‹ Méditations inéditesChapitre 50 sur 51 · La foule, donc, se divisait à son « sujet · texte numérisé non relu

La foule, donc, se divisait à son « sujet

44- ^^ Quelques-uns voulaient l'arrêter; (( mais personne ne mit la main sur lui. »

45. « Les archers retournèrent vers les (( princes des prêtres et les pharisiens. Ceux- « ci leur dirent : Pourquoi ne l'avez-vous <c pas amené? »

46. « Les archers répondirent : Jamais « homme n'a parlé comme cet homme- là. »

LUTTE DE L'AME CONTRE LA PAROLE DE DIEU. 4i 1

Oui, Seigneur, votre langage a quelque chose de plus qu'humain. Et il est certain que plus d'une fois je vous ai cédé malgré moi.

Mais bientôt mon orgueil disait : Est-ce que me voilà donc, moi aussi, séduit et converti? Est-ce que les âmes fortes cèdent ainsi? Est-ce que les grands esprits se laissent mener par la foi comme le peuple, comme les enfants et comme les femmes?

47. « Les pharisiens , donc, répondirent <c aux archers : Est-ce que vous êtes donc « aussi séduits ? »

48. « Est-ce que quelqu'un des princes ou « des pharisiens croit en lui?»

49. « Quant à cette foule qui ne connaît « pas la loi, elle est maudite. »

Les pharisiens parlent ici comme Voltaire quand il disait en parlant du peuple : « La « vérité n'est pas faite pour cette canaille. »

Et cependant , l'un de ces pharisiens , Nicodème, était venu trouver la nuit le Seigneur, et était disciple caché. Il fait remar-

quer aux autres qu'on juge le Christ trèslégèrement et sans l'entendre.

5o. « Nicodème, l'un d'eux, celui qui était « venu trouver Jésus pendant la nuit, leur (( dit :

5i. (( Notre loi permet-elle de juger un (( homme sans l'entendre d'abord, et sans « connaître ce qu'il a fait? »

52. « On lui répond : Est-ce que vous êtes « aussi Galiléen ? Lisez les Écritures, et ap- « prenez qu'il ne sort point de prophète de « Galilée. »

Comment ces Juifs ne savent ils pas que le prophète Jonas était de Galilée? Mais c'est ainsi qu'on juge le Christ; on oublie, pour le condamner, même ce qu'on sait. Quoi qu'il en soit, après ce raisonnement^

53. « Chacun s'en retourna en sa maison, w Seigneur, que votre Évangile est donc

vrai ! Et combien de fois cette histoire ne s'est-elle pas répétée depuis! Vos paroles touchent une âme et mettent à côté de ses passions et de ses aveuglements de divins

sentiments, de douces et saintes lumières qui viennent de vous. La vieille science et la vieille volonté qui gouvernent encore cette âme s'émeuvent : a Est-ce que nous voici donc ce aussi séduits? » Que signifient ces émotions? Mais il se trouve que la vieille science elle-même se voit entamée sur un point; il se trouve qu'en secret j'ai quelque idée confuse que le Christ pourrait avoir raison. Et je me dis timidement : Mais, après tout, puis-je le condamner sans l'entendre? Sur quoi toute ma vieille science, tous mes vieux préjugés se soulèvent : Allons, nous voilà donc aussi devenus Galiléens! Réfléchissez donc un instant! Est-ce que le catholicisme peut être vrai?

Et sur cela, on s'en retourne dans sa maison.

Oui, j'ai vu ces faits. Quand la vieille science commence elle-même à être partagée, on cesse la dispute ; on lève la séance. On s'en retourne dans sa maison ; on rentre dans ses préjugés, ses habitudes, ses vices, son

orgueil et son indépendance envers Dieu. C'est l'histoire de la lutte d'une âme contre la foi.

C'est l'histoire de l'esprit humain et de la philosophie humaine luttant contre Dieu, son Christ et son Église. Cependant nulle âme ne vit d'une vie utile, croissante , tant qu'elle ne reçoit pas Jésus-Christ et sa foi. Cependant l'esprit humain ne deviendra véritablement lumineux, la philosophie ne deviendra féconde et ne verra la vérité qu'elle cherche, que quand elle aura reconnu Jésus- Christ. La société ne sortira de ses grandes misères et de ses tristes révolutions, ne parviendra enfin à la justice et à la paix qu'elle cherche, que quand elle aura reconnu le Christ et son Église.

« Quelle est la grande question , disait^ il « y a peu de jours, un noble esprit qui se (( relève vers la lumière (i), quelle est la « question suprême qui préoccupe aujour- « d'hui les esprits? C'est la question posée (Ij M. Guizot.

« entre ceux qui reconnaissent et ceux qui « ne reconnaissent pas un ordre surnaturel, (( certain et souverain , quoique impéné- « trahie à la raison humaine; question po- « sée — pour appeler les choses par leur « nom — entre le super naturalisme et le « rationalisme. D'un côté les incrédules, « les panthéistes, les sceptiques de toute f( sorte, les purs rationalistes; de l'autre, « les chrétiens. Parmi les premiers , les a meilleurs laissent subsister, dans le monde « et dans l'âme humaine, la statue de Dieu, « s'il est permis de se servir d'une telle exce pression, mais la statue seulement, une « image, un marbre. Dieu lui-même n'y est « plus. Les chrétiens seuls ont le Dieu vi- « vant. Or, c'est du Dieu vivant que nous « avons besoin. Il faut, pour notre salut préce sent et futur, que la foi dans l'ordre surna- (c turel , que le respect et la soumission à (c l'ordre surnaturel, rentrent dans le monde ce et dans l'ame humaine , dans les grands ce esprits comme dans les esprits simples ,

« dans les régions les plus élevées comme « dans les plus humbles. »

Dieu veuille que nous ne sortions pas encore des crises présentes en nous en retournant encore chacun chez nous!

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