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MÉDIT. SUPPLÉM. I. — SAINT IGNACE, MARTYR

des fidèles entre eux. L'Eucharistie y est à ses yeux un antidote contre le péché et un gage de l'immortalité bienheureuse. Il y parle de la virginité de Marie, de la suprématie universelle de l'Eglise romaine, de la nécessité des bonnes œuvres pour le salut. Enfin, ce disciple immédiat des Apôtres nous a laissé, dans ses écrits, tous les dogmes que nous croyons et que la religion nous enseigne. Quel consolant et rassurant témoignage ! Combien n'est-il pas capable d'affermir et de vivifier notre foi !

Remercions Dieu de nous avoir reçus dans la véritable Eglise, la seule où nous puissions nous sauver. Et combien de moyens de salut et de perfection n'y trouvons-nous pas ! la prière, le sacrifice, les sacrements, surtout la Pénitence et l'Eucharistie, la présence réelle de Jésus dans nos tabernacles, l'unité de doctrine et de direction qui nous est donnée dans les pasteurs de nos âmes, sous un seul Chef, le Vicaire de Jésus-Christ; tous ces avantages sont les fruits de notre baptême et de notre qualité d'enfants de l'Eglise catholique.

0 mon Dieu ! combien peu je profite de tant de moyens de sanctification! Mes oraisons sont froides, mes prières distraites; la confession et la communion produisent en moi si peu de fruit, et la messe me laisse si indifférent, qu'on me croirait étranger à ces sublimes mystères. Seigneur, augmentez ma foi. Inspirez-moi la pratique : 1° De lire, de méditer sur les vérités qui excitent të mieux ma ferveur. 2° De vous demander souvent les lumières de l'intelligence pour comprendre le prix de la grâce, l'importance de la vie intérieure, la valeur incomparable des vertus et des mérites que je puis acquérir en travaillant à vous plaire en esprit de foi.

2° Amour d'ignace envers jésus.

Cet amour se manifeste surtout par son désir ardent du martyre. Elevé au-dessus de toutes les choses terrestres, il ne lui en coûte pas plus de quitter la vie, dit saint Jean Chrysostome, qu'il n'en coûterait à un autre d'ôter ses vêtements. Il ne souhaite que le moment où il sera livré à la fureur des bêtes ; et cet horrible supplice ne lui cause aucune frayeur, tant il est mort à lui-même, tant il est uni à Jésus crucifié !

« Je crains, écrit-il aux fidèles de Rome, que votre charité ne me nuise, en obtenant ma délivrance. La plus grande preuve de tendresse que j'attends de vous, c'est que vous me laissiez immo-

ler à Dieu, tandis que l'autel est préparé. Je suis le froment du Seigneur, et je dois être moulu par la dent des bêtes. J'apprends dans les chaînes, à ne plus rien désirer de vain, ni de temporel. Pourvu que je jouisse de Jésus-Christ, je ne crains ni le feu, ni la croix, ni le brisement de mes os, ni la destruction de mon corps. Je soupire après Celui qui est mort et ressuscité pour nous. » — Quel langage de feu! qu'il nous montre bien l'amour ardent qui consumait ce grand cœur !

Arrivé à Rome, le Saint supplie de nouveau les fidèles de ne point retarder son bonheur. Dès qu'il entend les rugissements des lions dans l'amphithéâtre, il répète ces paroles : « Je suis le froment de Dieu ! et il est dévoré selon son désir. Plusieurs fidèles virent son ame dans une gloire ineffable.

Afin d'y participer, imitons son esprit d'abnégation et son amour des souffrances. Par là surtout il a prouvé combien il aimait Jésus crucifié.

0 mon aimable Rédempteur ! pour m'attirer à votre amour, faites-moi comprendre comme à saint Ignace, que le sacrifice mène à la vie, et que le plaisir conduit à la mort ; que vous ne blessez jamais un cœur patient, avec les épines de votre couronne, sans y faire germer les fleurs de l'immortalité, c'est-à-dire les vertus et les mérites. Je suis donc résolu : 1° De méditer souvent le prix du renoncement et de la patience. 2° De m'y exercer, en ne me plaignant jamais des contre-temps et des contrariétés, ni de tout ce qui froisse mon amour-propre. Par l'intercession de la Mère de douleur et de votre saint martyr, accordez-moi la force de me taire et de me résigner pour votre amour, dans toutes les épreuves de cette vie. Que j'apprenne même à me glorifier pour vous, comme votre Apôtre, dans les souffrances et les ignominies. *

Février, purification. — Marie offre Jésus.

Préparation. — « Quand furent accomplis, dit saint Luc, les jours de la purification de Marie, ils portèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.2 » Nous méditerons dans ce mystère : 1° Les dispositions de Marie. 2° Ce que nous devons surtout copier en elle, c'est-à-dire la docilité aux inspirations de la grâce.

(i) Gai. 6, 14. (2) Luc. 2, 21. .

MEDIT. 1. 20

— « Gardez-vous, dit l'Apôtre, de contrister jamais l'Esprit-Saint, n par vos résistances à ses volontés et par votre tiédeur dans son service. Noiite contristare Spiritum Sanctum.11

1° Dispositions de marie en offrant jésus.

Afin de nous apprendre quelle part importante Marie aurait dans l'affaire de notre salut, le Seigneur avait fait dépendre l'incarnation du consentement de cette Vierge fidèle, et le lui avait fait demander par un Ange. Aujourd'hui qu'exige-t-il d'elle ? Qu'elle le lui présente de ses propres mains, et elle le fait, non pas seulement comme les autres mères, dans l'intention de reconnaître son souverain domaine sur tout le genre humain, mais encore avec la résolution bien arrêtée de l'offrir d'avance comme la Victime seule capable d'expier tous nos péchés. Ne fallait-il pas, en effet, dans une circonstance aussi solennelle, que la volonté de la Mère fût unie à celle de son Fils ; que le sacrifice offert dans le Temple par la bienheureuse Vierge, se trouvât en tout semblable à celui qu'elle offrirait un jour sur le Calvaire, où l'on verrait deux victimes, s'immolant d'un même Cœur, à la gloire du Père céleste et dans l'intérêt de nos âmes ?

Poussée donc par l'Esprit-Saint, la divine Mère se rend à Jérusalem, portant l'Enfant Jésus dans ses bras. Elle entre dans le Temple, s'approche de l'autel, et là, toute remplie d'humilité et de dévotion, elle consacre ce cher Fils au Seigneur, et consent à le voir un jour expirer dans les tourments. Et à partir de cette heure, faisant l'office de prêtre, dit saint Epiphane, Marie ne cesse de renouveler son sacrifice, le sacrifice de l'unique objet de son amour, amour qui surpassait celui des Séraphins et de toute la cour céleste.

0 sublime abnégation de la plus sainte des créatures, que vous condamnez bien notre égoïsme ! Nous tenons à nos idées et à nos volontés si capricieuses, tandis que la Vierge-Mère immole ses plus légitimes affections. Dieu veut que Jésus meure un jour sur la croix ; et Marie qui ne saurait penser, ni vouloir autrement que Dieu, le veut aussi. 0 renoncement sans exemple! — Depuis combien de temps le Seigneur vous demande-t-il le sacrifice de tel défaut, de telle attache ou passion, de tel désir ou empressement, de telle habitude ou inclination, et il n'a pas encore pu l'obtenir! On

(1) Eph. 4, 30.

remarque toujours en vous les mêmes répugnances à obéir, le même esprit de critique et de médisance, les mêmes penchants à vous répandre au dehors et à mener une vie peu intérieure, sans esprit de foi, de recueillement et de prière.

0 mon Dieu ! mettez un terme à mes hésitations et à mes délais. Faites-moi suivre l'exemple de Jésus et de Marie, qui se sont livrés à votre bon plaisir sans résistance, — sans retard — et sans retour.

2o Cr qu'il faut imiter en marie.

Sans être obligée à la loi de la purification, Marie s'y soumet volontiers, parce que l'Esprit-Saint le lui inspire. Elle nous enseigne ainsi la docilité à la grâce. La moindre grâce a coûté les travaux, les douleurs, les opprobres, le sang même de Jésus-Christ. Quand donc Dieu parle à notre cœur, il le fait en vertu des mérites de son Fils et par un don gratuit de son infinie miséricorde. Avec quelle humilité et quelle reconnaissance ne devrions-nous donc pas recevoir ses lumières et obéir à ses attraits ! Mais, hélas ! n'arrive-t-il pas souvent que nous résistons, ou inventons des prétextes pour nous dispenser de suivre les mouvements de l'Esprit-Saint? Loin d'estimer à sa juste valeur le don que Dieu nous fait, nous n'y attachons nulle importance, nous lui préférons même un caprice. Oh ! combien nous blessons sensiblement par là le Cœur de Jésus ! Et quel tort ne nous faisons-nous pas à nousmêmes, en refusant ainsi ce qui vaut plus que tout l'univers !

Lors donc que nous remarquons en nous l'action divine, c'està-dire les lumières, les inspirations, les reproches, les remords de notre conscience, nous devons nous y prêter aussitôt. Si c'est un défaut à corriger, une faute à expier, une parole à retrancher, un sacrifice à faire, un acte de douceur, de patience, de charité à produire, n'hésitons pas. Le Seigneur aime la promptitude à obéir ; et d'ailleurs l'occasion passe et ne revient plus ; elle emporte avec elle le mérite qu'aurait obtenu notre fidélité.

Bien loin de rétracter l'offrande qu'elle avait faite de son Fils, Marie, avons-nous dit, la renouvelle à chaque instant, avec une perfection toujours croissante, jusqu'au moment où elle l'offre en réalité sur le Calvaire. — Ainsi nous devrions non seulement rester toujours fidèles à la grâce, mais nous efforcer d'augmenter de jour en jour cette fidélité. Combien n'en est-il pas cependant qui craignent les opérations divines, et pourquoi? de peur d'être

308 MÉDIT. SUPPÉM. ni. — DE LA CONFIANCE EN DIEU.

obligés de se renoncer en tout. Ils tremblent que Dieu ne leur demande le sacrifice de tel objet, de telle affection, de telle amitié, de telle étude ou lecture frivole, de telle occupation sans but et sans fruit. N'est-ce pas là s'aveugler sur ses vrais intérêts et préférer le sensible au spirituel, le néant à la réalité?

0 mon Dieu ! combien de fois, par mes actions, je choisis de rester esclave de mes vils penchants, plutôt que d'embrasser votre joug si noble, qui nous affranchit de la servitude de la nature et du péché! Ah! par les mérites de Jésus et de Marie, communiquez-moi la force de me laisser contrarier, contredire, humilier, afin de me rendre souple et docile à votre conduite. Je suis résolu : 1° De me tenir attentif à votre voix, par un recueillement continuel. 2° De me plier à vos moindres désirs, malgré les luttes intérieures de l'amour-propre qui refuse de se soumettre et de s'assujettir à votre joug si doux.

m. — De la confiance en Dieu.*

Préparation. — Puisque Dieu a coutume de mesurer ses miséricordes sur notre confiance, nous méditerons : 1° Comment nous pouvons acquérir cette vertu. 2° Quand nous devons surtout l'exercer. — Nous nous rappellerons en particulier cette vérité : qu'en nous défiant de Dieu, nous l'offensons, et qu'en nous confiant en lui nous l'honorons, et c'est au point que par là nous ne serons jamais ni rebutés de lui, ni confondus. NuUns speravit in Domino, et confusus est.1

h- Moyens d'acquérir la confiance.

Pour acquérir une grande confiance en la bonté de Dieu, il faut se former une juste idée de sa miséricorde, qui n'est que l'exercice de sa bonté infinie. « C'est une vertu, dit saint Grégoire, qui nous fait compatir à la misère des autres et nous porte à la soulager quand nous le pouvons, au spirituel et au temporel. » L'objet de la miséricorde est donc la misère du prochain ; un

(*) La confiance est la vertu spéciale à exercer pendant le mois de Février. (Voyez le tableau, p. vi.) (l)Eccli. 2, 11.

cœur miséricordieux est un cœur tout dévoué aux misérables : Cor datum miseris.

Or, dit le Docteur angélique, la miséricorde appartient tout particulièrement a Dieu. Elle prend sa source dans sa bonté incréée. Dès l'origine du monde, après notre chute, elle nous promit un Réparateur, et, pendant que la Justice punissait les mauvais anges, elle nous épargnait et nous appelait à les remplacer dans la gloire. Depuis lors, elle n'a point cessé de protéger le genre humain, de le défendre contre les puissances infernales, de le combler de toutes sortes de biens. Océan sans rivage, elle embrasse toutes les générations.'1 Comptons, si nous le pouvons, les pécheurs qu'elle a convertis, les justes qu'elle a sanctifiés, les élus qu'elle a sauvés. Plus on est misérable, plus on a droit à sa compassion; nos misères multipliées ne font que multiplier nos titres à sa bienveillance et à ses soins empresses.

Pour nous en convaincre, voyons. ce qui se fait dans le sacrement de Pénitence, c'est-à-dire au tribunal de la miséricorde. Là nous voyons, tous les jours, de grands pécheurs, même les plus insignes scélérats, passer, en un moment, des ténèbres à la lumière ; de la laideur des démons à la beauté des anges ; de l'état de damnation à l'espérance du ciel ; en un mot, de la mort du péché à la vie de la grâce. Et ces prodiges de clémence s'opèrent dans un tribunal, c'est-à-dire un endroit où l'on juge des coupables, où l'on prononce des sentences, toutes choses qui naturellement inspirent la frayeur!...

0 mon Dieu, miséricorde infinie ! si votre tribunal est si peu redoutable, qu'il sert même d'asile aux plus grands criminels, que seront vos bras paternels toujours ouverts aux pécheurs repentants ? Que sera surtout votre cœur si rempli de tendresse pour vos enfants égarés? Ah ! par les plaies sacrées de votre divin Fils, notre Rédempteur, par l'amour maternel de Marie que vous nous avez donnée pour Mère, bannissez de mon âme tout sentiment de défiance, toute crainte excessive et tout découragement. Accordez-moi le don d'une confiance ferme et intime en votre charité sans bornes, confiance qui me fasse revivre, comme revit la flamme d'une lampe quand on y verse de l'huile ; confiance qui m'apporte la paix, — le courage, — la patience — et la ferveur constante. NvUus speravit in Domino, et confusus est.

(1) Ps. 32, 5 et Luc 1, 50.

2° Quand il faut surtout pratiquer la confiance.

Nous devons exercer la confiance en la divine miséricorde, quand le sentiment de nos misères nous accable et tend à nous décourager. C'est alors qu'il nous faut dire : « Quel honneur rendrais-je à la miséricorde de Dieu, si je me confiais seulement en elle, quand je n'ai rien à me reprocher? Les hôpitaux sont faits pour les malades ; et n'a-t-on pas plus droit d'y être reçu, quand on est couvert de plaies plus profondes et plus multipliées? La miséricorde du Seigneur est l'hôpital des misérables; nul donc n'y sera mieux accueilli que celui qui sent toute l'étendue de ses misères. A quoi serviraient la Rédemption et les blessures de Jésus, si nous n'avions des fautes à expier et des maux à guérir? Bien loin donc de me défier de mon Dieu, parce que je suis pauvre et rempli de vices, je me confierai en lui selon l'étendue de mon indigence et de mes infirmités. » — Ainsi devrait parler toute aine tentée contre l'espérance.

« Mais, dira quelqu'un, ce raisonnement convient à ceux qui ont toujours bien vécu. Pour moi, la multitude et la malice de mes péchés sont si dignes de châtiments, que je n'ose espérer. » — Considérons l'enfant prodigue, que Jésus propose à notre imitation. Quoiqu'il eût commis tous les crimes, et se fût rendu, par ses débauches, le pardon comme impossible, le Sauveur nous le représente plein de courage et d'espérance : « Je me lèverai, s'écrie-t-il, j'irai à mon Père, et je lui dirai : Mon Père! j'ai péché contre le ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils.1 »

11 fit comme il avait dit, et le père ne put tenir devant un tel langage et un tel retour ; et il embrassa son fils. — Ainsi Dieu accueille tous les pécheurs confiants et repentants ; Judas luimême eût été reçu à bras ouverts, s'il n'eût point désespéré. — Quel reproche ne méritons-nous pas, nous qui nous défions de Dieu et tombons dans l'abattement, après des fautes peu importantes et de légères infidélités ?

0 mon Dieu ! en voyant mes craintes, mes défiances, mes tristesses si peu raisonnables, ne dirait-on pas que vous avez promis la miséricorde et le pardon, seulement à ceux qui n'ont point péché, et que la mort du Rédempteur ne doive servir qu'aux

(1) Luc. 15, 18.

innocents? 0 charité sans bornes 1 je veux vous glorifier désormais, en espérant d'autant plus en vous, en Jésus et en Marie, que mon état me paraîtra plus désespéré. Je suis donc résolu de suivre exactement les deux grandes lois de la confiance, préconisées par saint Alphonse : 1°' De travailler à ma perfection, comme si tout dépendait de moi. 2° De m'appuyer sur vous seul, comme sur mon unique ressource.

iv. — Conditions de la confiance parfaite.

Préparation. — Puisque la confiance est la mesure des grâces que nous recevons de Dieu, il nous importe beaucoup de chercher la perfection de cette vertu. A cette fin, nous devons nous efforcer : 1° De fuir la présomption. 2° D'espérer en Dieu, quand même tout en nous semble désespéré. — Proposons-nous de former dans cette méditation, des actes d'anéantissement de nous-mêmes, nous abandonnant à la miséricorde du Seigneur, de qui seul nous viendra le salut. Fiat misericordia tua, Domine, super nos, quemadmodum speravimus in te ! '

lo La confiance parfaite exige i.a fuite de toute présomption

Selon l'enseignement de l'Ecriture, livre inspiré de Dieu, nous ne sommes pas capables d'avoir par nous-mêmes une pensée sainte et salutaire,2 nous ne saurions invoquer le nom de Jésus, si ce n'est par l'assistance de l'Esprit-Saint.5 « C'est Dieu, ajoute-elle, qui opère en nous et le vouloir et le faire, ou la volonté efficace de le servir.4 » — Leçon précieuse, qui devrait nous rappeler constamment que, sans la grâce, nous ne pouvons rien dans l'ordre du salut, pas même concevoir l'idée du bien, ni le désir de nous sauver, moins encore la résolution ferme de fuir le péché et de pratiquer la vertu. Jésus-Christ n'a-t-il pas dû payer de tout son sang la plus petite inspiration qui nous est donnée du ciel, le plus faible élan de notre cœur vers le souverain Bien ? « Sans moi, nous crie-t-il, vous ne pouvez rien faire.3 »

Instruments libres dans les mains du Créateur, de quel droit

(1) Te Deum. (2) Il Cor. 3, .5. (3) 1 Cor. 12, 3.

(4) Phil. 2, 13. (5)Joan. 15,5.

osons-nous nous élever, nous enorgueillir ? « La hache, demande le Seigneur, se glorifie-t-elle aux dépens de l'ouvrier qui l'emploie ? * » La branche s'attribue-t-elle la sève qui lui vient du cep et des racines? « Comme elle ne saurait porter du fruit par ellemême, dit le Sauveur, ainsi vous, si vous ne demeurez en moi.2 » — De même, le vêtement de Jésus, dont le simple attouchement guérit l'hémorrhoïse, aurait-il pu revendiquer cette guérison? Non, répond saint Bernard, puisque la vertu du miracle ne sortit point du vêtement, mais de la personne de l'Homme-Dieu.

Et vous oserez, après cela, vous, néant misérable, vous confier en vous-même, compter sur vos lumières, vos talents, vos qualités, comme si tout le bien que vous faites dépendait de vous seul? « Qu'avez-vous, dit l'Apôtre, que vous n'ayez reçu ? Et si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glorifier, vous l'attribuer comme si vous le teniez de vous?3 » Lucifer a péché dans le ciel où est le trône de la Divinité; Adam, dans l'état d'innocence au paradis terrestre; Judas, à l'école même du Sauveur des, hommes. Comment prétendez-vous échapper à votre ruine, si vous vous confiez en votre force? Présumer de soi, c'est compter sur l'ignorance et la faiblesse, c'est s'exposer aux plus lourdes chutes.

0 Jésus! voilà ce que j'ai fait, en affrontant si souvent les dangers par une orgueilleuse imprudence, et en cessant de veiller sur mes regards, sur mon imagination et sur les affections de mon cœur. Accordez-moi le courage de ne jamais omettre mes exercices pieux, qui sont l'aliment nécessaire à mon âme, et sans lesquels je suis, dans la vie de la grâce, comme un enfant sans nourrice, comme un oiseau sans ailes. Non qitod sufficientes simus cogitare aiiquid ex nobis, quasi ex nobis, sed suffïcienlia nostra ex Deo est.

2° La confiance parfaite ne se démkntVas quand tout semble désespéré.

Si nous étudions comme les Saints le fond de corruption qui est en nous, nous conclurons avec eux que nous ne sommes que ténèbres, malice et méchanceté. « Personne n'a de soi-même, enseigne le concile d'Orange, que le péché et le mensonge. » Nemo habet de se nisi peccatuvi et mendacium. — « Mais, dirat-on, cette connaissance peut nous pousser au désespoir. » Au contraire, elle augmentera plutôt notre confiance en Dieu.

(1) Is. 10, 15. (2) Joan. 15, i. (5) 1 Cor. 4, 7,

En effet, si vous disiez à un enfant d'une famille opulente : « Mon enfant, vous êtes jeune, faible, incapable de travailler pour vous nourrir et vous vêtir; vous êtes en outre peu instruit, par conséquent vous ne sauriez pourvoir à votre subsistance. » Que répondrait cet enfant? Se livrerait-il au découragement, en voyant son impuissance personnelle? Non, mais il répondrait : « Mes parents étant riches pour moi, je suis assuré de trouver dans leurs trésors et plus encore dans leur tendresse le nécessaire et le surabondant. »

Ainsi doit parler toute âme qui se sent la plus misérable des créatures : « Je suis enveloppée de ténèbres, tentée contre la foi, contre l'espérance, contre toutes les vertus; une sécheresse désolante s'est emparée de mon cœur ; je n'ai de goût ni pour la méditation, ni pour la prière. Je fais tout avec peine, et bien souvent je me trouve en danger de pécher mortellement, ma volonté ne tenant plus qu'à un fil. Mais le Seigneur n'est-il pas ma lumière, ma force, mon espoir? sa volonté, à laquelle je veux rester unie, n'est-elle pas toute-puissante, toute sage, toute pleine de tendresse et de ressources pour moi ? A quoi bon donc me décourager ? Je suis plus en assurance avec Dieu dans la privation de tout appui sensible, que seule au milieu des consolations. » — Est-ce ainsi que nous raisonnons dans nos détresses, nos angoisses, nos désolations et nos combats? Ne disons-nous pas alors : « Dieu m'a délaissé?... »

0 Seigneur ! vous qui n'abandonnez personne ! ne permettez pas que je vous fasse cette injure de douter de votre fidélité. Est-il au ciel ou sur la terre un ami plus dévoué que vous? Mais vous êtes plus qu'un Ami ; vous êtes un Père infiniment charitable ; et, quand vous faites passer vos enfants par les eaux de la tribulation, votre unique dessein est de les purifier, de les sanctifier comme dans un nouveau baptême, afin de les rendre dignes de la gloire des élus. Par les mérites de Jésus et de Marie, inspirez-moi la résolution sincère : 1° De repousser toujours dès le principe toute pensée, tout sentiment de défiance et de découragement. — 2° De ne compter que sur la prière et sur votre secours dans toutes les tentations violentes et dans toutes les épreuves de cette misérable vie.

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