MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEM. (BIS.) — L'ENFANT PRODIGUE
le remplir de tristesse et de remords, au point d'empoisonner tous ses plaisirs. — Combien de fois peut-être n'avons-nous pas éprouvé de telles angoisses !
0 Jésus ! c'est en vain que nous cherchons le bonheur dans le péché, dans une vie lâche et molle, dans les satisfactions des sens et des inclinations naturelles ; jamais nous ne l'y trouverons. Il ne réside qu'au fond d'un cœur pur, — fervent — et mortifié. 1° Dans un coeur pur, c'est-à-dire dans un cœur exempt ou purifié de tout péché mortel et même véniel délibéré. — 2° Ce cœur doit être fervent ou désireux d'une plus grande sainteté, conséquemment fidèle à méditer, à prier, à remplir tous ses devoirs avec exactitude, constance et attention. — 3° Faites, ô Jésus, que ce cœur, qui est le mien, soit toujours prêt à vous offrir quelque sacrifice : tantôt celui d'une répugnance, d'un vain désir, d'un empressement ; tantôt celui d'une parole d'aigreur, d'impatience, d'amour-propre, et surtout le sacrifice des défauts qui reviennent le plus souvent et sont les sources principales de mes offenses envers vous.
2° Conversion de l'enfant prodigue
Se voyant réduit à la dernière misère, le prodigue se dit en luimême : « J'irai trouver mon père.' » Aussitôt il se lève, et il prend le chemin de la maison paternelle. — Ainsi doit faire le pécheur, quand il est touché de la grâce : sans aucun retard, qu'il se tourne vers Dieu. Malheur à ceux qui remettent toujours leur conversion ou leur amendement au lendemain ! ils s'exposent à perdre les lumières divines; souvent même ils sont surpris par la mort au milieu de leurs désordres ou de leur tiédeur volontaire. — - « Si vous entendez aujourd'hui la voix de Dieu, dit l'Esprit-Saint, n'endurcissez point vos cœurs. » Nolite obdurare corda vestra?
Arrivé près de l'auteur de ses jours : « Mon père, lui dit le Prodigue, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils.5 » — Ainsi le pécheur, quand il revient à Dieu, doit avouer ses chutes avec une humilité profonde et un vrai repentir. De même l'âme, qui retombe souvent dans des fautes vénielles, doit se relever aussitôt, avec une contrition sincère et le propos de s'amender. — Est-ce là votre pratique? après avoir offensé Dieu, ne fuyez-vous pas sa présence par une crainte
(1) Luc. 15, 18. (2) Ps. 94, 8. (3) Luc. 15, 19.
excessive ou une défiance peu raisonnable ? Que vos regrets soient toujours pénétrés et comme embaumés de confiance, à la pensée que le Seigneur ne méprise jamais un cœur contrit et humilié.'
« D'aussi loin que le père aperçoit son fils, continue Jésus- Christ, il court à sa rencontre, l'embrasse tendrement, le fait revêtir d'une robe précieuse, lui met un anneau au doigt, ordonne de tuer le veau gras et de célébrer son retour par un festin splendide. » — Peinture frappante de l'empressement du Seigneur à accueillir les âmes qui reviennent à lui ! Non content de les revêtir de la grâce sanctifiante, il les reçoit comme ses épouses, leur fait part de ses biens et les admet au banquet eucharistique. — Combien de fois n'avez-vous pas reçu ces marques de bienveillance, de la part de ce grand Dieu, qui aurait pu vous châtier si sévèrement à cause de vos péchés !
0 Seigneur ! que vous rendrai-je en retour de vos bienfaits, seuls moyens employés par vous pour me ramener dans la bonne voie ? Je me propose, par reconnaissance : 1° De me rappeler souvent l'infinie miséricorde dont vous avez usé à mon égard. 2° D'en tirer un puissant motif de veiller sur moi-même et de redoubler de ferveur dans votre service. 3° De m'animer à une grande confiance en vous, tout en m'humiliant et me confondant sous vos divins regards. — 0 Marie ! obtenez-moi la grûce de ne fuir le Père céleste après mes fautes, qu'en me jetant dans ses bras. Pater, peccavi.... fac me sicut unum de mercenariis luis.
jeudi dr la deuxième semaine. - Jésus perdu et retrouvé.
Préparation. — Comme l'Enfant prodigue a perdu et retrouvé la grâce divine, ainsi nous pouvons perdre et retrouver Jésus. Nous méditerons donc 1° Comment on perd l'Homme-Dieu. 2° Comment on le retrouve. — Nous nous déciderons ensuite à chercher désormais Jésus, dans nos pensées, nos intentions, nos désirs, nos affections, notre conduite, de manière à ne vouloir contenter quo lui, afin de vivre de sa vie. Quœrite Deum, et vivet anima vestra.*
(1) Ks. 50, 19. (2) Ps. 68, 53.
lo Comment on perd jésus.
Le péché mortel nous fait perdre Jésus, parce qu'il nous sépare totalement de lui.1 En le commettant, on rompt formellement avec le Créateur et le Rédempteur : avec le Créateur, en le bannissant de son domaine, qui est le cœur de sa créature ; avec le Rédempteur, en le foulant aux pieds, comme parle l'Apôtre, et en profanant son sang précieux qui a détruit l'iniquité.2 Horrible attentat, s'il en fut jamais, et qui mérite à bon droit les supplices éternels !
Mais ce malheur ne concerne guère les âmes qui tendent à la perfection. Celles-ci perdent plutôt de temps en temps la présence sensible du Sauveur, au lieu de le perdre lui-même : elles sont privées de l'onction de sa grâce, des tendresses de son amour. Cette seule privation, quelque peu importante qu'elle nousparaisse, devrait cependant, comme aux saints, nous faire verser des larmes, quand elle nous semble comme à eux une punition de nos infidélités, de nos péchés véniels volontaires, de la dissipation où nous vivons, d'un défaut de vigilance et de constance dans nos pratiques pieuses, dans nos oraisons et nos communions.
Mais il arrive parfois que les consolations divines manquent aux âmes les plus ferventes, par une permission spéciale de Dieu, qui veut les éprouver. Que ne souffrent-elles pas alors? ce sont des obscurités d'esprit, des délaissements, des aridités, des ennuis, des dégoûts mortels, des distractions involontaires, et souvent de violentes tentations, qui leur font penser que Dieu est irrité contre elles en punition de leurs péchés. Oh ! que cet état leur est pénible ! mais aussi quels avantages ne leur procure-t-il pas ? Il les pousse dans les voies de l'humilité, de la résignation et de l'abandon à la conduite de Dieu ; il les purifie de leurs imperfections, les dispose à entrer un jour au ciel sans passer par le purgatoire, et leur fait acquérir d'immenses mérites pour l'éternité bienheureuse.
Sont-ce là les fruits que vous retirez des peines intérieures ? N'ètes-vous pas vous-même la cause de votre froideur, de votre sécheresse dans l'oraison, en ne fuyant pas toute faute, toute négligence ou paresse, toute résistance à la grâce? Vous êtes encore trop souvent sous l'empire de l'amour-propre qui vous
(1) ls. 59, 2. (2) Hebr. 10, 28.
dérègle, des désirs qui vous préoccupent, de l'imagination qui vous emporte loin de Dieu et de vos intérêts spirituels. Etrange contradiction! vous voudriez être recueilli dans l'oraison, la messe, la communion, et vous ne cherchez qu'à vous distraire partout ailleurs.
0 mon Dieu ! daignez bénir et rendre efficaces en moi les résolutions suivantes : 1° De vivre toujours sous le regard de votre majesté infinie. 2° De produire fréquemment des actes de contrition, de reconnaissance, de soumission, d'amour et de demande, afin de disposer mon cœur à se donner à vous et à vivre sans cesse de votre vie divine. Quœrite Dcum, et vivet anima vestra.
2° Comment on retrouve jesus.
Quand on s'est séparé de Jésus par le péché, comment le retrouver, si ce n'est au moyen du sacrement de Pénitence, ou tout au moins de la contrition parfaite ? Nous ne saurions trop remercier Dieu, qui nous rend si facilement son amitié, la vie spirituelle, nos droits à l'éternité bienheureuse et la paix de notre âme. Combien d'autres fruits encore ne pouvons-nous pas retirer de nos confessions, si nous les faisons avec foi, humilité, confiance et repentir!
Quant à la tiédeur volontaire, qui nous prive des heureux effets de la présence sensible de Jésus, les Saints enseignent qu'elle est en un sens plus dangereuse et plus funeste que le péché mortel. Toutefois est-il un état si désespéré que le divin Médecin ne puisse guérir ? et que demande-t-il à cette fin ? le concours de notre bonne volonté. Commençons donc : 1° A reprendre les pratiques de piété que nous avons omises par lâcheté. 2° A réciter nos prières avec plus d'attention. 3° A éviter les fautes si fréquentes dans lesquelles nous tombons. A ce prix la ferveur, comme le soleil au printemps, rajeunira notre âme et lui fera produire les fleurs des bons désirs qui attirent les regards de Jésus.
Mais ces désirs, pour qu'ils donnent des fruits abondants et durables, doivent être fermes ou en état de résister aux eaux de de l'adversité, aux attaques du monde, du démon et de la chair; ils doivent persévérer à poursuivre le bien vers lequel ils aspirent, c'est-à-dire le progrès de notre âme dans l'amour de Jésus. — N'est-ce pas le contraire que nous faisons ? Notre vie n'est-elle pas une alternative continuelle de vertu et de vice, de retours et de rechutes ? Il semble que nous ne prenions des résolutions
que pour les enfreindre, et pour nous rendre ainsi plus coupables envers la divine bonté qui nous les a inspirées. Tantôt pleins d'ardeur, tantôt lâches et abattus, nous passons avec une facilité étonnante du recueillement à la dissipation d'esprit, de la mansuétude à la colère, de la joie sainte à la tristesse et à l'impatience, au point de ne savoir rien supporter, rien oublier, rien pardonner. 0 déplorable inconstance, qui nous fait plus de tort que tous les démons !
0 Jésus ! ô Marie ! apportez remède à cet empressement qui me fait chercher les vaines satisfactions au lieu des biens véritables. Ne me laissez pas tomber dans la tiédeur et moins encore dans le péché. A cette fin, communiquez-moi la grâce : 1° De n'agir jamais par passion ou caprice, mais par la raison et la foi, afin d'être fidèle en tout temps à mes devoirs d'état et à mes pratiques de piété. 2° De ne point perdre l'égalité d'âme dans l'inégalité des événements. Que ma disposition invariable soit toujours de me conformer en tout à votre bon plaisir, qui doit être la règle de mes pensées, de mes désirs et de ma conduite.
vendredi de I A DEUXIEME semaine. - Connaissance de Jésus.
Préparation. — La vraie science de Jésus est un puissant moyen de ne jamais perdre sa grâce ou son amitié. A cette fin, nous verrons : 1° Combien peu d'âmes le connaissent, comme il veut être connu. 2° Les motifs d'acquérir cette connaissance pratique. — Nous formerons en outre la résolution de méditer à l'avenir plus sérieusement les perfections de l'Homme-Dieu, les mystères de sa vie et de sa mort, afin d'y apprendre mieux à l'aimer et à l'imiter. Crescite in gratia et in cognitione Domini noslrijesu Christi. l
1° Peu d'âmes connaissent jésus.
« Iî y a déjà si longtemps que je suis avec vous, disait le Sauveur à ses Apôtres, et vous ne me connaissez pas encore.2 » Ce reproche pourrait s'adresser à bien des fidèles, même parmi ceux qui tendent à la perfection. « Depuis tant d'années, pourrait dire
(1) II Pctr. 3, 18. (2) Joan. U, 9.
Jésus à chacun d'eux, je vis avec vous dans les relations les plus intimes et les plus multipliées : ma doctrine vous est connue; vous conversez avec moi dans la lecture et l'oraison ; vous assistez chaque jour à mon immolation dans les églises, et le Crucifix est sans cesse sous vos yeux; vous recevez mes bienfaits, mes lumières et mes grâces; ma chair est votre nourriture et mon sang votre breuvage. Cependant je dois le dire, vous ne me connaissez pas encore comme je désire être connu ; souvent même je suis pour vous comme un étranger.
» Et en effet, d'où vient que, me voyant, par la foi, dans l'adorable Eucharistie, où je me trouve entouré d'Anges qui se prosternent pour m'adorer, me louer, me bénir ; c'est à peine cependant si vous me visitez et si votre âme alors se recueille, s'humilie devant ma grandeur abaissée pour votre amour; à peine si ma crainte effleure vos sentiments, règle votre maintien, vous inspire la modestie en ma présence, et chasse les préoccupations inutiles de votre esprit dissipé? Est-ce là me connaître véritablement?' Je ne veux pas d'une science qui n'éclaire que l'entendement, sans perfectionner le cœur et sanctifier la vie.
» Vous méditez les mystères de mon Enfance, et vous n'en êtes ni plus obéissant, ni plus docile, ni plus rempli de candeur et de droiture. Vous considérez mes humiliations, sans en devenir plus calme dans les affronts et les mépris ; vous compatissez à mes souffrances, sans mieux supporter les peines, les privations, les contrariétés. Souvent même, après avoir médité ma Passion, et m'avoir promis d'embrasser toutes les croix, vous rétractez votre parole à la première occasion. »
0 Jésus ! que vos reproches sont justes ! Au lieu de pratiquer vos enseignements, je me suis contenté de les étudier. J'ai pensé souvent à vous, à vos perfections, à votre amour, à vos bienfaits, et je suis resté froid et comme frappé de stérilité. Ah ! daignez faire jaillir du rocher de mon cœur des sources d'eau vive, qui me purifient des affections mondaines, — éteignent en moi le feu des passions — et me détachent de tout ce qui n'est pas vous. Alors facilement enflammé au foyer de I'oraison, je vous aimerai sans réserve et d'un amour fécond en fruits de vertus.
VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE. — CONNAISSANCE DE JÉSUS. 299 2» Motifs d'étudier pratiquement jésus.
La connaissance de Jésus-Christ ainsi comprise, c'est-à-dire perfectionnant notre entendement, notre volonté, toute notre vie, est la plus noble de toutes les sciences, puisqu'elle a pour objet la Grandeur infinie, Celui qui était hier, dit l'Apôtre, qui est aujourd'hui, et qui sera dans tous les siècles; Celui qui est le centre de tous les âges, de toutes les générations; à qui se rapportent toutes les connaissances et qui mérite toutes les gloires. En étudiant ce divin Réparateur de nos ruines, nous entrons dans les profondeurs des desseins de Dieu sur l'humanité déchue; nous apprenons à admirer sa sagesse, sa sainteté, sa justice, sa bonté dans le grand ouvrage de notre restauration spirituelle. Les mystères les plus sublimes nous sont ainsi révélés, en sorte que le simple fidèle, éclairé de la foi, possède plus de lumière sur Dieu, la Création, la Rédemption, que les plus fameux philosophes de l'antiquité païenne.
0 Jésus ! où trouver hors de vous une science qui enrichisse mieux mon intelligence, élève plus haut mes sentiments et réponde plus entièrement aux intimes aspirations demoname? Créé pour vous, je suis de plus racheté au prix de votre sang, qui est d'une valeur infinie; vous-même m'avez doté de foi, d'espérance et d'amour, et vous m'appelez encore à la gloire de vos élus. Pourrais-je donc, sans injustice et sans ingratitude, me soustraire à votre empire et consacrer à d'autres qu'à vous mon esprit, mon cœur et ma vie ? Non, Seigneur, je dois et je veux avant tout diriger vers vous mes pensées, mes affections, toute mon activité, afin de me lier étroitement à votre bonté infinie et de vous devenir semblable par l'exercice des vertus.
Cette connaissance pratique de Jésus nous fera goûter dès cette vie la paix et le contentement véritables. Témoin les Saints qui, au milieu des privations et des épreuves, ont été les plus heureux des mortels. Et d'où leur venait leur béatitude ? de leur science profonde de Jésus, dont ils faisaient passer les maximes jusque dans les détails de leur vie héroïque. Aussi le divin Maître leur communiquait des consolations ineffables; Sainte Chantai, malgré ses peines intérieures, trouvait le paradis sur la terre dans le seul exercice de l'oraison. « Ma bouche, s'écriait saint Rernard, ne suffit point à mon cœur pour raconter les délices qui m'inondent dans mes entretiens avec Jésus. »
0 Sauveur tout aimable ! enseignez-moi vous-même à vous étudier dans les mystères de votre Enfance, comme Marie et Joseph le faisaient à Nazareth ; dans les scènes touchantes de votre Passion, comme l'ont pratiqué un saint François d'Assise, un saint Alphonse et tant d'autres saints illustres ; dans votre vie eucharistique, comme le font encore chaque jour bien des âmes ferventes, adoratrices assidues de votre Personne sacrée dans les sanctuaires où vous habitez. Faites-moi croître chaque jour, en un mot, dans la connaissance pratique de vos perfections divines mises à notre portée par votre humanité sainte. Crescite in gratia et in cognitione Domini noslri et Salvatoris Jesu Cfiristi.
samedi de la deuxième semaine. — L'union avec Jésus.
Préparation. — Celui qui connaît Jésus, comme nous l'avons médite, se sent pressé du désir de s'unir à lui. Nous verrons demain en conséquence : 1° La nécessité pour nous de cette union avec notre Sauveur. 2° Comment nous pouvons la réduire en pratique. — Nous comprendrons ainsi que nous devons cesser de compter sur nous-mêmes, mais qu'il nous faut uniquement nous appuyer sur Jésus au moyen de la prière. Car en lui seul se trouve le salut. Non est in alio aliquo salus.{
1° Nécessité pour nous de vivre unis a jksus.
Jésus-Christ, selon l'Apôtre, est l'unique Médiateur nécessaire entre Dieu et nous.2 « Personne ne peut aller à mon Père, dit Jésus lui-même, si ce n'est par moi.3 Je suis la porte : Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé.4 » Saint Pierre ajoute, qu'il n'en est point d'autre que Jésus-Christ, en qui nous puissions trouver le salut.5 0 précieuse vérité, qui s'applique aux détails de notre vie et nous force à ne jamais nous éloigner tant soit peu de notre aimable Sauveur !
« Sans moi, nous dit-il, vous ne pouvez rien faire. Comme une branche ne peut porter de raisin, à moins d'être attachée au cep de la vigne, ainsi, sans demeurer en moi, vous ne pouvez porter
(1) Act. 4, 12. (2) I Tim. 2, 5. (3) Joan. 1!, G.
(4) Joan. 10, 9. (5) Act. 4, 12.
de fruit ; ' c'est-à-dire que l'âme séparée de Jésus par le péché, devient incapable de produire des actes dignes de la vie éternelle, et ressemble à une branche morte que l'on destine au feu. Quel motif pour nous de rester unis au Piédempteur par la grâce sanctifiante et par la pratique de nos devoirs !
Pour nous y engager, ô Jésus ! vous nous avez laissé les plus magnifiques promesses, nous assurant que vous viendrez demeurer en nous avec le Père et le Saint-Esprit ;2 que nous serons les membres de votre corps mystique ; 3 que nous trouverons en vous de gras pâturages pour notre entretien spirituel ; 4 qu'enfin vous exaucerez toutes nos prières,5 et nous ferez produire beaucoup d'actes de vertus, actes qui demeureront pour la vie éternelle.6 Car le Père céleste, avez-vous dit, nous aime en vous et pour vous, comme ses enfants adoptifs et les héritiers de son royaume.7
Après de telles assurances, que nous reste-t-il à conclure? 1° Qu'il nous faut aimer constamment notre Rédempteur et ne jamais cesser de lui être unis par l'oraison et la fidélité à la grâce. — 2° Que nous devons tout attendre, tout espérer de ses mérites, sans présumer de nous-mêmes. — 3° Puisque le Père éternel n'aime en nous que son Fils, travaillons sans relâche à ressembler au Sauveur; nous attirerons ainsi sur nous les regards bienveillants du Père céleste, qui nous aimera selon notre conformité avec Jésus, le digne objet de toutes ses complaisances.
0 mon divin Maître! ne permettez pas que je reste froid, indiffèrent à votre égard, sans souci de vos intérêts. Donnez-moi la grâce de m'unir à vous par une prière habituelle, — une confiance de chaque instant — et une fidélité constante à vous imiter en tout dans l'accomplissement de mes devoirs.
2° Pratique de i/cnion a.vec jésds.
Nous devons perfectionner notre union avec le Rédempteur, jusqu'à ne plus rien faire, sinon par lui, avec lui, et en lui, selon le langage de l'Eglise. Per ipsum, et cum ipso, el in ipso.9 Agir par Jésus, c'est se confier en lui, en ses mérites; c'est prier, travailler en son nom, et ne prétendre opérer le bien que par sa
(1) Joan. 15, 6. (2) Joan. 14, 23. (3) Joan. 6, 58.
(A) Joan. 10, 0. \ (5} Joan. 15, 7. (6) Joan. 15, 1G.
(7) Joan. 3, 35, (8) In Missa.
vertu. L'Eglise elle-même nous donne l'exemple de cette confiance exclusive en son divin Epoux : toutes ses oraisons se terminent en ces termes ou à peu près : « Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. » Per Christum Dominum noslrum. N'est-ce pas au nom de ce même Sauveur, ou par son autorité, qu'elle prêche la doctrine du salut, administre les sacrements, console les affligés, assiste les moribonds, et introduit leurs Ames dans la céleste béatitude? Elle nous apprend ainsi à ne point compter sur nous-mêmes, sur le mérite de nos prières et de nos œuvres, mais uniquement sur Jésus.
Agir avec le Rédempteur, cum ipso, c'est se mettre d'accord avec lui, dans les pensées, les intentions, les sentiments, la conduite. Nos actions n'auront de valeur qu'autant qu'elles ressembleront à celles de Jésus ; qu'elles auront les mêmes fins, le môme esprit de grâce qui les commence, les dirige, les achève à la plus grande gloire de Dieu. — Voulez-vous donc plaire au Père céleste? formez votre cœur sur celui de son Fils, et pratiquez, d'après cet adorable Modèle, l'humilité, qui vous tienne petit à vos propres yeux ; l'obéissance, qui vous rende docile aux ordres de Dieu et de vos supérieurs ; la mansuétude, qui répande sur vos paroles et votre conduite un baume délicieux capable de soulager toutes les misères d'autrui.
Vous arriverez ainsi par degrés à vivre totalement en Jésus. Et in ipso. Alors on cesse d'avoir un esprit propre, des désirs particuliers, des sentiments personnels ; on renonce à tout, et l'on se remet sans réserve à la direction du Sauveur, jugeant par ses lumières, voulant par sa volonté, au point de pouvoir dire : « Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est Jésus qui vit en moi. » Ses idées, ses intentions, ses projets me sont propres ; ma conduite est une continuation de la sienne. Quand je prie, travaille et souffre, je continue ses oraisons, ses travaux, ses douleurs, ou plutôt luimême prie, se fatigue et souffre en moi. Il est le chef : c'est à lui de gouverner le corps mystique dont je suis membre.
0 Jésus, que n'en est-il ainsi ! mais, hélas ! au lieu de me laisser conduire par vous, c'est la nature, son humeur et ses caprices, qui souvent me pressent et me dirigent. Par l'intercession de Marie, votre aimable Mère, faites-moi mourir à moi-même, afin que je vive par vous, — avec vous — et en vous jusqu'à mon dernier soupir, et que toujours vous viviez en moi. Vivit vero in me Chris tus.