‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 99 sur 258 · LUNDI DE LA TASS10N. — HAINE DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

LUNDI DE LA TASS10N. — HAINE DU PÉCHÉ

croix, c'est le Créateur. Là, ce sont de vrais coupables; ici, c'est l'Innocence infinie chargée des crimes d'autrui. Ah! si l'on punit ainsi l'innocent qui n'a que l'apparence du pécheur, que deviendront les criminels eux-mêmes? Et si le Dieu du ciel est traité si cruellement pour des vers de terre tels que nous sommes, quel châtiment sera le nôtre, si nous devons payer nous-mêmes éternellement la dette entière de nos péchés ? Ah î pleurons, gémissons au pied du divin Crucifié; mêlons nos larmes de repentir au sang du Rédempteur expirant.

0 Jésus! donnez-moi le regret le plus sincère, le plus profond de vous avoir déplu, à vous qui m'avez tant aimé. Que dis-je? j'ai payé vos bienfaits par des outrages et des ingratitudes sans nombre. Je m'en repens de tout mon cœur, et je suis résolu : 1° De mortifier désormais mes sens et mes inclinations perverses. 2° De méditer souvent votre Passion si douloureuse et de m'y retremper dans la ferveur et la fidélité à votre amour.

2° La passion nous presse de kuir le péché.

Si jamais un vil insecte avait blessé à mort un de nos amis, de nos parents, ou un père tendrement aimé, pourrions-nous plus longtemps en supporter la vue, et ne l'écraserions-nous pas avec indignation? Nos péchés ont crucifié, ont fait mourir de la manière la plus cruelle, notre Créateur, notre Rédempteur, notre Dieu, et nous pourrions cesser un seul instant de travaillera les détruire? — S'il y avait dans notre jardin une plante assez vénéneuse pour changer en un poison mortel toutes les eaux de l'océan, avec quel empressement nous irions l'arracher ! Et voici que nos péchés ont changé en une mer de justice l'océan des divines miséricordes; voici que les flots de la colère de Dieu ont submergé le Saint des Saints dans les angoisses et la tribulation, parce qu'il a pris sur lui nos crimes; et nous n'aurions pas, de ces crimes, l'horreur la plus profonde et la plus efficace? Et nous n'emploierions pas toute notre vie à détruire en nous jusqu'aux racines, ces plantes déicirles, qui ont empoisonné notre ûme et fait mourir notre Dieu?...

0 Seigneur! c'en est fait. Je veux repousser avec horreur les suggestions de Satan, les séductions du monde et de mes passions. Placé entre vous, le Bien suprême, et la malice du péché, comment pourrais-jc encore, ô Jésus ! hésiter dans mon choix ? Cependant

je suis si faible, que je compte uniquement sur votre grâce. Faites-moi préférer mille fois vivre innocent avec vous dans la souffrance, que coupable loin de vous dans le plaisir. Au lieu de contribuer encore par mes fautes, à vos opprobres et à vos douleurs, je veux désormais vous consoler par mon repentir et ma fidélité.

Je fuirai soigneusement, non seulement ce qui vous offense, mais même ce qui pourrait tant soit peu vous déplaire. Plus de pensées vaines, de sentiments d'aigreur, de paroles peu charitables; plus de fautes contre l'obéissance et la patience; plus de dissipation, de légèreté, de distraction dans la prière, de négligence et de lâcheté dans mes devoirs d'état et dans la recherche de la perfection. Je veux, dès ce moment, ô Jésus ! m'occuper de vous, méditer votre vie, votre mort, m'habituer à l'idée de la souffrance, de l'humiliation, du sacrifice, afin de me rendre conforme à votre doctrine et à vos exemples. — 0 Mère de douleurs ! faites que ma conduite réjouisse désormais le Cœur de Jésus et le vôtre, autant que je les ai affligés par mes iniquités.

mardi de la passion. - Contrition.

Préparation. — Puisque le péché est un si grand mal, achevons d'en concevoir de l'horreur, pur tous les motifs que nous fournit la foi. Voyons donc le tort qu'il fait : 1° A l'âme qui le commet. 2° A Dieu qui est offensé. — Nous repasserons ensuite dans l'amertume de notre cœur, toutes les années de notre vie, pour en réparer le désordre par un sincère repentir et par une résolution efficace de nous sanctifier à tout prix. Recogitabo annos meos in amaritudine animas meœ.1

1° Tort que le péché fait a l'ame.

0 mon Créateur et mon Dieu ! j'ai osé dire autrefois dans mon cœur : « J'ai péché, et que m'est-il arrivé de triste ? » Peccavi, et quid mihi accidit triste^ Malheureux que j'étais! je l'oubliais alors : perdre votre amitié, c'est perdre un bien d'un prix infini; se faire votre ennemi, c'est un plus grand mal que d'avoir

(l)Is, 58, 15. (l)Eccli, 5, 4.

contre soi le genre humain tout, entier. 0 infortuné que je suis! mon ame, d'abord si belle par le baptême, que devient-elle par le péché? hélas! faut-il le dire? elle se rend semblable aux esprits immondes. Autrefois l'enfant de Dieu, le sanctuaire de PEsprit- Saint, elle n'est plus que Pesclave de Satan et le repaire des démons. Dépouillée des vertus et des dons surnaturels, à quel état de pauvreté ne s'est-elle pas réduite? Sans mérite, ni pouvoir de mériter, il ne lui reste rien en dehors des moyens de se convertir. 0 déplorable indigence!...

La voilà donc, Seigneur! la voilà cette ame créée à votre image, rachetée de votre sang, enrichie de vos faveurs, la voilà telle que l'a faite l'iniquité! Réduite à la plus extrême misère, elle n'a plus ni beauté, ni vigueur ; morte à vos regards divins, elle ressemble à un cadavre infect. Où sont la paix et le bonheur dont elle jouissait naguère? hélas! tout s'est évanoui. L'inquiétude l'agite, le chagrin la ronge, le remords la tourmente jour et nuit. Elle n'a plus à attendre que le feu éternel avec toutes ses horreurs, si elle ne change de conduite.

Ah ! qui me donnera des larmes assez amères pour pleurer le malheur de m'ètre réduit à un si triste état par ma volonté perverse? 0 mon Dieu ! en vous offensant, j'ai commis un mal capable de changer les anges en < démons et les saints en réprouvés. Et dans quel espoir Pai-je fait ? Etait-ce pour acquérir une dignité, une fortune, un royaume? hélas! c'était pour une fumée d'honneur, un indigne plaisir, un vil intérêt! et voilà pourquoi j'ai perdu les plus précieuses prérogatives, les biens les plus solides, l'avenir le plus désirable; — et je me suis condamné à un esclavage honteux, à une ruine totale, à des supplices sans fin !

0 Jésus! inspirez-moi %la plus vive horreur de ma conduite insensée, et donnez-moi le courage de la réparer par une attention constante sur moi-même — et une prière continuelle.

2° Tort que le péché fait a dieu.

0 mon Seigneur et mon Dieu! comment moi, vil néant, poussière méprisable, ai-je osé me révolter contre votre Majesté souveraine, qui donne à tous les rois de la terre leur pouvoir et leur dignité? Au moment où vous me conserviez l'existence, j'ai eu l'audace insensée de vous outrager, au risque d'être frappé de mort par un juste arrêt de votre colère. J'ai offensé votre sagesse,

en traversant les desseins de votre Providence; et, sans avoir égard à votre immensité qui remplit l'univers, j'ai bravé votre présence, en péchant sous vos regards divins. 0 honte, qui devrait à jamais confondre mon orgueil! 0 ingratitude monstrueuse, capable d'arracher des larmes aux cœurs les plus durs et les plus insensibles! Comment, ô mon Dieu! votre sainteté infinie a-t-elle pu me souffrir ?

O Père, qui m'avez adopté pour votre enfant sur les fonts baptismaux! j'ai eu la témérité de vous renier, et de dépenser comme l'enfant prodigue les trésors de grâce que vous m'aviez confiés. 0 Fils, Verbe incarné! je vous ai déshonoré, foulé aux pieds, comme parle l'Apôtre; j'ai profané votre sang, et rendu inutiles vos tourments et votre mort. Et vous, ô Esprit d'amour! combien je vous ai contristé, en résistant à vos inspirations ! que dis-je, en poussant la perfidie jusqu'à vous étouffer dans mon cœur!

0 Dieu éternel ! que d'moLES je me suis créées, en aimant les créatures ! que d'opprobres j'ai infligés à vos attributs divins ! j'aurais dû les adorer et les aimer jusqu'à l'épuisement de mes forces, et je me suis fait leur adversaire. 0 Roi immortel ! quelle criminelle audace a été la mienne! je vous ai chassé de mon àme, qui était votre trône, et j'y ai fait asseoir votre plus mortel ennemi, le démon lui-même. Usant de vos bienfaits pour vous attaquer en face, mon esprit s'est mis en révolte, mes passions se sont insurgées, et ma volonté criminelle, quelle horreur! est devenue le poignard que j'ai plongé, hélas ! dans votre cœur, ô mon Père! mon Créateur, mon Bienfaiteur et mon Dieu !...

Ah ! qui me donnera le plus sincère et le plus vif repentir, afin de déplorer sans relâche le malheur indicible d'avoir péché. Pour concevoir ce malheur, il faudrait comprendre l'excellence infinie de l'offensé,' et la bassesse du 'néant qui l'outrage. Vous seul, ô mon Rédempleur! pouvez expier un tel forfait. — 0 Mère de douleurs ! faites-moi mourir de regret d'avoir crucifié si souvent votre très adorable et très aimable Fils, après avoir reçu de lui tant de bienfaits.

MERCREDI DE LA PASSION. — EFFETS DE LA RÉDEMPTION. c207

mercredi de la passion. — Effets de la Rédemption.

Préparation. — Après avoir compris pourquoi Jésus souffrant a dû combattre le péché, méditons les biens que nous procure sa Passion : 1° Elle nous préserve de l'enfer et nous ouvre le ciel. 2° Elle nous fournit, dans l'Eglise catholique, tous les moyens d'arriver au salut. — Nous profiterons de ces moyens, si nous sommes résolus d'écouter avec foi la parole de Dieu et de recevoir les sacrements avec humilité, confiance et dévotion, afin de participer aux mérites du sang par lequel nous serons sauvés. J-ustificati in sanguine ipsius, salvi erimus.*

lo La passion nous ferme l'enfer et nous ouvre le ciel.

Pour comprendre l'immense service que nous a rendu le Rédemp teur en nous préservant de l'enfer, il faudrait savoir ce que sont les supplices éternels. Sainte Thérèse, qui en a eu révélation, assure que tout ce qu'en disent les prédicateurs et les écrivains n'est rien auprès de la réalité. Le feu le plus ardent de ce monde, continue-t-elle, est comme un feu en peinture, comparé au brasier qui torture les damnés. Us y sont comme hachés en mille morceaux, sans la moindre espérance de consolation. Dans cet effroyable séjour, on respire une odeur pestilentielle et l'on y est continuellement suffoqué. Le corps et l'âme y sont en proie à d'iNTOLÉRABLES douleurs ; et, ce qui y met le comble, c'est la certitude où l'on est qu'elles seront sans fin et sans adoucissement. Voilà dix ans écoulés depuis cette vision, ajoute la sainte, et j'en suis encore saisie d'un tel effroi, que mon sang se glace en l'écrivant. — 0 Jésus ! si votre Passion douloureuse ne m'avait obtenu d'autre faveur que la préservation de tant de maux, ne vous devrais-je pas une reconnaissance éternelle ?

Mais le Sauveur a fait plus : il nous a ouvert la Jérusalem céleste, qui est non seulement la délivrance de toute peine quelconque, mais encore la possession assurée pour toujours de toutes les joies dont le cœur humain est capable. Inutile de vouloir décrire un tel bonheur mérité aux hommes par le sang d'un

(i)Rom. S, 9.

Dieu, et qui n'est autre que la béatitude de Dieu même. Arrêtonsnous plutôt à en remercier Celui qui a su nous l'acquérir....

Est-ce à peu de frais que ce généreux Rédempteur est venu à bout de son entreprise? Notre salut ne lui a-t-il coûté qu'une prière, une parole ou une larme versée sur nous? Non, et nous devons admirer ici l'incompréhensible dévouement de notre Sauveur. Sans avoir besoin de nous, et malgré nos offenses, nos perfidies, nos trahisons, nos ingratitudes, il nous arrache à l'enfer et nous ouvre le ciel, au prix de trente-trois années de travaux, de privations, de souffrances, terminées par la mort la plus cruelle et la plus humiliante qui fut jamais. 0 prodige de la bonté du Tout-Puissant ! 0 charité toute pure et infiniment désintéressée ! pour sauver des esclaves, le Roi de gloire s'est réduit au néant et a pris notre place sur le gibet de l'ignominie.

Ah ! Seigneur, que vous rendrai-je en retour de tels bienfaits ? Vous remercier, c'est trop peu ; vous aimer, c'est encore trop peu ; je ne puis faire rien de moins, je veux me consacrer tout entier, corps et âme, et pour toujours, à votre service. Je veux diriger vers vous seul mes intentions, mes affections, toute mon activité, à tous les instants de ma vie et jusqu'à mon dernier soupir.

2° La passion nous a donné l'église.

Non content de nous avoir fermé l'enfer et ouvert le ciel par ses souffrances, le Sauveur voulut nous assurer la jouissance des biens qu'il nous a mérités pour nous sauver. Il fonda donc son Eglise, cette Eglise figurée par le sang et l'eau qui jaillirent du côté de Jésus, au coup de lance du soldat. Enfantée par la mort vivifiante de son Auteur, cette Epouse du Christ subsistera jusqu'à la fin des siècles, communiquant à toutes les générations humaines les grâces abondantes de la Rédemption. L'infaillibilité de son Chef, en matière de foi et de mœurs, la vérité de sa doctrine prêchée par toute la terre, l'efficacité de ses sacrements qui, semblables à des canaux mystérieux, répandent dans les âmes dociles, jusqu'aux extrémités du monde, la lumière, l'espérance et la vie; tous ces moyens précieux rendent le salut facile aux hommes de bonne volonté, surtout quand ils y joignent la lecture des livres de piété, la méditation des vérités révélées, et spécialement la prière rendue toute-puissante par le Sauveur, qui l'a revêtue de ses mérites et de ses promesses.

Qui n'admirera comment l'Eglise, en vertu du sang de Jésus, son Epoux, engendre ses enfants par le Baptême, les affermit dans la foi par la Confirmation, les guérit de leurs maladies spirituelles par la Pénitence, et les nourrit, les fortifie dans le Sacrement de nos autels ? Quelle sollicitude ne déploie-t-elle pas pour conserver aux âmes la saine doctrine, les préserver des dangers, les soutenir sur le chemin de la vie, les réconforter à l'heure dernière et les introduire dans le royaume éternel ! Partout et à tous elle offre les grâces divines ; elle ouvre au pécheur la voie du retour, et il n'est point de coupable si désespéré, qui ne trouve en elle une tendresse maternelle toujours prête à accueillir les cœurs repentants.

Combien de fois n'en êtes-vous pas l'objet ! Partageant ses biens avec vous, l'Eglise vous fait participer à son adorable sacrifice ; elle vous absout au tribunal sacré, et vous restaure dans le banquet eucharistique, où l'on vous sert l'Agneau sans tache immolé pour vous sur la croix.

0 Jésus, mon Rédempteur ! ce ne sera ni votre faute, ni celle de votre Eglise, si je viens à me perdre malgré vos mérites infinis. Préservez-moi désormais de la négligence et de la routine dans mes exercices de piété, de peur que, rendus inefficaces par ma tiédeur, ils ne me communiquent plus la sève qui me fait vivre et alimente en moi le zèle de mon salut. Sous la protection de votre divine Mère, je forme la résolution : 1° De réveiller en mon âme la ferveur en considérant mon indigence spirituelle et la valeur des biens acquis par votre Passion. 2° De profiter des sacrements, en m'y préparant par le recueillement habituel, la prière fréquente et des actes intérieurs de foi, de confiance et de dévotion.

jeudi de la passion. — Fruits de la Rédemption.

Préparation. — Jésus, du haut de la croix, déclare que son œuvre est consommée, qu'il nous a procuré tous les biens nécessaires au salut, c'est-à-dire : 1° La satisfaction. 2° Le mérite. — Comment prendrons-nous part à cette satisfaction, sinon par des actes de repentir, et à ce mérite, si ce n'est en purifiant nos intentions pour rendre nos actions complètes ou consommées en perfection? Ctim accepisset Jésus acetum, dixit : Consummatam est.{

(1) Joan. 19, 30.

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