‹ Méditations pour se disposer à l'humilité et a la pénitence avec quelques considérations de piété pour tous les jours de la semaineChapitre 3 sur 12 · II. Considération · texte numérisé non relu

II. Considération

L'Homme n'est que faiblesse et qu'impuis sance par lui-même. Il ne peut vouloi le bien en général que par l'impression cou

tinuelle de Dieu, qui le tourne et qui le pousse sans cesse vers lui ; car Dieu est le bien indéterminé ou infini, le bien universel qui comprend tous les biens. L'homme ne peut aussi par lui-même vouloir aucun bien en particulier : il ne le peut que parce qu'il est capable de déterminer vers tel bien l'impression que Dieu ne lui donne que pour lui.

L'homme ne peut ni vouloir ni faire le bien que par un nouveau secours de la grâce qui l'éclairé par sa lumière, et qui l'attire par sa douceur : il ne peut par luimême que pécher.

L'homme ne pourrait pas même remuer le bras, si Dieu ne communiquait à son sang, et aux alimens dont il se nourrit, une partie du mouvement qu'il a comme répandu dans toute la matière; et s'il ne déterminait ensuite, selon les différentes volontés de l'homme impuissant, le mouvement des esprits, en les conduisant vers les tuyaux des nerfs, que l'homme même ne connaît pas.

Ainsi c'est l'homme qui veut remuer soifi bras ; mais c'est Dieu seul qui peut et qu/ sait le remuer. Car enfin, si Thomme ne

mangeait pas, et si ce qu'il mange ne se digérait et ne s'agitait pas dans ses entrailles et dans son cœur pour se changer en sang et en esprits, sans attendre les ordres de sa volonté; et si ces esprits n'étaient conduits par une main savante dans un million de différents tuyaux, ce serait en vain que l'homme qui ne connaît pas les organes secrets de son corps, le voudrait

remuer.

Elévation à Dieu.

Mon Dieu , que je sache toujours que sans vous je ne puis rien vouloir, que sans vous je ne puis rien faire ; et que je ne puis pas même sans vous remuer la moindre partie de mon corps. Vous êtes toute ma force, ô mon Dieu ; je mets en vous toute ma confiance et toute mon espérance. Couvrez-moi de confusion et de honte, et faites-moi intérieurement de sanglants reproches, lorsque je suis si ingrat et si téméraire qne de me servir de mon bras pour vous offenser, puisque c'est uniquement par l'efficace de votre volonté, et non par l'effort impuissant de la mienne qu'il se remue, lorsque c'est moi qui le remue.

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