I. Considération
'Homme, comme nous avons reconnu
rfdans les considérations précédentes, est par lui-même qu'un pur néant. Il n'est le faiblesse, qu'impuissance, que ténèbres ;
reçoit continuellement de Dieu la vie,
sentiment, le mouvement, enfin tout son re et toutes ses puissances. Il est sans mte dans une obligation fort étroite de connaissance et d'amour envers Dieu, lisqu'il est dans une si grande dépendance
lui, si on le considère seulement comme éaturc. Mais si on le considère comme s d'un père pécheur et comme pécheur Umême, on trouve une si grande multi- Lcité de devoirs essentiels et indispenbles qu'il doit rendre à Dieu, et en même nps une telle impuissance et une telle lignite à le faire, que tant s'en faut qu'il isse rendre ces devoirs, que même il n'y rait pas reçu, si notre Médiateur JÉSUS- ÏRIST ne lui en avait mérité la grâce par
mort. Et c'est pour cela qu'il ne faut
pas considérer rhomme seulement comn fils d'un père pécheur et comme péchei lui-même : il faut sans cesse le regarder € J.-C. car c'est seulement en JÉSUS-Chriî que nous pouvons plaire à Dieu.
IL Considération.
L'Homme, considéré comme fils d'un p cheur, est un réprouvé; c'est un enn mi de Dieu, et l'objet de sa colère. C'est i malheureux enfant que son père ne ve point voir, et qui ne verra jamais son pèr car c'est un enfant que son père n'air point, et dont le père ne veut pas mer être aimé. Je m'explique.
Dieu aimait Adam avant son péché, et voulait en être aimé : il voulait bien communiquer à lui, et comme se familia ser avec lui. Il lui disait comme à no mais d'une voix bien plus claire et bi plus intelligible : Je suis ton bien, ne t' tache qu'à moi, et ne mets ton espérai ( qu'en moi. Ses sens et ses passions se t n saient à cette parole ; et il n'entendait po|r ce bruit confus et flatteur qui s'élève nous malgré nous, et qui s'oppose sans r pect à la vérité qui nous parle. Dieu
Priait, et point de murmure. Dieu Téclaiait, et point de ténèbres. Dieu lui comnandait, et point de résistance ni d'oppoition de sa part. La douceur et la joie [u'il sentait de se voir ainsi dans la faveur, t sous la protection d'un Dieu qui ne deait jamais l'abandonner, s'il ne le quittait 5 premier, le tenaient attaché à lui par les liens qui semblaient ne se devoir jamais rompre.
Si Dieu ne portait point Adam par des ïlaisirs prévenans à l'aimer, c'était afin qu'il léritât plus promptement sa récompense.
lui avait laissé son libre-arbitre, afin qu'il ût faire choix par lui-même ; et il lui avait onné toutes les lumières nécessaires, afin u'il fit un bon choix. Il voyait clairement t qu'il devait faire pour être solidement t parfaitement heureux, et rien ne l'emêchait de le faire tant qu'il le voulait.
Mais il n'était pas séparé de lui-même; c il goûtait en se considérant une joie ou tie douceur intérieure, qui lui faisait senr, (je ne dis pas clairement connaître) que i perfection naturelle était la cause de sa licite présente. Car la joie semble suivre î la vue de nos propres perfections natu-
rellement et indépendamment de toute autr< chose, à cause que nous ne pensons paj sans cesse à celui qui opère sans cesse ei nous.
Ou bien Adam ayant un corps, il goûtail lorsqu'il le voulait ainsi, dans l'usage actue des choses sensibles, des plaisirs qui lu faisaient sentir (je dis sentir) que les corp étaient son bien. Il connaissait sans dout que Dieu était son bien : mais il ne le sen tait pas, car il ne goûtait pas de plaisi prévenant dans son devoir. Il sentait auss que les objets sensibles étaient son bien mais il ne le connaissait pas, car on n peut pas connaître ce qui n'est pas.
Lorsqu'Adam sentait que les objets sens blés étaient son bien, ou lorsqu'il s'imag nait avoir en lui-même la cause de son boip^ heur; en un mot, lorsqu'il goûtait du plap sir dans l'usage des corps, ou lorsqu'il sei tait de la joie dans la vue de ses perfe<f2i lions, son sentiment diminuait la vue claii de son esprit, par laquelle il connaissa que Dieu était son bien. Car le sentimeiN confond la connaissance, parce qu'il modp fie l'esprit, et qu'il en partage la capaci qui est finie. Ainsi Adam, qui connaissaf ce
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airemeat toutes ces choses, devait incesimment être sur ses gardes. Il devait ne |Oint s'arrêter au plaisir qu'il goûtait, de peur e se laisser distraire, et de se perdre en se tissant corrompre II devait demeurer ferme ans la présence de Dieu, ne s'arrêter qu'à i lumière, et faire taire ses sens. Mais se ant trop à soi-même , sa lumière s'étant Lssipée par le goût des plaisirs sensibles, par un sentiment confus d'une joie pré- )mptueuse; et s'étant ainsi distrait insenblement de celui qui faisait véritablement toute sa force et toute sa félicité, fi sentiment vif de complaisance pour sa mme l'a fait tomber dans la désobéissance : il a été justement puni par la rébellion î ses sens, auxquels il s'était volontaireent soumis. Il semble par cette punition jie Dieu l'ait tout-à-fait quitté, que Dieu ait plus voulu en être aimé, et qu'il lui ait g )andonné les choses sensibles pour être |j ^bjet de sa connaissance et de son amour. ,jiLa malédiction de Dieu contre Adam est g, pbée sur tous les enfants de ce père re- ^jj file. Dieu s'est retiré du monde : il ne se j mmunique plus au monde ; il le repousse jg contraire incessamment de lui. On souf-
ro
fre de la douleur lorsqu'on court après* li Dieu ; et l'on goûte de plusieurs sortes de 1j plaisirs, lorsqu'étant lassé de le suivre par ei des voies dures et pénibles, l'on s'attache à ses créatures. Le monde ne connaît point do clairement qu'il faut aimer Dieu, ou qu'ira ne faut aimer véritablement que Dieu ; ei ae il sent au contraire d'une manière très vive oi et très engageante, qu'il faut aimer autre bn chose que Dieu, et par conséquent le mon- înf; de n'aime point Dieu : il s'éloigne sans cesse i de lui, et il est même dans l'impuissance Iffi de se tourner vers lui. Il a été honteuse ment chassé du Paradis terrestre en Adam il n'y a plus de Ciel, plus de Dieu, plus de félicité pour lui; il est anathème, et ana thème éternel. C'est un crime que de iu vouloir du bien; Dieu ne lui en veut point el et ne lui en voudra jamais considéré te mt qu'il est. Il ne peut même sans se faire tort as s'en vouloir à soi-même: car il ne peut s< vouloir du bien sans blesser l'ordre immu able de la justice, sans irriter celui dont 1î volonté essentielle et nécessaire est l'ordre ev et sans augmenter l'aversion et la hain d'un Dieu vengeur. Que faire dans cet éta em malheureux? Enrager et se désespérer ; cher
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511] Toi
1er le néant, puisqu'on n'a point Dieu.
!ais le néant même est peut-être une fa-
eur, et l'on n'en mérite point: on ne le
•ouvera donc point. On peut bien se faire
lourir, mais on ne peut s'anéantir: et si
L mort était le néant, certainement l'hom-
e ne pourrait se donner la mort. Que faire
onc à tout ceci? Le voici. S'humilier pro-
)ndément et se haïr mortellement comme
ifant d'Adam, et ne s'aimer et ne se con-
dérer, ni soi ni les autres, qu'en JÉSUS-
HRIST, et que selon JÉSUS-ChrisT, en qui
se l)utes choses subsistent, et par qui nous
Il DUS sommes réconciliés avec Dieu.
^j Klévation à Dieu.
lu Mon Dieu, que je me souvienne toujours nt e la malheureuse qualité que je porte d'enie nt d'Adam ; que comme tel, je ne mérite )rl is seulement de penser à vous, de vous SI lorer et de vous aimer ; que je dois être ûti )ntinuellement dans des ténèbres épaisses, li c dans des sécheresses effroyables, éloigné Ire 2 vous, méprisé et rebuté de vous comme inia anathème éternel, et sans aucun droit jta i me plaindre de votre juste rigueur, ni îer vous, ni même à vos créatures. Que je
m'humilie ô mon Dieu, et que je me haïsse selon cet état, puisque selon cet état je suis incapable de vous aimer; et qu'avec une foi humble j'aie recours à votre Fils, qui nous a rendu la paix, et par qui nous avons un accès libre auprès de vous, pour voua rendre ce que nous vous devons, et pour vous demander ce qu'il semble que vous devez à notre misère. O JÉSUS mon libéra teur achevez votre ouvrage: dépouillez-moi du vieil homme, et me revêtez du nouveau Je ne veux plus aimer en moi que ce que vous y avez mis, ou plutôt je ne veux plus aimer que vous en moi. Vous êtes toute ma sagesse et toute ma force, vous faites aussi toute ma gloire et toute ma félicité