‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 138 sur 258 · LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE. — LE BON FASTEUR · texte numérisé non relu

LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE. — LE BON FASTEUR

rée. Quelle bonté généreuse ! Un Dieu, la grandeur même, l'infini, qui cherche une créature de néant, malgré l'ingratitude et l'infidélité, dont elle fait encore preuve, tous les jours, en fuyant le Pasteur et le bercail !

Dès qu'il a retrouvé sa brebis après beaucoup de fatigues, la voyant faible et impuissante, au lieu de la punir, il en a pitié ; au lieu de la faire marcher péniblement en la frappant de sa houlette, il la place charitablement suit ses épaules et la rapporte au bercail. Touchante image de sa miséricorde et de la douceur de sa grâce à l'égard du pécheur repentant ! Avec quel amour il le relève, l'encourage, le fortifie et lui facilite la voie du retour ! « A peine, ditlsaïe, a-t-il entendu la prière d'un cœur contrit, qu'il se hâte de lui répondre et de lui pardonner.1 » Combien de fois n'avons-nous pas été l'objet de cette bonté si prévenante de notre aimable Sauveur! Rappelons-nous notre passé, et ne cessons jamais de remercier Jésus de sa tendresse envers nous.

Rentré chez lui, le bon Pasteur, selon l'Evangile, convoque ses amis et ses voisins : « Félicitez-moi, leur dit-il, j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. Il y aura plus de joie dans le ciel, ajoute le Sauveur, à la pensée d'un pécheur qui se convertit, qu'à la vue de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence.2 » 0 charité ineffable de notre Dieu ! C'est la brebis qui devrait se réjouir d'avoir retrouvé son Pasteur et son bercail, mais non, le Sauveur ne parle ici que de sa propre joie et de celle des Anges; tant son Cœur est rempli d'amour envers l'âme qui revient à lui!

Ah ! si nous avions le désintéressement de Jésus, ne lui ferionsnous pas, en retour de sa tendresse si généreuse, un entier sacrifice de cette vie tiède, distraite et dissipée dans laquelle nous passons nos meilleures années, sous prétexte d'affaires et d'occupations, qui ne nous dispensent pas de nos devoirs envers lui ? Mes brebis fidèles, dit-il : 1° Me connaissent; et combien légèrement nous étudions cet adorable Pasteur, dans les mystères de ses grandeurs, de ses abaissements, de sa vie et de sa mort! — 2° Elles entendent ma voix, dit-il aussi ; et comment y être attentif, sinon par une vie recueillie, une vie qui nous fasse opérer pour des fins surnaturelles et en esprit de prière? — 3° Mes brebis, conclut le divin Maître, me suivent constamment, c'est-à-dire qu'elles agissent les yeux arrêtés sur leur aimable Pasteur, pour

(1) Is. 50, 19. (2) Luc. 15, 7,

entrer dans ses vues, se conformer à ses sentiments et pratiquer les vertus dont il leur donne l'exemple.1 Examinons si nous portons ces marques des brebis chéries de Jésus.

0 mon Sauveur! je les attends de vous seul, ces marques précieuses ; je veux vous les demander toujours par l'intermédiaire de la Mère de mon salut ; car je ne puis rien sans l'assistance de votre grâce dont elle est le canal.

mardi DE LA DEUXIEME SEMAINE. — Bonté de Jésus.

Préparation. — Jésus, avons-nous médité, est le bon Pasteur; nous verrons demain combien sa bonté-est inépuisable, et nous considérerons : 1° Qu'il a passé sur la terre, faisant le bien, et qu'il le continue après sa résurrection. 2° Qu'il montre surtout sa bonté à l'égard des pécheurs repentants. — Nous examinerons ensuite si la douceur et la charité envers tous sont nos vertus de chaque jour, dans nos sentiments et notre conduite. Ut sitis sine querela et simptices jiLii Dei.^

1° Jésus opère sans cesse le bien.

Puisque, selon la parole évangélique, tout bon arbre porte de bons fruits,3 quels fruits abondants et précieux ne doit point porter sans relâche l'Arbre de vie, notre divin Sauveur, lui qui est la Bonté même, la Bonté inépuisable ! Aussi voyons-le dans sa course si rapide parmi les hommes. « H parcourait, dit l'Evangile, la Galilée, guérissant toutes les langueurs, toutes les infirmités. Sa renommée vola dans toute la Syrie ; on lui amenait des malades, des possédés, des lunatiques, des paralytiques ; et il les guérissait tous/* — « Partout où il entrait, continue l'Evangile, dans les villes, les villages, les bourgades, on plaçait les infirmes dans les rues et sur les places publiques,5 » et sa charité ne savait résister à leurs désirs. Avec quel empressement on se jetait sur lui pour toucher ses vêtements, parce qu'une vertu secrète sortait de sa personne et guérissait tout le monde!6 Et quelle était

(1) Joan. 10, 3-13. (2) Phil. 2, 15. (3) Matth. 7, 17.

(4) Malin, i, 23. (S) Marc. G, 36. (6) Luc. 6, 19.

cette vertu ? Celle de sa tendresse envers nous, tendresse toutepuissante et infinie, qui ne se lasse jamais de répandre ses bienfaits.

Mais ces miracles de sa bonté envers les corps sont une faiblo image de ce qu'elle opère encore chaque jour dans les âmes. Combien de malades spirituels à qui Jésus rend la santé dans le sacrement de pénitence! Combien d'âmes tourmentées par le démon il soulage, du fond des tabernacles où il réside pour notre bien ! Les aveugles ou ceux qui chancellent dans la foi ; les muets ou ceux qui n'osent déclarer leurs péchés en confession ; les sourds ou ceux qui résistent à la grâce; les paralytiques ou les cœurs découragés qui ne font plus un pas dans la vertu ; tous ne sont-ils pas l'objet de ses attentions et de sa sollicitude? Ah! si nous savions recourir à lui avec la foi du Centurion, avec la confiance des dix lépreux, avec la persistance de la Chananéenne, jamais il ne refuserait rien à nos requêtes. S'il opère, en effet, tant de prodiges en faveur des corps qui périssent, que ne fera-t-il pas pour nos âmes immortelles ?

0 Jésus ! je l'avoue, si mon progrès dans la vie spirituelle est presque nul, c'est à mon peu de confiance en vous qu'il faut l'attribuer. Pour remédier à un si grand mal, je me propose : 1° De me rappeler souvent les promesses faites par vous à la prière humble, confiante et persévérante. 2° De me mettre devant les yeux ce que vous avez souffert pour mon salut, sans aucun mérite de ma part. 3° De vous demander chaque jour le don d'une ferme confiance en votre bonté toute-puissante et en votre parole infaillible. Accordez-moi la grâce de m'appuyer sur vous, spécialement à l'heure du combat, — pendant I'oraison — et au temps

de l'ÉPREUVE.

2« Bonté de je. us a l'égard des pécheurs repentants.

Pendant sa vie mortelle, le Sauveur avait pour eux une prédilection particulière. Non content de les encourager, de les préconiser même par sa doctrine, en racontant la joie qu'éprouvent les Anges à la conversion de l'un d'entre eux, il se plaisait à les visiter, à manger, à converser avec eux, à vivre dans leur compagnie. N'est-ce pas même le reproche le plus amer que lui firent les pharisiens? Et que leur répondit Jésus? « Ce ne sont pas les bien portants, leur dit-il, mais les malades, qui ont besoin ds

médecin.* Je veux la miséricorde plutôt que le sacrifice; car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.2 »

Et de fait, le publicain Matthieu fut un de ses Apôtres; saint Pierre, quoiqu'il eût renié son Maître, fut constitué par lui Chef de l'Eglise universelle; et saint Paul, le persécuteur, devint un Vase d'élection et l'Apôtre des gentils par le choix de Jésus. — Admirez encore ce qui est arrivé au publicain Zachée. Il souhaitait seulement de voir de loin le Sauveur et se jugeait indigne de le recevoir dans sa demeure. Mais que fit le divin Maître? il alla au-devant de ce pécheur, l'appela par son nom avec bonté, et séjourna dans sa maison pour le convertir. 0 miséricorde infinie! C'est aussi à la pécheresse et pénitente Madeleine que Jésus, selon l'Evangile, apparut d'abord après sa résurrection. — Tous ces faits ne prouvent-ils pas à l'évidence combien le Sauveur est loin de rejeter un pécheur, quelque coupable qu'il soit, pourvu qu'il apporte une bonne volonté? Eum qui venit ad me non ejiciam foras*

Concluons de là : 1° Que nous devons éviter avec soin le découragement inspiré par la multitude et la malice de nos péchés. Notre repentir n'est-il pas un don de la grâce? Pourquoi Dieu nous l'accorderait-il, s'il n'avait pas le dessein de nous pardonner? Aussi ne méprise-t-il jamais, dit le Psalmiste, un cœur contrit et humilié. — 2° Gardons-nous de cette contrition chagrine, sans confiance et sans amour, qui dirige notre attention sur nousmêmes plutôt que sur Dieu. Imitons les Saints qui, en se croyant de grands coupables, surabondaient d'espérance en la Bonté divine et protestaient de vouloir l'aimer autant et plus qu'ils l'avaient offensée. De tels regrets ne produiraient-ils pas en nous les plus heureux fruits?

0 Jésus, vous qui avez reçu une mission de miséricorde et de pardon, ne permettez pas que je me défie vous. Par l'intercession de Marie, le Refuge des pécheurs, accordez-moi la grâce de vous prier toujours avec les dispositions d'un vrai pénitent. Donnezmoi les sentiments d'une humilité profonde, — d'une confiance généreuse — et d'un courage persévérant jusqu'à la mort.

(!) Marc. 2, 15.' (2) Matth. 9, 13. (3) Joan. G, 57.

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