‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 111 sur 258 · VENDREDI SAINT. (BIS.) — VICTOIRE DE JÉSUS CRUCIFIE · texte numérisé non relu

VENDREDI SAINT. (BIS.) — VICTOIRE DE JÉSUS CRUCIFIE

feu éternel. » L'humilité repentante est donc le caractère des élus, et l'orgueil obstiné, celui des esclaves de Satan. — Voulez-vous appartenir au Sauveur et partager le sort du larron pénitent? Comme lui pécheur, humiliez-vous comme lui. Car Jésus préfère l'humilité d'un coupable à l'orgueil d'un innocent.

0 mon Rédempteur crucifié ! je me prosterne au pied de votre croix, et je vous confesse mon ingratitude, dans l'amertume de mon cœur. C'est ma volonté superbe et insubordonnée qui, par ses péchés, vous a cloué à ce gibet infâme ; j'ai donc contribué, par ma malice, à faire mourir un Dieu ! 0 mal plus déplorable que la ruine de l'univers ! comment te réparer jamais? Mère de douleur et de miséricorde, faites-moi mourir de regret d'avoir Qté le bourreau de votre divin Fils. Obtenez-moi le courage de réparer le passé par l'esprit de pénitence, — d'abnégation —et de patience.

vendredi saint, (bis ) — Victoire de Jésus crucifié.

Préparation. — Afin de mieux comprendre l'immense bienfait de la Rédemption, nous méditerons : 1° La grande victoire de Jésus crucifié sur la mort et sur le péché. 2° Les effets précieux qui en découlent pour nous. — Nous prierons ensuite Jésus et Marie de nous inspirer le courage de répondre a tant de grâces qu'ils nous ont méritées ; car il ne nous en manque aucune, lia ut nihil vobis clesit in idla gratiaS

\o Jésus a vaincu la mort et le péché.

Comme David demanda spontanément à combattre contre Gol iath , et le provoqua en allant à sa rencontre, ainsi Jésus passa sa vie entière dans un vif désir de forcer la mort à cette grande lutte que nous rappelle le vendredi saint. « Je dois être baptisé, disait-il, d'un baptême de sang; et combien je me sens pressé du désir qu'il s'accomplisse ! 2 » — Il fit plus : il provoqua, en quelque sorte, la mort au combat, en allant au-devant de ceux qui devaient le faire mourir. David déposa les armes royales dont Saul l'avait revêtu, et se rendit au-devant de son adversaire, avec sa fronde et son bâton de pasteur ; Jésus, pour vaincre la mort, cette terri- Ci) 1 Cor. 1, 7. (2) Luc. 12,50.

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blè ennemie du genre humain, déposa pour ainsi dire sa gloire et sa puissance, et ne voulut d'autre arme que sa croix.

La mort cependant n'osait encore approcher de lui, pour trancher le fil de sa vie. Que fit aiors Jésus? « Mon Père! s'écria-t-il, je remets mon âme entre vos mains, » puis il baissa la tête comme pour donner à la mort le signal qu'elle attendait en hésitant. Elle fit donc son office, mais en le faisant, elle brisa son aiguillon. L'aiguillon de la mort, dit l'Apôtre,1 c'est le péché, à cause duquel elle pouvait nous faire passer de cette vie misérable à la mort éternelle. Or le triomphe de Jésus nous délivre de cette dernière mort. Nous devons mourir selon le corps, mais nos âmes sont affranchies de la mort du péché et de la mort éternelle qui en est la suite. Telle est la grande victoire remportée par Jésus crucifié !

Passons ce jour à savourer ces mystères ; remercions l'infinie bonté de Dieu qui nous a rachetés à un si grand prix; pleurons les douleurs de Jésus; réjouissons-nous de sa victoire et des grâces qu'il nous a méritées. Avant d'expirer, il nous a dit qu'il avait consommé l'œuvre de notre Rédemption ou de notre salut. Il ne nous reste plus qu'à nous appliquer ses mérites, en le priant souvent et en marchant sur ses traces. — Est-ce là votre conduite ? Espérez-vous peut-être mourir comme le Chef des prédestinés, sans avoir vécu comme lui ?

0 Jésus ! ne me laissez point tomber dans cette illusion funeste. Faites-moi comprendre que mon mérite, à la dernière heure, sera proportionné à l'esprit de foi, — d'obéissance — et de sacrifice, qui aura dirigé ma conduite. Dégagez-moi chaque jour de plus en plus des idées du monde, si contraires à vos maximes, et rappelez-moi sans cesse l'obligation où je suis de mourir à moi-même, pour imiter votre mort sur la croix et participer comme les saints à vos mérites infinis.

2° Fruits de la. victoirk de Jésus.

Jésus n'ayant par lui-même rien de commun avec la mort, s'il en a triomphé, c'est à notre profit. 11 nous l'a rendue douce en en faisant le passage à une vie meilleure. Avant la venue du Rédempteur, il était dur de quitter cette terre, même pour les justes, puisque le ciel leur était fermé. Par sa mort, dit l'Apôtre, le Christ a affranchi ceux que la crainte tenait assujettis pendant

(1) 1 Cor. 15. 52.

toute leur vie. — Oh ! comme la Confession, l'Eucharistie, l'Extrême-Onction, les indulgences, fruits précieux de la mort du Sauveur, contribuent à ôter à notre dernière heure toute son amertume ! « 0 mort ! s'écriait saint François d'Assise, qui a pu dire que tu étais amère ? »

Le Sauveur, en effet, a bu le premier au calice qui nous faisait peur, et il nous le présente pour nous y faire boire à notre tour. Mais que notre part est plus douce que la sienne ! Sur la croix où il agonisait, il ne trouvait aucun repos. Tous les flots de la colère divine semblaient passer sur lui ; et il expira de pure douleur, rassasié d'opprobres par ses créatures. Un tel spectacle n'est-il pas capable d'adoucir l'amertume de nos dernières angoisses, et de nous rendre la mort consolante ? — Habituons-nous à méditer Jésus crucifié, afin qu'au moment suprême la vue du Crucifix nous encourage et nous donne la paix, avec l'espérance du salut.

Rappelons-nous toutefois que la mort nous est devenue douce par la victoire de Jésus sur le péché. Nous participerons aux fruits de cette victoire, si nous triomphons en nous du péché et des penchants qui nous y portent. Réprimons donc en nous cet orgueil qui résiste à l'autorité légitime et refuse de lui obéir; — cette sensualité qui ne songe qu'au plaisir des sens et veut se satisfaire malgré les cris et les remords de la conscience ; — cette avarice insatiable, qui s'attache aux biens passagers sans se soucier des richesses éternelles.

0 mon Dieu! donnez-moi la force de triompher en moi des trois concupiscences que Jésus et Marie ont vaincues sur le Calvaire. A cette fin, rendez-moi désormais : moins ennemi de tout ce qui m'abaisse aux yeux des créatures ; — moins attentif à décliner ce qui contrarie les sens et l'amour-propre; — moins occupé de mes aises, de mon bien-être, de ma santé et du soin de ne manquer de rien sur cette terre d'exil, où Jésus, mon Sauveur, et Marie, ma Mère, ont manqué de tout.

samedi saint. - Sépulture de Jésus.

Préparation. — Pour nous pénétrer demain d'une douce tristesse et d'une suave espérance, nous méditerons : 1° La sépulture de Jésus. 2° Son repos dans le tombeau. —Nous formerons en outre des actes de repentir qui nous purifient de nos souillures,

et des actes de confiance dans les mérites de celui qui promet les biens célestes à ceux qui les recherchent avec ferveur. Quœ sursum sunt quœritè, quœ sursum sunt sajrite.1

lo La sépulture de jésus.

Puisque rien n'est petit de ce qui regarde. l'Homme-Dieu et le salut qu'il nous apporte, l'Esprit-Saint nous raconte toutes les circonstances de la sépulture du Sauveur. Joseph d'Arimathie, dit-il, vint demander à Pilate le corps de Jésus. Il l'enveloppa d'un linceul blanc, le mit dans un sépulcre neuf, taillé dans le roc, et roula une grande pierre pour en fermer l'entrée.2 Saint Jean ajoute que Nicodème apporta, pour l'embaumement de ce corps sacré, cent livres d'un mélange de myrrhe et d'aloès.3 — Ces détails, en constatant la mort du Rédempteur, servent à confirmer notre foi au grand mystère de sa résurrection.

Ils nous donnent, de plus, un modèle a suivre dans l'acquisition des vertus essentielles aux vrais disciples de Jésus. En effet, ne sommes-nous pas, par le baptême, selon l'expression de saint Paul, ensevelis avec Jésus-Christ, dans une mort mystique? Cette mort n'est autre, selon saint Thomas, que la conversion du cœur, par laquelle notre vieil homme disparaît comme dans un tombeau.

Mais, comme le premier soin des disciples fut d'embaumer le Sauveur avec une préparation d' aromates, ainsi le devoir d'une âme ensevelie dans le tombeau par la pénitence, est de travailler à recueillir le parfum des vertus qui la rendront parfaite. La blancheur du linceul de Jésus figure la pureté que doit avoir un cœur, pour s'unir étroitement à Dieu. Le mélange de myrrhe et d'aloès indique le moyen à prendre pour arriver à la pureté des saints. Ce moyen, c'est la mortification, laquelle nous sépare des choses extérieures, des biens créés et surtout de nous-mêmes, pour nous unir au souverain Bien. Sont-ce là nos dispositions?

0 Jésus! combien souvent j'oublie que je suis à l'école d'un Dieu crucifié, d'un Dieu enseveli pendant trois jours, pour m'enseigner à mourir à moi-même et à mettre au tombeau l'homme naturel, l'homme de péché qui vit en moi ! Ah ! daignez me montrer ce qui est dans mon âme le plus grand obstacle à ma sanctification. Est-ce la vaine gloire, le point d'honneur, la diificulté d'oublier une

(1) Col. 3. 1-2. (2) Matth. 27, 58. (3) Joan. 19, 39.

offense, de pardonner une injure, un manque d'attention ? ou bien, est-ce l'amour des jouissances, de la liberté de tout voir, de tout savoir, sans jamais me contraindre en rien ? 0 Jésus ! parlez à mon cœur ; car il est prêt à tout sacrifier dans l'intérêt de votre gloire et de mon progrès spirituel.

?o Jésus repose dans le tombeau.

Qui ne serait touché de la pauvreté de ce grand Dieu à qui tout appartient, et qui, non content d'être né dans une étable délaissée, veut encore mourir dépouillé et placé après sa mort dans un tombeau qui n'est pas à lui? Quelle leçon pour nous, qui tenons tanl aux vanités du monde et aux richesses périssables ! — Le tombeau de Jésus était creusé dans un jardin, pour nous signifier, dit saint Thomas, que la tombe doit être pour nous comme le portique du ciel. Dans les jardins célestes n'entrent point I'ivraie de nos défauts, de nos imperfections, moins encore les plantes vénéneuses de nos mauvaises habitudes et de nos passions immortifîées. On n'y admet que les vertus cultivées avec soin pendant le séjour plus ou moins long que nous faisons ici-bas. Gardons-nous donc de la tiédeur et de la négligence dans le travail de notre sanctification.

Le sépulcre de Jésus était neuf : c'est dans un coeur pur, un cœur tout renouvelé par la contrition, la prière et l'amour divin, que nous devons le recevoir à la table sainte, et en viatique à notre dernière heure, afin d'être comptés parmi les Élus. — Ce sépulcre, taillé dans le roc, nous marque encore la fermeté et la constance que requiert la vraie vertu. Il ne suffit pas, pour être sauvé, d'avoir servi le Seigneur extérieurement, ni pendant un certain nombre d'années ; mais il faut encore s'attacher à lui du fond du cœur et persévérer jusqu'à la fin dans son amour. — Après avoir placé respectueusement dans le sépulcre le corps inanimé de Jésus, les disciples l'y enferment, et tous, sans excepter Marie elle-même, se retirent, laissant le Rédempteur dans le sommeil de la mort. Nouvelle et dernière leçon pour nous! Un jour, après avoir déposé en terre nos dépouilles mortelles, tout le monde se retirera, nous laissant absolument seuls dans le lugubre isolement du tombeau. El soLum milii superesl sepulclintm !

0 Jésus enseveli ! du sépulcre où vous reposez, daignez par votre grâce purifier mon cœur, le dégager du monde, le sanctifier et

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