‹ Méditations pour se disposer à l'humilité et a la pénitence avec quelques considérations de piété pour tous les jours de la semaineChapitre 5 sur 12 · IV. Considération · texte numérisé non relu

IV. Considération

L'Homme par lui-même est insensible e comme mort. Les corps qui l' environ nent ne peuvent agir sur son esprit. Peut être qu'une épée peut me percer, et fain ainsi quelque changement dans les fibre de ma chair: mais certainement elle m peut me faire souffrir de douleur. Un« musique peut-être peut ébranler l'air, e ensuite les fibres de mon cerveau: mai certainement mon esprit n'en peut êtr ébranlé. Mon âme est bien au-dessus d mon corps; et il n'y a aucun rapport né cessaire entre l'une et l'autre de ces deu: parties de moi-même. Je sens d'un autr côté que le plaisir, la douleur, et tous le

autres sentimens que j'ai, se font en moi indépendamment de moi, et même souvent malgré tous les efforts que je fais au contraire. Ainsi je ne puis douter que ce ne soit quelqu'autre chose que mon âme, qui donne la vie et le sentiment à mon àme. Et je ne connais point d'autre puissance que celle de Dieu, pour agir ainsi sur l'esprit de ses créatures. Il faut être le souverain de l'âme pour la punir et pour la récompenser, pour la réjouir et pour l'affliger.

Elévation à Dieu,

MON Dieu puisque je ne vis que par vous, que je ne vive que pour vous, que je sois insensible à tout, hormis à votre amour. 'Mon Dieu, faites-moi bien connaître que outes les créatures ne peuvent me faire ni bien ni mal, qu'elles ne peuvent me faire sentir ni plaisir ni douleur, que je ne dois bi les craindre ni les aimer, qu'il n'y a que vous, ô mon Dieu, que je doive craindre et que je doive aimer; puisqu'il n'y a que vous qui puissiez me récompenser en tee comblant de plaisirs comme vos élus, et qui puissiez me punir en m'accablant de douleurs comme les réprouvés.

O mes chastes délices, puisqu'il n'y a qu( vous, comme Auteur de la nature, qui soyes la cause des plaisirs que je sens, et qu€ ces plaisirs m'attachent misérablement à h terre, au lieu de m'unir à vous qui me les faites goûter; je vous prie que je ne les sente plus si violents, dans l'usage des cho ses que vous me défendez. Répandez une sainte horreur, et une amertume salutaire sur les objets de mes sens, afin que je puis se m'en détacher: et faites-moi sentir dans votre amour la délectation de votre grâce afin que je m'attache à vous. Que la douceur que je goûte en vous aimant augmente mon amour , que mon amour renouvelle k sentiment de votre douceur, que je croisse ainsi en charité, jusqu'à ce qu'étant enfin plein de vous, et entièrement vide de moimême et de toute autre chose, je rentre ei je me perde en vous, ô mon Tout, comme dans la source de tous les êtres; et que cette parole de votre Apôtre, Deus erit ^ omnia in omnibus, s'accomplissant entière ment en moi, je me trouve moi et toutes choses en vous.

De l'Homme considéré comme Fils d'un Père pécheur.

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