‹ Méditations pour se disposer à l'humilité et a la pénitence avec quelques considérations de piété pour tous les jours de la semaineChapitre 2 sur 12 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

LE dessein des Méditations suivantes est d'abattre Vorgueil de l'esprit, et de le disposer à l'humilité et à la pénitence.

L'homme est si peu de chose, qu'il suffit de le connaître pour le mépriser; et il est si déréglé et si corrompu, qu'on se sent obligé de le haïr lorsqu'on ne le considère qu'en lui-même, je veux dire sans rapport à Jésus-Christ, qui a rétabli toutes choses. On ne fait donc que le représenter dans les Considérations suivantes comme créature, comme fils d'un père pécheur, et comme pécheur lui-même; et on croit que cela suffira pour nous donner les sentiments que nous devons avoir de nous-mêmes.

Si les hommes après avoir senti vivement leurs misères et reconnu sérieusement leurs obligations, demeuraient toujours insensibles

aux plaisirs, incapables de vanité, et fort pénétrés des vérités essentielles, ces méditations ne seraient propres que pour ceux qui commencent leur conversion. Mais on croit pouvoir dire qu'elles seront utiles à tous ceux qui voudront bien s'en servir, non tant parce qu'elles leur apprendront ce qu'ils ne savaient pas, que parce qu'elles les feront penser à des choses auxquelles ils ne pensent jamais assez.

pour se disposer

De V homme considéré comme créature, l. Considération.

L'Homme n'est qu'un pur néant par luimême : il n'est que parce que Dieu veut qu'il soit; et si Dieu cessait seulement de vouloir que l'homme fût, l'homme ne serait plus. Car si Dieu peut anéantir ses créatures,* ce n'est pas en voulant positivement qu'elles ne soient pas ; puisque Dieu ne peut pas aimer ou vouloir positivement le néant qui n'a rien de bon. Mais il peut les détruire, parce qu'il peut cesser de vouloir qu'elles soient. Car comme les créatures ne renferment Das toute la bonté, elles ne sont

* Ce n'est pas que Dieu cesse de vouloir ce qu'il a voulu, puisque ses volontés sont éternelles et immuables. Mais il a pu de toute éternité et par une volonté immuable, vouloir que ce qui est, fut jusqu'à ce moment, et non davantage.

point invinciblement ni nécessairement aimables : outre que Dieu se suffit à lui-même, et possède tout ce que les créatures ont de réalité et de perfection.

Elévation à Dieu.

Mon Dieu, faites-moi continuellement sentir la dépendance où je suis de votre volonté toute-puissante. Mon être est à vous, et la durée de mon être ou mon temps est aussi à vous. Que je suis injuste ! Mon être est, pour ainsi dire, l'être de Dieu: mon temps est véritablement le temps de Dieu, car je suis plus à Dieu qu'à moi, ou plutôt je ne suis point du tout à moi, je ne sub siste point par moi, et cependant je ne vis et je n'emploie le temps de Dieu que pour moi. Héîas, que je me trompe! Tout le temps que je n'emploie point pour vous, t mon Dieu, je ne l'emploie point pour moi je le perds : et je ne me cherche, et je ne me trouve, que lorsque je vous cherche, ei que je vous trouve.

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