L'EVANGILE DE SAINT JEAN
LA LUMIÈRE QLI LUIT DANS LES TENEBRES (l)
Le ciel n'est pas si loin. Mais nous nous en éloignons toujours par notre sensualité, notre lâcheté, notre paresse. On en sent, on en entrevoit quelque chose, de temps en temps ; mais on n'y croit pas, et on ne s'y attache pas.
.l'y crois, Seigneur, mais augmentez ma foi. Le royaume de Dieu est en nous. Dieu est en nous, et nous, nous n'y sommes pas. .le prends une nouvelle* résolution de rentrer en moi et en vous; j'ai la certitude que
(1) Ces Méditations font partie d'un Commentaire sur l'évangile de saint Jean, que le P. Gratry n'a pas eu le temps d'achever.
le bonheur est là. Vous me l'avez si souvent montré !
Voici la chute des feuilles. Je marche moimême vers cet âge qui sera pour moi la chute des feuilles; où les dernières traces de jeunesse et d'illusion seront tombées. Que me reste* t-il ? Me restera-t-il^ comme à l'automne des bonnes années, une riche vendange pour traverser l'hiver qui vient, et au fond de l'âme une forte sève poin^ aller jusqu'à l'autre vie?
Il en est temps encore ; quelques jours de rosée et de soleil, venus à propos en septembre, décident souvent de la récolte, et changent en vin l'aigre produit des années froides. Souvent il y a aussi le second été de novembre, gage et préparation d'un vigoureux printemps, et d'une puissante résurrection après la mort de la nature. Donnez-moi, Seigneur, ce second été de vertu, de force, de sainteté. Donnez-moi cette sérénité d'une âme qui survit à ses passions, sans survivre à ses forces, et
qui, daiîs cette tleriiière époque de calme, rc^niplit, couronne sa vie, et conçoit ies germes et les principes de la vie éternelle.
Qu'il me soit donné enfui de me rapprocher du ciel qui est confondu avec la terre, et qu'il en faut séparer. Qu'il me soit donné de trouver Dieu mêlé à mes pensées et à mes sentiments , toujours présent à mon esprit et à mon cœur, et toujours méconnu et toujours oublié. Qu'il me soit donné de trouver cette source de ma vie pour la posséder, pour la bien connaître, pour ne plus la troubler. Qu'elle devienne cette source vive, dont parle Jésus, qui jaillira de nos entrailles, jusqu'à la vie éternelle.
Mon Dieu, la sainteté seule, la pratique de la sainteté dans tout le courant de la vie, voilà ce qui peut me faire démêler le ciel sur la terre, et vous trouver. Seigneur, dans mon propre sein.
Mais je connais un moyen moins difficile d'entrevoir le ciel, de le voir parfois s'ouvrir, et de concevoir à cette vue l'ardent et
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efficace désir de le posséder par la pratique et parla sainteté.
Ce moyen, c'est de lire et de méditer l'Évangile ; c'est de se mettre à regarder en face cette parole de l'Homme-Dieu qui nous parle du ciel, et que personne n'écoute.
J'essayerai donc encore une fois de méditer l'Evangile tout céleste du disciple bienaimé.
L'Évangile de saint Jean, c'est la Genèse de la création du ciel. Le premier chapitre de l'Ancien Testament, c'est la Genèse de la création de la terre, et de ce monde qui passera. Mais la seconde Genèse, écrite par saint Jean, raconte l'histoire de la création nouvelle^ dont parle saint Paul, qui ne passera pas, qui est le monde de la vie éternelle.
Tâchons de pénétrer le sens profond de cet évangile tout divin, et disons avec Origène : « Voici qu'il nous est proposé de traduire le coté sensible de l'Évangile en son sens intelligible et spirituel (i), » et ajoutons (I) Etcnim nunc nobis propositum est ut Evangelium
avec un grand théologien : « Il faut traduire l'Évangile visible et temporel en l'Évangile intelligible et éternel, si toutefois nous voulons quitter l'enfance et arriver à la virilité de l'esprit (i). »
f . « Oans le principe était le Verbe, et le « Verbe était avec Dieu, et le Verbe était 'c Dieu. )^