MÉDIT. SUPPLÉM. XI. — COMMENT ON DOIT PRIER
l'Esprit-Saint, pénétrera les nues; elle ne s'éloignera pas du trône de Dieu, avant d'être exaucée.1 »
Notre prière est-elle toujours ce cri d'un cœur pénétré de sa misère, et qui a foi dans la puissance et la bonté de Dieu? N'estelle pas plutôt faite sans respect de la majesté divine et sans conviction de notre néant? Oh! si nous avions les sentiments d'humilité et de confiance du Centurion, nous verrions comme lui les heureux fruits de nos requêtes. — Disons donc avec lui, en toute sincérité : « Seigneur! je suis indigne d'un seul d-e vos regards; je n'ai de moi-même que l'ignorance et le péché. Mais votre miséricorde est toute-puissante et infinie : elle peut me changer de pécheur en saint. J'attends donc de vous toutes les grâces qui sanctifient, spécialement I'humilité et la foi vive, surtout dans mes rapports et mes entretiens avec vous.
2o II faut prier avec confiance et persévérance.
Si la foi humble est exaucée, la confiance persévérante ne l'est pas moins. Nous en avons un exemple frappant dans la Chananéenne dont parle l'Evangile. Quoique étrangère à la Judée, elle demande au Sauveur la guérison de sa fille. « Seigneur, fils de David, criait-elle, ayez pitié de moi, car ma fille est tourmentée par le démon.2 » Oh ! que cette prière est belle! s'écrie Origène; humble et confiante en elle-même, qu'elle est touchante par le ton et l'explication du mal dont elle demande la délivrance!
Cependant le Sauveur paraît ne pas l'entendre. « Mais la mère infortunée, dit saint Augustin, criait et insistait. » Jésus néanmoins continue sa marche et lui tourne le dos ; mais elle continue de le suivre, répétant toujours la même supplication : « Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi. » — Les Apôtres, ennuyés, disent au Sauveur : « Renvoyez-la v car elle ne cesse de crier derrière nous. » Jésus alors refuse positivement de l'exaucer. « Je ne suis envoyé, dit-il, que pour sauver les brebis d'Israël. »
Que fait alors la Chananéenne ? se retire-t-elle en murmurant? se montre-t-elle découragée? Non, elle suit le Sauveur où il entre pour se dérober à ses instances ; elle se jette à ses pieds, l'adore et le prie de l'aider. « Mais, lui répond Jésus, il ne convient pas de donner aux chiens le pain des enfants, » c'est-à-dire de donner
(l)Eccli. 55,21. (2) Matin. 15,23.
aux païens les bienfaits destinés aux Juifs. Réponse foudroyante, capable de déconcerter une constance moins invincible ! « H est vrai, Seigneur, reprend aussitôt la suppliante; mais les chiens peuvent bien ramasser ce qui tombe de la table de leurs maîtres. » A ces paroles, l'Homme-Dieu est vaincu : « 0 femme, s'écrie-t-il, votre foi est grande; qu'il soit fait comme vous voulez. » Et à ''heure môme sa fille fut guérie.
0 sainte ténacité de la prière ! que tu es puissante sur le Cœur de Jésus, même dans une païenne! Le Sauveur a les plus justes motifs de lui refuser sa demande, mais il ne peut résister à sa persévérante confiance. — 0 Jésus! vous nous montrez par là combien vous plaît l'importunité de nos prières. Je n'hésiterai donc pas à répéter les mêmes demandes, les mômes oraisons jaculatoires, pendant toute une méditation, si mon cœur me l'inspire, persuadé que ma persistance à prier ne vous fatiguera jamais. Par l'intercession de votre sainte Mère, accordez-moi la persévérance dans l'oraison, en dépit des tentations, des dégoûts et des difficultés. Faites-moi toujours recourir à vous désormais : 1° Avec foi, respect, humilité et attention. 2° Avec confiance, ferveur et un constant désir, un ferme espoir d'être exaucé.
xii. — De la prière continuelle.
Préparation. — « Priez sans interruption,' » nous dit l'Apôtre. Ce qu'il nous recommande ici, le Sauveur nous l'a inculqué plus fortement encore : 1° Par sa doctrine. 2° Par son exemple. — Examinons si, conformément à ce divin Modèle, nous ne perdons jamais notre temps, et si nous employons tous nos moments libres, à converser cœur à cœur avec Dieu, selon le précepte divin : Oportel semper orare et non deficere.{
1° Jésus nous enseigne a prier sans cesse.
Déjà dans l'ancienne Loi, l'Esprit-Saint nous avertit de ne pas mettre obstacle en nous à la prière continuelle. Non impediaris orare semper.- Mais combien le Sauveur est plus formel encore
(1) 1 Thess. 5, 17. (2) Eccli. 18, 22.
en ce point! « Il enseignait, dit saint Luc, qu'il faut prier toujours et ne se lasser jamais, » quand môme Dieu semblerait rebuter nos demandes.
« Vous avez un ami, dit-il un jour à ses Apôtres, et au milieu de la nuit, vous allez vers lui, et lui criez : Mon ami, prêtez-moi trois pains ; mais il refuse de se lever, pour vous rendre ce service. Croyez-vous que, si vous persévérez à frapper à la porte, vous ne le forcerez pas à vous donner ce que vous demandez, sinon parce que vous êtes son ami, du moins pour se débarrasser de votre importunité? Et moi, je vous le dis, demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira.1 »
Ces paroles signifient : 1° Que nous devons insister pour obtenir les grâces ; et, comme celles-ci nous sont constamment nécessaires, il nous faut les réclamer sans interruption. Sine intermissione. 2° Qu'à toute heure de jour et de nuit, Dieu est attentif à nos supplications, et son désir est de nous entendre prier comme font les mendiants importuns, c'est-à-dire, en lui retraçant le tableau de nos misères pour exciter sa compassion, en l'implorant avec larmes, frappant' même à la porte de son cœur comme pour réveiller son attention et nous procurer plus promptement son secours. A ce prix, nous serons toujours exaucés. Petite et dabitur vobis.
Oh ! que vous perdez de temps en discours superflus, en courses inutiles, en occupations sans but, en recherches de nouvelles et de bruits du siècle, au lieu d'employer tous vos moments libres à la méditation, à la prière, au commerce avec Dieu, commerce toujours si fécond en fruits de salut ! Pour le mérite d'un Ave Maria, les saints auraient embrassé tous les sacrifices; et vous, craignant la peine, vous omettez l'exercice, pourtant si facile et si avantageux, d'élever souvent votre cœur à Dieu !
0 majesté souveraine, toujours présente dans mon âme ! vous me comblez de biens sans nombre, et malgré cela, ingrat que je suis, je pense si rarement à vous ! Vous me promettez d'exaucer mes prières ; et moi, oublieux de vos promesses et des trésors qu'elles renferment, je néglige de les exploiter au moyen de l'oraison ! Ah ! faites que désormais la prière soit comme la respiration de mon âme, afin que j'accomplisse votre précepte, qui m'ordonne de prier toujours, sans me lasser jamais.
(1) Luc. 11, 1-9.
2" Jésus, modèle de l'esprit de prière.
Les exemples du Sauveur confirment admirablement sa doctrine : toute sa vie n'a été qu'une prière continuelle. La vision béatifique et la prévision de sa passion douloureuse, qui l'accompagnaient partout, mirent son Ame dans une incessante application à Dieu, depuis son incarnation jusqu'à sa mort. A son entrée en ce monde, il s'offre à son Père,1 dit l'Apôtre ; et saint Alphonse nous le représente formant sans relâche dans la crèche à Bethléem des actes d'adoration, d'amour et de demande. — Plus tard, en Egypte, à Nazareth, jusqu'à l'âge de trente ans, il s'adonne au travail des mains, mais toujours uni à la prière et à la contemplation.
Sur le point de commencer à prêcher son évangile, lui, l'auteur de toute grâce, semble avoir besoin de préparation, et il se retire au désert pendant quarante jours et quarante nuits. N'est-ce pas là nous enseigner à ne jamais rien entreprendre, avant de nous être recommandés à Dieu ? — Saint Luc raconte que pendant le jour le Sauveur instruisait le peuple, et que la nuit il se retirait sur le mont des Oliviers pour prier ; ce qui arrivait fréquemment, c'est-à-dire lorsqu'il était aux environs de Jérusalem.2 Parfois, dit saint Marc, il se levait de grand matin, et s'en allait prier au désert.3 D'autres fois encore il s'écartait de la foule ou la renvoyait pour s'adonner à l'oraison.4 Saint Matthieu remarque dans une circonstance qu'il prolongea sa prière pendant douze heures consécutives.5
0 tendresse ineffable du Cœur de Jésus! sans avoir besoin de prière, il prie des nuits entières, pour nous donner l'exemple de l'oraison continuelle. Il nous presse ainsi de faire de notre vie sur la terre, un apprentissage de la vie du ciel, où l'on s'entretient constamment avec Dieu. Et qu'y a-t-il de plus noble, de plus doux, de plus avantageux pour la créature, que de communiquer sans cesse avec son Créateur, qui est la plénitude de tous les biens?
Et cependant, Seigneur, combien de fois ne suis-je pas avide de lectures et de conversations profanes, tandis que j'éprouve tant de dégoût de la prière et des entretiens intimes avec vous ! Ah ! quels regrets je me prépare pour l'heure de la mort, à la pensée
(1) Hebr. 10, 5. (2) Luc. 21, 57. Joan. 18. 2.
(3) Marc. 1, 55. (4) Luc. 5, G. Matth. 14, 23.
(5)Matth. 1-1, 23.
MÉDIT. SUPPLÉM. XIII. — DE LA PRIÈRE. 'S'àS
d'avoir perdu, pendant ma vie, tant de moments précieux que j'aurais pu employer à implorer l'assistance de Jésus et de Marie, et à m'unir plus étroitement à vous! Faites-moi connaître dès aujourd'hui : 1° Quels instants de loisir je pourrais mieux utiliser en me recueillant et en priant. 2° Quels défauts je dois surtout combattre en moi, au moyen de la vigilance et de l'esprit d'oraison.
xiii — Empêchements à la prière continuelle.
Préparation. — Nous avons tous, à chaque instant, d'après saint Alphonse, la grâce actuelle de prier. D'où vient donc que nous ne prions pas sans relâche? De deux causes : 1° De l'ignorance pratique de nous-mêmes. 2° Du peu d'estime que nous faisons des biens célestes. — Prenons la résolution d'étudier notre misère et de méditer le prix des richesses de la grâce. Par là nous serons portés, selon l'avis de l'Esprit-Saint, à écarter ce qui fait obstacle en nous à la prière assidue. Non impediaris orare semper.1
1° L'ignorance pe soi empêche de prier toujours.
Pouvons-nous réfléchir à ce que la foi nous enseigne de notre impuissance à penser, à vouloir, à agir par nous-mêmes dans l'ordre du salut, sans trembler constamment de faire quelque chute qui entraîne notre perte éternelle? Les Saints redoutaient sans cesse leur fragilité. Saint Alphonse se recommandait aux prières de tous, « de peur, disait-il, que je ne me damne. » Saint Arsène assurait que la crainte de se perdre l'avait accompagné toute sa vie.
Quand on considère le Prince des Apôtres, cette pierre fondamentale de l'Eglise, reniant trois fois son divin Maître, après lui avoir promis une inviolable fidélité, n'est-on pas tenté de se demander : « Pourquoi suis-je si paisible, si rassuré? est-ce confiance ou présomption ? » Hélas ! il arrive trop souvent qu'on peut nous dire, comme à l'évêque de Laodicée : « Tu te crois riche, ou dans l'abondance des biens de la grâce, et tu ignores que tu es un misérable, un aveugle, un pauvre manquant de tout.2» Et c'est là
(l)Ecci. 18,22. (2)Apoc. 3, 17.
peut-être la grande cause de notre lâcheté dans la prière, de notre peu de ferveur dans la méditation, la sainte messe, l'action de grâces après la communion, et du peu de soin que nous mettons à élever notre cœur à Dieu pendant nos occupations ou pendant nos loisirs de chaque jour.
Ah! si nous étions pratiquement pénétrés du sentiment do notre faiblesse, des dangers qui nous entourent, du peu de progrès que nous avons fait dans la vertu, pourrions-nous cesser de crie, jour et nuit vers le Seigneur et de le supplier de nous venir en aide ? — Voyez ce mendiant qui meurt de faim et de froid, comme il sait implorer la compassion d'autrui, sans se lasser jamais! Et cet aveugle qui ne voit plus la route à suivre, comme il tend les mains vers les passants pour se faire conduire ! Et nous, si nous étions bien convaincus de notre ignorance et de nos besoins toujours renaissants, cesserions-nous jamais d'importuner le Ciel par nos supplications?
0 mon Dieu ! je suis si rassuré sur mon état, et cependant je n'ai pas encore travaillé sérieusement à réprimer mon amourpropre, les défauts inhérents à mon caractère, à mon tempérament, défauts que j'aperçois à peine, tant je suis aveuglé sur mon intérieur. Faites-moi commencer tout de bon à acquérir, comme les Saints, une humilité sincère qui m'inspire un profond senti"" ment de ma misère. Donnez-moi le plus vif désir de remédier à mon indigence au moyen d'une prière fervente et continuelle. Non impediaris orare semper.
2° Le peu d'estimh des dons célestes empêche de prier toujours.
« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, dit le Sauveur, parce qu'ils seront rassasiés.1 » Pourquoi rassasiés? parce que la soif de la justice ou de la sainteté inspire la soif de la prière, et qu'en priant nous obtenons tout de la bonté divine. Omnia qnœcunique* La prière est comme un vase sacré donné aux hommes par Jésus-Christ, pour puiser sans relâche aux sources de la Rédemption. Si donc nous désirons vivement les biens spirituels et célestes, nous ne cesserons de les demander à Dieu.
Mais pourquoi les souhaitons-nous si peu, tandis que les Saints en étaient si épris? c'est parce que nous manquons le foi. Ce qui
(l)Matlh. 5. (2) Marc. 11,24.