A QUELS TITRES JÉSUS ENFANT EXIGE NOTRE CŒUR
Le Verbe incarné nous ayant donné son Cœur dès son apparition en ce monde, c'est à bon droit qu'il exige le nôtre sans retard, dès le premier usage de notre raison. Il veut les prémices de notre vie, parce qu'il nous a créés pour lui, et que tous les instants de notre existence lui appartiennent et doivent lui être entièrement
(1) Gai. 2, 20.
1pr VENDREDI. — JESUS ENFANT NOUS DONNE SON COEUR. 3
consacrés. Quelle criante injustice serait la nôtre, si nous allions lui ravir nos meilleures années, et ne lui réserver que les restes d'une vie souillée par le péché! — Vous flattez-vous peut-être que plus tard vous pratiquerez mieux la pénitence, le recueillement, l'oraison, l'esprit de foi et de charité? c< Ce que vous pouvez faire maintenant, vous répond l'Esprit-Saint, faites-le tout de suite,' » car vous ignorez si vous verrez la fin du jour qui commence, ou môme l'heure qui va suivre.
Jésus Enfant n'a point mis de réserve au don% qu'il vous a fait de lui-même et de son Cœur divin. De quel droit iriez-vous vous partager entre plusieurs, vous qui lui appartenez déjà aux litres de création, de rédemption et de conquête? Mesurez, si vous le pouvez, les distances qu'il a dû franchir pour arriver jusqu'à vous. N'a-t-il pas dû s'anéantir, se faire pauvre, se faire esclave, prendre sur lui vos misères, vos pèches, et en subir la peine à votre place? Et après qu'un Dieu, demande Origène, s'est tout entier sacrifié au bonheur de l'homme, sera-ce trop si l'homme se consacre totalement au service de Dieu ?...
En se livrant à nous si généreusement, l'Enfant divin témoigne déjà son intention de ne jamais se reprendre, mais de continuer à se donner à nous sans réserve. Il se laisse en effet emmaillotter, circoncire, placer dans une crèche où mangent les animaux, pour nous signifier qu'un jour il deviendra notre prisonnier, notre victime et notre nourriture, et ce sera jusqu'à la fin des siècles. 0 munificence du Cœur de Jésus! ô constance invincible de son amour envers nous !
Seigneur ! que vous condamnez bien par là mon avarice envers vous et mon inconstance habituelle dans votre service ! A certains jours, je commence avec ferveur, puis, au moindre ennui ou dégoût, je tombe dans la lâcheté et la négligence. La dissipation succède alors en moi au recueillement, la vaine gloire à la vie humble et cachée, la sensualité à la mortification et à la pénitence. Ma conduite est une alternative continuelle de bien et de mal, de bons propos et de rechutes. O Jésus, Enfant divin ! par l'intercession de Marie et de Joseph, accordez-moi la fidélité à vous obéir en tout sans retard. — sans réserve. — sans retour jusqu'à mon dernier soupir.
(i)Eccli. 9, 10.
1er JANVIER. — CIRCONCISION DE JÉSUS.
i" janvier - Circoncision de Jésus.
Préparation. — « Le huitième jour, dit saint Luc, l'Enfant fut circoncis, et reçut le nom de Jésus.1 » Méditons 1° Les vertus que l'Enfant-Dieu pratique dans ce mystère. 2° La récompense qu'il en reçoit du Père éternel, qui lui donne un Nom au-dessus de tout nom. — Humilions-nous, à son exemple, et pratiquons avec lui la mortification et le renoncement, afin d'avoir un jour part à sa gloire et à sa béatitude. Ilumitiavit semetipsum... propter quod et Deus exallavii lUum*
1° Vertus que jésus pratique dans la circoncision.
Quelle humilité dans le Verbe incarné, de se laisser circoncire et de recevoir ainsi dans son corps innocent la marque d'esclave et de pécheur ! C'était, en effet, la pratique des maîtres d'imprimer sur la chair de leurs esclaves un signe de leur servitude , la circoncision rappelait de plus le péché originel, dont nous sommes souillés au premier instant de notre existence. Voilà donc le Fils unique de Dieu qui veut paraître ici comme un esclave et un pécheur, lui, le Roi de 1 univers et la sainteté infinie! 0 prétention humaine ! comment pouvez-vous résister à la pensée d'un tel abaissement de la part d'un Dieu?
Cet abaissement est le principe de cet esprit de pénitence, qui porte l'Enfant divin à répandre son sang sous le couteau de la circoncision, en expiation de nos péchés. Chargé des crimes de l'humanité déchue, il veut, dès son entrée en ce monde, en subir la peine, nous enseignant par là à mortifier notre chair et nos sens, a combattre en nous la passion du plaisir, l'amour de la jouissance, et cette tendance continuelle de notre nature à la vie molle et commode, vie si contraire à la perfection évangélique.
Nous trouvons enfin dans ce mystère l'exemple de I'abnégation et du sacrifice, puisque Jésus s'y remet tout entier à la volonté de Joseph pour se laisser circoncire. Il nous apprend ainsi à renoncer à nous-mêmes pour obéir à Dieu ; et c'est là cette circoncision du cœur si nécessaire à toutes les vertus : à la douceur pour ne point
(1) Luc. 2, 21. (2)Phil. 2, 9.
1er JANVIER. — CIRCONCISION DE JESUS. 5
nous plaindre des confusions et des railleries ; à la charité, pour supporter le prochain jusque dans ses caprices; à la patience, pour nous conformer en tout au bon plaisir de Dieu, sans chagrin , ni découragement, mais avec soumission et suavité d'esprit.
0 Jésus, Enfant tout aimable ! vous souffrez déjà dans vos membres délicats, et plus encore dans votre Cœur sacré. Enseignezmoi vous-même, pendant toute cette année, à pratiquer à votre exemple, sous la protection de Marie et de Joseph : 1° La sainte humilité, qui me porte à me défier de moi-même et à espérer tout de vous au moyen de la prière. — 2° La mortification des sens, gardienne de la chasteté et de l'esprit de pénitence. — 3° Le renoncement à mon jugement et à ma volonté propres, condition indispensable de l'obéissance parfaite. 0 Jésus ! inspirez-moi le courage de m'humilier souvent en votre présence; de mortifier mes regards, ma langue, mon palais ; de renoncer pour vous plaire à tel défaut, à telle habitude, attache, ou inclination qui empêche en moi votre règne, et serait un obstacle à la sanctification de cette année, la dernière peut-être que vous daignez m'accorder.
2o Récompense que Jésus reçoit en ce jour.
Pour récompenser l'humilité de son Fils, dit l'Apôtre, le Père éternel lui a donné un Nom au-dessus de tout nom, un Nom qui fait fléchir tout genou, au ciel, sur la terre et dans les enfers. Les hiérarchies célestes, en effet, révèrent ce Nom sacré, Nom recueilli par un Ange, de la bouche du Père éternel et dont la vertu, en sauvant nos âmes, doit remplir les trônes laissés vides par la rébellion de Lucifer. Tous les Bienheureux, sans excepter la divine Mère, lui doivent leur élévation; le Créateur lui-même, en l'entendant prononcer, se sent ému de compassion envers tous ceux qui l'implorent.1
0 Nom adorable, Nom par lequel s'est formé sur la terre un monde nouveau, celui de la grâce, monde infiniment supérieur à la création tout entière! Depuis ce temps, quand on dit « Jésus », ici-bas, les têtes s'inclinent et le respect pénètre jusqu'au fond des coeurs croyants. Par ce Nom, les Apôtres et les Saints ont converti les peuples et fait d'éclatants prodiges, les Martyrs ont su triompher des tyrans et endurer la mort pour l'Evangile.2 Chaque
(1) Joan. 46, 23. (2) Joan. 16, 33.
0 2 JANVIER. — [.ES FNSEIGNEMENTS DE LA CRECHE.
jour encore, jusqu'aux extrémités du monde, l'Église opère en ce Nom sacré : elle prie, bénit, absout, consacre, prêche les vérités révélées, administre les sacrements, sanctifie notre lit de mort comme elle a sanctifié notre berceau, et plante la croix sur notre tombe comme le signe de l'espérance et le gage de l'immortalité bienheureuse. — Combien d'ordres religieux, de fondations pieuses, d'institutions de charité, d'œuvres saintes de tout genre, ont rempli l'univers par la vertu de ce Nom tout-puissant!
En enfer même on le redoute, et les princes des ténèbres ne savent point résister à ceux qui l'invoquent, comme on le voit surtout dans les premiers fidèles qui, en le prononçant, faisaient taire les oracles et renversaient les idoles. A la vertu divine de ce Nom de salut, l'Église doit ses triomphes contre l'impiété et contre les persécutions de ses adversaires.
Telle est la récompense, ô mon Sauveur! de vos humiliations et de vos souffrances! Ainsi nous serons payés nous-mêmes, des sacrifices que nous ferons pour Dieu, dans l'exercice de l'humilité, de la pénitence et du renoncement. En retour, le Père éternel nous rendra forts et puissants; au ciel par nos prières, — sur la terre par nos œuvres, — et en enfer par les victoires que nous remporterons sur les ennemis de notre bien. — 0 Marie ! ô Joseph ! faites qu'il en soit ainsi par vôtre intercession, non seulement en ce jour mais pendant tout le cours de cette année que le Seigneur ouvre devant nous.
2 janvier —Les enseignements de la crèche.
Préparation — <• Celui qui me suit, nous dit l'Enfant divin, ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie.1» Considérons par la foi : 1° Comment le mystère de la crèche confond notre orgueil. c2° Quelles leçons d'humilité et de détachement nous en recevons. — Proposons-nous de nous tenir anéantis devant Dieu, surtout dans l'oraison, afin de nous détacher de nous-mêmes et de tout ce qui n'est pas Jésus, la lumière de vie. Qui sequitur me non ambuial in lenebris, sed nabebit Lumen vilrr.
(.) Joan. 8, 12.