‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 100 sur 258 · MÉDIT · texte numérisé non relu

MÉDIT

1° Jésus souffrant satisfait pour nous.

Le Rédempteur, dans sa passion, nous a ouvert une source abondante de satisfaction, qui nous met à même d'apaiser la justice éternelle. « Satisfaire pour une injure, dit saint Thomas, c'est restituer à l'offensé autant ou plus d'honneur qu'on ne lui en a enlevé, et exciter en lui autant ou plus d'amour qu'on n'a provoqué de sa part, de haine et de répulsion. » Or il était impossible à toute créature de payer une telle dette, de s'acquitter d'un tel office. Car il fallait faire réparation à Dieu pour sa gloire enlevée, ses préceptes dédaignés, ses bienfaits rejetés, sa bonté outragée, sa sagesse, sa puissance et sa justice indignement méprisées. Et quel autre qu'un Homme-Dieu eût pu suffire à cette tâche?

Non seulement le Sauveur y a suffi, mais il a même donné à son divin Père une compensation supérieure à nos offenses ; ce qu'il a fait, selon le Docteur angélique, par l'immensité de son amour, par la dignité de sa personne, par l'universalité de sa Passion et la grandeur de ses souffrances.'1 1° Son amour, qui le comprendra? il communiquait à la moindre de ses prières, de ses larmes, de ses aspirations, une excellence infinie. — 2° La dignité de sa personne et du sacrifice qu'il offrait de lui-même, n'est pas moins admirable. Elle rendait à Dieu infiniment plus de gloire que le péché originel ne lui en avait ravi. — 3° Ses souffrances si multiples, si intenses, si efficaces, ne réparent-elles pas, à leur tour, surabondamment l'injure faite au Créateur par son ingrate créature ?

Adam pèche par son orgueil, et nous avec lui; nous voulons, comme Lucifer, égaler le Très-Haut. Que fait Jésus pour nous guérir ? Il s'abaisse au dernier rang et se laisse traiter comme le plus abject des scélérats. — Adam se révolte, il refuse d'obéir à Dieu ; et combien de fois, hélas ! ne l'avons-nous pas imité! mais voici Jésus qui nous donne l'exemple de la plus entière soumission, en faisant de l'obéissance sa nourriture, sa respiration, sa vie. — Le premier homme et nous, nous avons péché par sensualité, nous avons préféré la jouissance à la volonté divine. Mais le Rédempteur expie notre faute par une vie pauvre et souffrante, et finalement par une mort cruelle, plus douloureuse que celle des martyrs.

0 Jésus! je m'unis à la grande satisfaction que vous offrez pour

(1) Summa, p. 5, q. 43. a. 2.

moi sur le Calvaire et sur nos Autels, et, pour mieux y participer, je vous demande les grâces suivantes : 1° De me repentir vivement de mes péchés et d'en combattre la cause dans mes inclinations perverses. 2° De porter avec courage ma croix de chaque jour ou les peines inhérentes à mes devoirs d'état. Telle est, ô Jésus ! la meilleure pénitence que je puisse offrir au Père éternel, en union avec la vôtre, qui est votre Passion douloureuse.

2*' Jésus souffrant mérite pour nous.

Le Rédempteur, en mourant, ne mérita pas seulement pour lui-même, mais aussi pour toute l'Eglise, dont il est le chef et dont nous sommes les membres. Sa dignité infinie, sa charité sans bornes communiquaient à toutes ses œuvres et à toutes ses souffrances un mérite de grâce et de gloire incompréhensible, et qui suffirait à sauver une infinité de mondes plus vastes que le nôtre. Tel est le magnifique patrimoine qu'il nous a laissé après sa mort, et dans lequel nous pouvons puiser à tous les instants de notre vie, pour nous former un trésor, un capital de grâce, et mériter un jour l'héritage éternel !

Mais comment aurons-nous part a ces richesses si nobles et si désirables? Est-ce en les attendant purement de la bonté divine sans nous donner aucune peine? Loin de là : la Rédemption est un remède que nous devons nous appliquer ; c'est un travail commencé en nous par le Verbe incarné, et qu'il nous faut achever avec lui, suivant cette parole de l'Apôtre : « J'accomplis en moi ce qui manque à la Passion de Jésus.1 »

Comme remède, la croix du Sauveur nous ouvre les sources vivifiantes des sacrements, spécialement de la Pénitence et de l'Eucharistie. Là nous pouvons fermer nos plaies, guérir nos maladies, restaurer nos âmes et leur rendre une pleine santé. — Au moyen de la prière, qui est forte des mérites et des promesses de Jésus, nous pouvons, à tous les instants, conserver la grâce et nous prémunir pour l'heure des combats et des épreuves de cette vie.

Mais la Rédemption exige encore notre travail, joint à celui du Rédempteur. Depuis le jour où Jésus a versé son sang, il continue de nous en dispenser les mérites par l'action incessante de son Esprit-Saint. Toujours présent dans notre âme, cet Esprit

• (1) Col. 1, 24.

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