance.

Ainsi l'avaient compris les apôtres. Us se disaient envoyés de

Dieu pour annoncer la promesse de la vie qui est en Jésus- Christ (\).

En parlant ainsi, ils parlaient comme leur Maître, qui a déclaré qu'il venait chercher et sauver ce qui était perdu (2) ; qu'il n'était pas venu dans le monde pour le condamner 9 mais pour le sauver (3), ni pour être servi, mais pour servir (4).

Le pardon, la grâce, voilà ce qu'avant toutes choses il fout proclamer. Il faut, avant toutes choses, apprendre aux hommes qu'ils sont aimés, — quoiqu'ils aient tout fait pour ne l'être pas.

Message redoutable pour ceux à qui il s'adresse, et, par contrecoup, pour ceux qui l'apportent !

Pour ceux à qui il s'adresse : car leur parler de pardon, c'est leur parler de condamnation, et leur dire qu'ils sont sauvés, c'est leur dire qu'ils étaient perdus.

Message redoutable pour ceux qui l'apportent ; car on prendra pour une injure, pour un outrage, pour une malédiction, la bénédiction qu'ils apportent.

L'homme veut être heureux, heureux sur la terre, heureux dans le ciel ; mais il ne veut pas être sauvé.

Parlons-lui toutefois de grâce et de salut; parlons-lui de l'amour du Père céleste; car, autrement, de quoi lui parlerionsnous? et que servirait de lui exposer, de lui imposer une loi paraite, lorsque, sans la force qui Yient de l'amour, il ne peut l'accomplir, ni même l'envisager?

(i) 2 Timothée, I. I. — (2) Luc, XfX. 10. — (3) Jean, XII, 47. — (V- Matthieu, XX. 2*.

Oui, parlons au monde de l'amour de Dieu; mais parlons-en d'abord à nous-mêmes; embrassons de toute la force de notre misère la grâce du pardon; croyons à un Dieu apaisé; croyons à un Père dans les cieux; réjouissons-nous à la lumière du Soleil de justice qui se lève à l'horizon de notre vie ténébreuse, et qui., avec la lumière, nous apporte la santé dans ses rayons; accueillons dans notre sein et répandons autour de nous cette espérance glorieuse sans laquelle nous ne pouvons rien, par laquelle nous pouvons tout.

Mais tout le monde voudra-t-il entendre? Ne le voyons-nous pas, en tous lieux, rompre ces cordages d'amour, déchirer ce filet de miséricorde, et fuir, non plus devant la colère, mais devant la charité de Dieu? Quel abandon! Quelle défection! Quels rires insultants! Quelle solitude sur cette montagne où la multitude se pressait pour entendre, pour voir, pour toucher Jésus - Christ ! Vous verriez plus de traces d'un torrent qu'auraient desséché les ardeurs de Tété. A quoi bon parler? A qui parler? La plupart ne sont plus même à portée de notre voix. — Ah ! parlez néanmoins encore ; parlez toujours ; parlez plus haut que jamais. Qu'il ne soit pas dit qu'il y a eu un moment, un seul moment, où la voix de l'amour divin a cessé de retentir sur la terre. Parlez; les événements, disposés par Dieu lui-même, rendront tôt ou tard à cette multitude des oreilles pour vous entendre. Un grand nombre viendra, de loin, chercher à l'ombre de la croi* un abri nécessaire. Le jour n'est pas loin peut-être où ces multitudes auront besoin d'être consolées. Et, dussent-elles ne jamais revenir, il faut que l'hymne de la reconnaissance, encore que soutenu par un petit nombre de voix, soit un hymne perpétuel.

Page 1